Face à une situation qui n’a cessé de se dégrader, les organisations professionnelles ont décidé de s’unir en intersyndicale pour faire pression sur le gouvernement et obtenir la mise en place de mesures pour endiguer la crise des places d’examen. Le point sur les avancées et sur les actions à venir.
La crise n’a que trop duré. Depuis plusieurs mois, les professionnels de la formation à la conduite alertent le gouvernement sur un manque de places d’examen qui devient de plus en plus critique. Comme nous l’écrivions dans La Tribune des Auto-Écoles n°275 (Juillet/août 2025), plusieurs sénateurs de diverses couleurs politiques se sont même emparés du sujet, interpelant régulièrement, par écrit, depuis plus d’un an, le gouvernement. Le 25 mai dernier, ce dernier répondait officiellement à la question de Christian Bilhac, sénateur de l’Hérault, enregistrée le 6 févier 2025. Après avoir exposé rapidement les causes de l’augmentation des délais d’obtention d’une place d’examen, le ministère de l’Intérieur indiquait que « lors des deux années précédentes, les postes budgétaires d'IPCSR ont augmenté de 15 ETP en 2023 et de 38 en 2024, répartis dans les départements les plus concernés par des délais d'attente importants de passage des examens du permis de conduire ». Il rappelait également l’existence du dispositif permettant de faire appel pour deux ans à des employés de La Poste afin de devenir examinateur pour l’épreuve pratique du permis B et la possibilité de signer une convention avec des IPCSR récemment partis à la retraite pour venir en renfort des effectifs sur le terrain. Des mesures que ne manquait pas de rappeler Florence Guillaume, alors déléguée interministérielle à la Sécurité routière (elle a quitté ses fonctions en août pour prendre le commandement de la région de gendarmerie du Grand Est au 1er septembre 2025), lors des différents congrès de la profession, mais qui s’avèrent largement insuffisantes pour régler le manque de plus en plus criant de places d’examen.
Une pétition lancée par l’UNIC
Las d’attendre que la situation s’améliore, Benjamin Panis, président de l’UNIC, décidait de lancer le 20 juin 2025, une pétition nationale sur www.change.org. Intitulée « Il est permis d’avoir le permis », cette pétition qui s’adresse aussi bien aux écoles de conduite qu’à leurs élèves, était accompagnée d’une lettre ouverte au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur dans laquelle l’UNIC explique les conséquences pour les élèves comme pour les auto-écoles : « Depuis des mois, des milliers de jeunes, de familles et de salariés attendent désespérément une place d'examen pour obtenir leur permis de conduire. Ce qui devrait être un droit d'accès à la mobilité se transforme en un véritable parcours du combattant. Nous, écoles de conduite, partageons leur colère. Nous sommes à leurs côtés. Nous vivons leur frustration au quotidien. Ce combat est le leur, autant que le nôtre. Trop souvent, ce sont les écoles de conduite qui essuient les reproches d’un mécontentement légitime. Pourtant, nous en sommes les premiers témoins… et les premières victimes. La pénurie de places d’examen est la conséquence directe d’une politique menée depuis des décennies, marquée par un manque d’investissements, une désorganisation des services, et une méconnaissance des réalités du terrain. (…) ».
Création d’une intersyndicale début juillet
Début juillet, les organisations professionnelles (Mobilians-ESR, Unic et Unidec) décidaient de passer à la vitesse supérieure pour mettre la pression sur le gouvernement. Réunies en intersyndicale -comme lors des manifestations de 2019 lorsqu’elles dénonçaient la concurrence des plateformes-, les trois OP étaient ralliées par les réseaux CER et ECF, ainsi que par – et c’est une première – les éditeurs pédagogiques Codes Rousseau et Enpc-Ediser. L’intersyndicale demandait alors à être reçue au ministère de l’Intérieur. Une demande prise en compte par le ministère puisque les représentants de l’intersyndicale ainsi que le co-fondateur d’En Voiture Simone (également invité par le ministère), étaient reçus le 16 juillet 2025, par Philippe Bailbé, directeur de cabinet de François-Noël Buffet, ministre auprès du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, et par Louis de Caqueray, conseil sécurité au cabinet du ministre de l’Intérieur. Étaient également présentes à cette « réunion de travail sur la pénurie de places d’examen au permis de conduire », la déléguée interministérielle à la Sécurité routière, Florence Guillaume, et la sous-directrice à l’Éducation routière, Catherine Bachelier.
