Les trois auto-écoles tourangelles rencontrées ont à leur tête des gérants, au parcours atypique, qui n’hésitent pas à donner leur avis sur la profession. L’harmonie entre auto-écoles n’est en rien perturbée par ce franc parler. Seule la pénurie de pistes moto pourrait jeter un voile sur l’ordre établi.Un ciel bleu illumine la gare et son petit quartier de rues pavées. La préfecture du département d’Indre-et-Loire, au mois de février, ne semble pas connaître la déprime. Après la traversée du pont Wilson, juste au pied de l’imposante montée de l’avenue de la Tranchée, Pascal Larcher nous reçoit dans les locaux de son auto-école. Ce solide gaillard, au physique taillé pour les films d’actions, est aussi un touche à tout : « à la base j’étais éducateur sportif. J’ai aussi été agent d’accueil en discothèque et j’interviens ponctuellement sur le festival de Cannes ». Mais voilà, loin des marches du festival et des pistes de danse, Pascal Larcher s’est dirigé vers le métier de moniteur d’auto-école, il y a de cela 14 ans. Puis, un jour, c’est le déclic. « Je voulais plus de responsabilités. Pendant une leçon, j’ai aperçu un local vide et bien placé. J’ai décidé de l’acheter sur un coup de tête. » Cela fait désormais 6 ans que Pascal Larcher est devenu gérant de sa propre auto-école. De son propre aveu, « elle est idéalement située », à proximité d’un collège/lycée privé.
LA GESTION ADMINISTRATIVE PLUS DIFFICILE QUE LA FORMATIONDu reste, Pascal Larcher a plutôt bien réussi son coup. « Le bouche à oreille fonctionne, on n’a jamais eu d’échos négatifs. Les gens sont sensibles à l’accueil, aux locaux climatisés, au confort et à la qualité de la formation. Ils apprécient notamment que, trois soirées par semaine, un moniteur vienne en salle et anime différents thèmes de sécurité routière. » L’activité a d’ailleurs vite et bien démarrée. « J’ai été obligé d’embaucher un moniteur à mi-temps au bout de six mois », précise Pascal Larcher. Il ajoute : « pendant les quatre années suivantes, notre auto-école a été en perpétuelle progression ». Le gérant nourrit aussi des ambitions pour l’avenir, malgré le parfum de crise ambiant depuis l’automne dernier. Près de 20 000 euros ont été investis dans les locaux récemment.
Quel bilan tire Pascal Larcher de ses années passées comme gérant d’auto-écoles ? « Parfois la gestion administrative est plus difficile que la formation. Par exemple, ça peut être la course avec certains élèves pour se faire payer. On avance et ils rechignent à rembourser. » Mais ce qui ennuie le plus le gérant de l’auto-école Pascal, c’est le bilan du permis à 1 euro par jour. « Depuis le début du permis à un euro par jour, environ 25 % des clients concernés ne donnent pas signe de vie. C’est un manque de motivation incompréhensible. Ce permis à 1 euro par jour ne bénéficie de toute façon pas aux bonnes personnes. Si l’état prend en charge la caution pour le permis à 1 euro, peut-être cela aiderait-il les jeunes en difficulté. » Pascal Larcher ajoute que l’idée de bourse au permis lui « plaît bien ». Mais il tient à préciser sa pensée : « moi je trouve que le permis n’est pas cher c’est un investissement à vie, avec une grosse somme ponctuelle à verser. Le carburant, l’assurance, ça revient plus cher que le permis ».
ECHANGER DAVANTAGE AVEC LA PROFESSIONL’Ecole de conduite Pascal entretient de bonnes relations avec ses élèves. « C’est peut-être dû au fait que les gens n’ont pas envie de venir me chercher des noises », sourit le gérant. Avant de préciser : « les formations se passent en douceur même si parfois les clients sont hostiles à des heures supplémentaires. On a du mal à leur faire comprendre qu’ils ne sont pas prêts. C’est un manque de réalisme pour certains et d’humilité pour d’autres ».
Dans une optique pédagogique, Pascal Larcher n’est pas contre l’idée de la formation continue. « Dans le cadre de mon job d’éducateur sportif, à chaque début de saison, on a un stage de formation continue. Reprendre ce principe dans le cadre des auto-écoles me paraît bien, surtout si le contenu est valable. Cela amènerait des échanges entre confrères et déboucherait peut-être sur des nouvelles méthodes ». Mais pour le reste, le gérant n’est pas satisfait : « globalement, les mesures de la réforme ne me satisfont pas. Je pense que je ne ferai pas changer la mentalité des gens qui veulent absolument passer le permis. De même, je ne vois pas la pertinence d’instaurer un examen théorique plus simple ».
