Amiens Est, hôtel Novotel, le 30 mars dernier. Dans le prolongement d’une convention nationale paraphée au début de l’année, l’Anper, la Capeb 80, le CFA d’Amiens, le Pro BTP et la Préfecture de la Somme ont signé la première convention départementale de partenariat sur la conduite accompagnée des apprentis du bâtiment. Voici le modus operandi : l’organisation des rendez-vous pédagogiques et la présentation aux épreuves sont confiées à l’école de conduite, choisie par le jeune apprenti, parmi la liste des établissements engagés par convention dans le dispositif « conduite accompagnée des apprentis du bâtiment ». Le chef d’entreprise, en charge de la formation du jeune apprenti, devient son tuteur et son accompagnateur pour la conduite. Ils doivent pratiquer ensemble le kilométrage fixé pour l’apprentissage anticipé de la conduite.
L’AAC CONSIDÉRÉE COMME DU TEMPS DE TRAVAIL EFFECTIFLe chef d’entreprise aura également l’opportunité de former le jeune apprenti à la bonne utilisation du véhicule – souvent un utilitaire léger – dans un cadre professionnel. Le temps de la conduite accompagnée, pour le jeune et l’accompagnateur, est considéré comme du temps de travail effectif et est rémunéré comme tel. En plus du temps consacré à la formation, l’entreprise peut participer au financement du permis.
Rappelons que cette initiative s’inscrit pleinement dans la mesure n°3 – dite de « conduite supervisée » – de la réforme du permis de conduire engagée par les pouvoirs publics et qui prévoit de développer le recours à la conduite accompagnée pour l’apprentissage de la conduite. Elle se place aussi au cœur des préoccupations des entreprises artisanales en matière de valorisation de l’apprentissage, d’accès à l’emploi et de prévention du risque routier en milieu professionnel.
Du reste, les signataires de la convention n’ont pas caché les espoirs que leur suscitent ce pas vers l’avant. « Un accident du travail sur deux, dans le secteur du BTP, est un accident de la route », souligne Alain Clatot, président de la Capeb 80, qui espère que la convention va remédier à cette « fatalité ». On retrouve cet optimisme chez Franck-Philippe Georgin, sous-préfet de la Somme, qui fixe des objectifs clairs : « en 2001, il y a eu 111 morts sur les routes de la Somme. Aujourd’hui on en est à 48 morts. L’objectif, pour 2012, est de descendre à moins de 30 morts. Il faut lutter contre ce phénomène des jeunes qui décèdent juste après l’obtention du permis ».
L’AAC, IDÉALE EN TERME DE RÉSULTATMais la prévention routière n’est pas la seule préoccupation de nos protagonistes. Le deuxième volet de cette convention, c’est de faciliter l’intégration professionnelle pour les jeunes. « Nous savons tous que les apprentis n’ont pas toujours les moyens de suivre la conduite accompagnée », soutient Alain Clatot. « Cet accord va aussi motiver les apprentis à rejoindre notre métier en les mettant en situation de conduite professionnelle » ajoute-t-il. Paul L’Hôte, président du BTP CFA Picardie, va dans le même sens : « à l’issue de leur formation, les jeunes sont souvent confrontés à des problèmes de mobilité. Un jeune qui n’a pas son permis rencontre un frein à l’emploi. »
Lionel Chatelin, correspondant Anper dans la Somme souligne enfin un point essentiel : « la conduite accompagnée, c’est l’outil qui se veut le meilleur en terme de résultat, puisque 7 jeunes sur 10, en AAC, obtiennent leur permis du premier coup. » Mais il souhaite aussi rester terre-à-terre : « Il faut maintenant sensibiliser les maîtres de stage et dégager du temps de conduite pour les apprentis ». Avant de conclure : « la signature, c’est bien, mais maintenant au boulot ! »
Hugo Roger