Durant les deux heures qu’a duré la réunion, les représentants des écoles de conduite ont expliqué au directeur de cabinet du ministre que la pénurie de places d’examen n’avait cessé de s’accentuer ces derniers mois, au point de devenir ingérable aussi bien pour les écoles de conduite que pour les candidats en attente de passer l’examen pratique. Les organisations professionnelles ont également réitéré leurs différentes propositions déjà présentées à la DSR afin d’endiguer le problème, à savoir :
Ce que prévoit le Plan ministériel pour faciliter l’accès à l’examen pratique du permis
Deux semaines plus tard, soit le 30 juillet 2025, le ministère de l’Intérieur dévoilait un « Plan ministériel pour faciliter l’accès à l’examen pratique du permis de conduire ». Construit en deux parties, ce plan prévoit un premier volet de mesures à appliquer immédiatement visant à augmenter le nombre de places d’examen puis, dans une seconde phase, une réflexion à mener afin d’améliorer à moyen terme le taux de réussite.
→ Augmentation du nombre de places d’examen
Afin d’augmenter la production de places d’examen, le ministère de l’Intérieur a annoncé la création de 80 000 places d’examen supplémentaires d’ici la fin de l’année 2025. Cette hausse de la production repose notamment sur une prime accordée aux inspecteurs et aux délégués qui acceptent d’effectuer des heures supplémentaires après leur temps de travail. Le ministère compte également sur un vivier de 170 agents détachés ou retraités qualifiés pour venir ponctuellement en renfort. Il est également question de recentrer les inspecteurs déjà en poste sur la mission de passage des examens.
Enfin, le ministère annonce lever le plafonnement du nombre de candidats examinés par jour par les inspecteurs stagiaires au-delà du premier mois de leur prise de fonction (au lieu de trois mois). Ils passeront ainsi, dès le deuxième mois, à 13 examens par jour au lieu de 10. En parallèle, le ministère de l’Intérieur poursuit le recrutement de nouveaux IPCSR et indique que 108 futurs inspecteurs sont en cours de formation ou vont entrer en formation selon le calendrier suivant :
Arrivée en poste de 49 inspecteurs stagiaires sortis de formation, en capacité de faire des examens en autonomie à compter du 29 septembre 2025,
Entrée en formation de 32 inspecteurs stagiaires en septembre, en capacité de faire des examens en autonomie à la mi-janvier 2026,
Entrée en formation des 27 lauréats d’un second concours annuel exceptionnel en novembre, en capacité de faire des examens en autonomie à partir de mai 2026.
Enfin, le ministère annonce la création de 10 postes supplémentaires d’inspecteurs dans le cadre de la loi de finances 2026. Encore faut-il que le gouvernement arrive à voter rapidement une loi de finances…
Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, on comptait au 30 juillet 2025, 1 263 IPCSR, 107 DPCSR et 36 examinateurs issus du personnel de La Poste.
Le Plan ministériel prévoit également de demander aux préfectures de créer un « comité de suivi mensuel de l'éducation routière présidé par le préfet, associant les acteurs concernés et constituant un espace de dialogue, d'apaisement et d'explication des choix d'organisation », ainsi que de mettre en place un « suivi rapproché de la production d’examens dans les départements ».
Dernier levier sur lequel le ministère de l’Intérieur compte s’appuyer : la modification de l’examen plateau moto. Il s’agit de mettre en place une option « sans passager » lors de l’épreuve plateau, qui donnera lieu à la création d’un code restrictif « sans passager » inscrit sur le titre et la création d’une nouvelle formation qualifiante en moto-école « transport de passager moto ». Par ailleurs, le ministère envisage d’aligner la durée de l’examen en circulation sur celui de l’examen B, en passant de 40 à 32 minutes.
→ Augmentation du taux de réussite
Outre l’augmentation de la production de places d’examen, le Plan ministériel a annoncé la mise en place d’une mission d’étude visant à identifier les leviers qui permettraient « d’accroître le taux de réussite sans dégrader la sécurité, ni les compétences attendues ». En effet, selon la DSR, si le taux de réussite passait à 70 % au lieu des 58 % actuellement, le problème du manque de places d’examen se résorberait quasiment de lui-même.
