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school Pédagogie — Septembre 2025

Antoine Beaudonnet, directeur général de Enpc-Ediser : « Enpc-Ediser espère contribuer à une meille

Enpc-Ediser lance une version du Code de la route à destination des personnes DYS et travaille à une version en langue des signes. Antoine Beaudonnet, directeur général de Enpc-Ediser nous explique comment et pourquoi la maison d’édition a décidé de se lancer dans ce travail titanesque.


La Tribune des Auto-Écoles : Vous venez de sortir une nouvelle version du Code de la route qui fait près de 800 pages et s’intitule Le Code de la route accessible, pouvez-vous nous en parler ?
A.B. : Une étude démontre qu’il y a de plus en plus de personnes atteintes de troubles spécifiques du langage et des apprentissages, ce que l’on appelle communément les DYS. C’est pourquoi chez Enpc-Ediser, nous avons engagé, il y a déjà plus d’un an, une réflexion autour des produits permettant de mieux accompagner ce public dans leur formation au permis de conduire et avons pris la décision de traduire notre livre de Code en une version accessible aux personnes DYS ou ayant des difficultés de lecture. Pour cela, nous avons travaillé avec une école de conduite spécialisée dans l’enseignement à destination de ce public spécifique, des ergothérapeutes et des spécialistes en orthopédagogie. Partant du constat que le Code traditionnel est trop compliqué à comprendre, nous avons simplifié le contenu selon la méthode FALC (Facile à lire et à comprendre) en faisant des phrases courtes, en choisissant du vocabulaire clair, en créant des pictogrammes adaptés et en utilisant des couleurs spécifiques. Cela donne un coffret de 11 livrets qui reprennent chacune des 11 thématiques. Chaque livret fait entre 36 et 132 pages, soit un total conséquent de 792 pages. Cela peut sembler énorme, mais pour chaque phrase, nous avons consacré une page présentée au format A5 à l’horizontale, afin de mieux structurer les apprentissages et limiter la surcharge cognitive. L’ensemble a été relu et validé par des élèves en situation de handicap pour s’assurer que Le Code de la route accessible, l’était bien pour tout le monde.

La Tribune : La Délégation à la Sécurité routière a présenté en juin dernier la banque de questions des examens théoriques traduites en langue des signes (LSF). Est-ce que la traduction de votre livre de Code pour les personnes DYS s’inscrit dans la volonté de la DSR de permettre une meilleure inclusion des personnes en situation de handicap ?
A.B. : Oui complètement, sachant qu’il n’y a pas eu de concertation. À vrai dire, nous ne savions pas que l’État travaillait à la traduction des questions de l’examen théorique en LSF. Plus largement, le sujet du handicap est un sujet de société, nous ne pouvons donc que nous réjouir de cette démarche inclusive de la part de tous les acteurs de la profession et de la DSR avec pour principal objectif : la mobilité pour tous. C’est pourquoi nous espérons contribuer, à notre niveau, à une meilleure accessibilité aux permis de conduire pour tous, avec Le Code de la route accessible et que nous avons pris contact avec la DSR pour échanger sur nos projets parallèles mais dont la complémentarité paraît évidente. Par ailleurs, l’inclusion ne devant pas se limiter à la formation théorique, nous pouvons là aussi compter sur de belles entreprises françaises telles que la société Pimas qui, avec son dispositif unique et révolutionnaire « SAM » (Smart Assistant Monitor) permet d’offrir une expérience d’apprentissage à la conduite inclusive plus sûre et plus agréable. Cela démontre ce que j’évoquais, l’État et tous les acteurs de la profession œuvrent pour faciliter l’accessibilité au permis de conduire : nous pouvons en être fier.

La Tribune : Développer ces outils demande effectivement du temps et un investissement financier pour un éditeur. Avez-vous pu évaluer quelle sera la demande des auto-écoles pour ce type d’outils pédagogiques ?
A.B. : Que ce soit le Code de la route à destination des personnes malentendantes ou accessible au public DYS, notre principale motivation n’est pas commerciale mais s’inscrit dans notre démarche RSE qui reflète les valeurs que nous prônons dans l’entreprise. Comme je le disais précédemment, Enpc-Ediser espère contribuer, à son niveau, à une meilleure accessibilité de tous au permis de conduire. Nous souhaitons ainsi accompagner nos clients dans cette démarche et contribuer à donner une image positive de la profession.

La Tribune : Justement, Enpc-Ediser est partenaire des Étoiles de la formation à la conduite et à la sécurité routière, le concours lancé par Mobilans-ESR qui vise à récompenser les meilleurs enseignants de la conduite. Était-ce important pour vous, en tant qu’éditeur, d’être associé à ce projet ?
A.B. : L’enseignement de la conduite est une profession qui mérite d’être mise en avant. C’est une profession assez méconnue du grand public qui requiert à la fois une expertise technique et pédagogique. Le permis de conduire est une étape importante pour la plupart des gens, et beaucoup se souviennent du formateur-trice qui les a accompagné pour l’obtenir ! C’est aussi, malheureusement souvent, une profession montrée du doigt alors même que les enseignants de la conduite jouent un rôle social indispensable. Au-delà de former des jeunes à conduire un véhicule, ils transmettent une règle de vie aux personnes que nous croisons tous les jours et contribuent à une meilleure sécurité routière. Alors oui, quand Mobilians-ESR nous a contacté pour nous proposer d’être partenaire, nous avons immédiatement accepté et Enpc-Ediser est aujourd’hui fier d’être affiché à leurs côtés.