Des mesures d’urgence jugées insuffisantes par l’intersyndicale
Dès le lendemain de la présentation du plan du ministère de l’Intérieur, l’intersyndicale faisait part de sa déception : « Malgré une mobilisation forte de la profession et des alertes répétées depuis des mois, le plan présenté le 30 juillet ne répond pas à la gravité de la situation. Aujourd’hui, il faut en moyenne 80 jours pour repasser son permis après un premier échec, alors que la Loi impose un délai de 45 jours (Loi n°2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, dite Loi Macron) ». L’Intersyndicale redoute notamment un effet d’annonce qui ne soit pas totalement suivi d’effets et dénonce des mesures insuffisantes : « Le gouvernement annonce 80 000 places d’examen supplémentaires basées sur le volontariat des inspecteurs du permis de conduire d’ici décembre 2025 – en un mot une marque déceptive – sans qu’aucune garantie que ces places répondent aux demandes locales des territoires dans le besoin. Le recours à quelques dizaines d’agents qualifiés (inspecteurs en retraite et autres…) ou une mobilisation plus forte des inspecteurs en poste, notamment par des heures supplémentaires, ainsi qu’une prise de fonction accélérée des inspecteurs stagiaires sont des rustines à peine cachées. Des solutions précaires et temporaires faisant reposer l’effort sur un système déjà à bout de souffle depuis des décennies. Et surtout… l’annonce de l’ouverture de seulement 10 postes d’inspecteurs supplémentaires en 2026, les autres embauches en renfort étant le résultat des engagements des années passées ».
Vers une manifestation nationale le 29 septembre 2025 ?
Le 13 août 2025, l’Intersyndicale rejointe cette fois par le Snica-FO (ce qui est assez rare pour être souligné), demandait une audience auprès du Premier ministre, afin d’obtenir un nombre significatif de recrutements supplémentaires à ceux déjà prévus. Sans réponse de ce dernier, à l’heure où nous bouclons ce magazine, l’Intersyndicale envisageait une mobilisation de l’ensemble de la profession, à Paris, le 29 septembre 2025, avec comme revendications principales : la création de 200 postes supplémentaires d’IPCSR et l’augmentation du nombre d’heures de formation minimum avant de se présenter à l’examen pratique B (28 heures, dont 4 heures de cours théoriques) afin de garantir une meilleure préparation.
Pour étayer cette dernière requête, l’Intersyndicale présentait une enquête effectuée par la profession dans les départements. Ainsi, en juin 2025, le coefficient moyen était fixé à 5,1, ce qui signifie qu’un « candidat qui est dans un département dont le coefficient est de 5, doit impérativement suivre 30 heures de formation pratique pour avoir une place d’examen, à condition qu’il n’y ait pas d’échec ». Bien évidemment, tous les départements ne sont pas logés à la même enseigne. Si en juin 2025, la Guadeloupe avait la chance d’avoir un coefficient à 7,7 (soit 21 heures minimum de formation pratique avant la présentation à l’épreuve pratique), le Doubs, l’Eure, le Loir-et-Cher, la Loire Atlantique ou encore le Loiret présentaient un coefficient de 4 (soit 38 heures minimum de formation pratique avant la présentation à l’épreuve pratique).
Pour autant, il n’est pas dit que cette étude réussisse à convaincre le gouvernement d’augmenter le nombre d’heures de formation minimum avant de se présenter à l’examen pratique B. En effet, en s’appuyant sur les données remontées dans le livret numérique de formation, la DSR a, elle-aussi, mené une étude qui prend en compte les candidats inscrits entre juin et septembre 2024 et ayant depuis passé leur permis de conduire. Selon cette étude, 8 % de ces candidats ont passé l’examen en 20 heures, avec un taux de réussite de 70 % et 36 % l’on présenté avec moins de 25 heures pour un taux de réussite de 62 %. Aussi, la DSR conclut : « Une première présentation précoce donne de très bons résultats. Deux enseignements peuvent être tirés : la hausse du seuil minimum d’heures de conduite (aujourd’hui de 20 heures en boîte manuelle et de 13 heures en boîte automatique) surenchérirait le coût du permis pour une part importante de candidats qui réussissent l’examen dès 20 heures de formation et en moins de 25 heures. Par ailleurs, les formations très groupées dans le temps favorisent la réussite ». Quoi qu’il en soit, la profession reste mobilisée face à une situation qui n’a cessé de se dégrader et a largement atteint le point critique tant pour les écoles de conduite que les élèves.