La Tribune : Enpc-Ediser est également signataire aux côtés de Codes Rousseau du communiqué de presse de l’Intersyndicale dénonçant la pénurie de places d’examen. C’est la première fois que Enpc-Ediser s’associe, en tant qu’éditeur, à ce type de communication…
A.B. : En effet, c’est habituellement le rôle réservé des organisations professionnelles et des réseaux qui œuvrent activement sur ce sujet et je peux comprendre que cela semble surprenant qu’un éditeur pédagogique s’associe à ce type d’action. Mais c’est en côtoyant au quotidien nos clients, et en constatant les difficultés qu’ils rencontrent, que nous avons choisi d’alerter sur une situation qui se dégrade et dont les perspectives, sans réaction rapide, impacteront toute la profession et plus directement les candidats. J’évoquais de plus la démarche RSE d’Enpc-Ediser et il nous semble que notre responsabilité citoyenne est aussi d’être aux côtés des organisations professionnelles et des réseaux pour chercher ensemble et contribuer aux solutions à cette problématique. Quand Mobilians-ESR nous a proposé de cosigner le communiqué de presse dénonçant le manque de places d’examen, cela nous a paru évident d’accepter. D’autant que le manque de places est un sujet au long cours pour lequel l’État tente de relever un défi arithmétique avec une demande de places qui est supérieur à sa capacité de production. Le permis à 17 ans et le CPF moto arrivés tous deux début 2024 n’ont fait que renforcer cette problématique. En effet, un rapide calcul (arrondi) permet de comprendre qu’avec un taux de réussite de 60 % (et donc un taux d’échec de 40 %) il faut environ 1,4 place par candidat pour combler la demande. On est loin du compte.

La Tribune : C’est pour cela que les réflexions portent aujourd’hui sur l’augmentation du taux de réussite.
A.B. : Oui, mais une fois que l’on a dit cela, il faut voir comment faire pour augmenter le taux de réussite sans abaisser le niveau d’exigence pour l’obtention du permis. Plusieurs propositions ont été faites comme l’instauration d’une évaluation finale avant de présenter le candidat à l’examen. Ça pourrait être fait sur un simulateur. L’avantage avec cette solution réside dans l’impartialité de la machine. Les élèves ne pourraient pas contester le résultat de l’évaluation. On pourrait même aller plus loin, en travaillant avec la DSR à l’élaboration d’une grille d’évaluation commune à toutes les écoles de conduite. En revanche, cela implique que toutes les auto-écoles soient équipées d’un simulateur, ce qui n’est pas le cas. On pourrait alors imaginer un test d’évaluation finale à réaliser sur tablette, ou encore, si l’on ne veut pas que cela soit fait à l’auto-école, prendre exemple sur ce qui se pratique en Grande-Bretagne avec un test de mise en situation pour voir comment l’élève appréhende les dangers. Il y a des solutions, je ne dis pas que c’est facile à mettre en œuvre, mais les organisations professionnelles et les réseaux ont fourni un gros travail pour trouver des solutions concrètes rapidement applicables. Tout le monde n’est pas d’accord sur tout, mais l’on ne peut pas critiquer la profession de n’avoir rien proposé.

La Tribune : Plus globalement, comment voyez-vous l’avenir de la profession ?
A.B. : Je suis optimiste ! Je pense que la fin de la voiture individuelle n’est pas pour demain et qu’il y aura encore longtemps besoin des écoles de conduite et des enseignants pour apprendre à conduire. La formation sur boîte automatique va certainement prendre le pas sur la boîte manuelle. On constate déjà que nombre d’auto-écoles privilégient la formation de 13 heures sur boîte auto complétée par la formation passerelle sur boîte manuelle. Ce qui, d’ailleurs, peut contribuer à augmenter le taux de réussite au niveau national.
Par contre, il faut être vigilant à ne pas niveler le niveau d’exigence par le bas. Il faut rester attentif, notamment avec l’arrivée de l’IA, à maintenir une qualité de formation et réinstaurer de vrais cours de Code. Il faut aussi combattre le préjugé du coût élevé du permis. Au regard de la prestation fournie (et des charges assumées) par les écoles de conduite, la formation au permis de conduire n’est pas « chère », mais il faut effectivement des moyens pour la financer. Avec ce prisme, on comprend que les solutions d’aides au financement sont la véritable alternative au coût du permis ou plus exactement à l’accès à cette formation bien souvent nécessaire pour un public souvent jeune et par définition encore sans emploi.
Enfin, nous constatons que la charge administrative devient un des principaux problèmes des écoles de conduite, notamment pour les petites structures. C’est sans doute pourquoi nous assistons à une concentration du secteur, phénomène qui pourrait s’accroître dans les années à venir. Il faut simplement que nous soyons vigilants à cela car l’école de conduite reste essentielle dans le tissu local et économique de nos régions. À nous de travailler pour continuer toujours et encore d’accompagner les écoles de conduite de la meilleure manière possible car nous restons convaincus que les problèmes d’aujourd’hui engendrent les solutions de demain. Donc non, je ne suis pas inquiet ! C’est une profession qui a de l’avenir et Enpc-Ediser sera là pour y contribuer.


Propos recueillis par Sandrine Ancel



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