UNE BAISSE D’ACTIVITÉ AU NIVEAU DE LA MOTOEt la crise ? « On est pas impacté par la crise, on a juste moins de clientèle en moto : c’est du loisir, donc les gens s’inscrivent moins. » Le gérant envisage plutôt de tirer ses tarifs vers le haut, au cours des prochains mois. « On est stable à ce niveau depuis un an », précise-t-il. L’incertitude économique a amené Pascal Larcher à temporiser avant d’acheter un deuxième bureau, comme il l’avait initialement prévu. « On ne sait pas où on va, j’envisageai d’obtenir un deuxième bureau puis finalement, avec le flou, on patiente. »
Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le gérant ne compte pas renouveler un contrat de publicité le liant au cinéma Méga CGR : « On a une petite pub où on dispose d’un petit film de 30 secondes, avant le début de la séance. Je le paye 4 000 euros l’année avec un engagement de 3 ans obligatoire. Mais je ne suis pas satisfait et je compte arrêter quand le contrat arrivera à terme. » Autre motif d’insatisfaction, mais non des moindres : l’absence d’une piste de moto privée. « On est toléré sur une piste moto par une autre auto-école. Mais, quand ils sont là, on ne peut pas y avoir accès. » Il renchérit : « ça fait trois à quatre ans que je cherche un terrain pour une piste de moto privée, mais je fais face à la sourde oreille de la commune ». Des petits soucis qui n’empiètent pas le moral de notre gérant. D’autant plus que son métier n’empêche pas Pascal Larcher de mener à bien son rêve. « Créer un team 4 x 4 avec des amis », glisse-t-il dans un sourire. Avis aux futurs sponsors, organisateurs ou donateurs !
MONITEUR À L’ÂGE DE 19 ANSDirection l’autre versant du Pont Wilson, à Tours Centre, rue Colbert. Incontournable de la profession à Tours, Gilles Brunet est arrivé au métier de moniteur par vocation. Il nous reçoit vers 14 heures alors que les clients affluent. « Je suis un des rares enseignants à n’avoir fait que ce métier. En sortant du bac, à 19 ans, j’avais une vraie volonté d’enseigner. Je me suis dit : pourquoi pas ça ? » Il poursuit : « Durant mes premières années, j’étais salarié d’une auto-école en Eure-et-Loire. Cela fera bientôt 20 ans (mois de septembre) que je me suis installé à mon propre compte. »
Les débuts ont été difficiles. « J’ai crée tout seul mon auto-école. Cela a été dur pendant les 10 premières années, je me heurtais à un tarif très bas sur la ville de Tours ». Mais, à force, le travail a fini par payer. « Depuis 5 ans, ça tourne très fort. Les gens se sont habitués à notre image. Désormais, on reconnaît partout nos voitures bleues ». Le gérant de l’Ecole de conduite Gilles Brunet reconnaît avoir « énormément » investit dans la publicité, « entre 10 000 et 15 000 euros par an ». La structure sera aussi présente à travers un stand au prochain Salon de la moto. Enfin, l’auto-école arrive jusque dans le courrier des tourangeaux, via une annonce dans le Petit Zappeur, un petit fanzine distribué gratuitement dans les boîtes aux lettres.
UNE PISTE MOTO AU CENTRE DE TOUTES LES CONVOITISESMais est-ce vraiment la publicité qui assure la renommée de l’Ecole de conduite Gilles Brunet ? Pas uniquement. « On s’est fait un honneur d’assurer les cours de Code avec des enseignants. Beaucoup de gens viennent chez nous grâce à cela. ». Les clients viennent essentiellement de deux lycées, situés à proximité, et de la fac de lettres.
L’autre valeur ajoutée de l’Ecole de conduite Gilles Brunet, ce sont les cours de moto. Et pour cause, la structure dispose d’une piste pour assurer les formations, ce qui manque cruellement à la profession dans la ville de Tours. « Notre piste, que je loue à une entreprise de transport, est située dans un entrepôt. Elle s’étale sur 155 mètres de long et 25 mètres de large. Je ne tourne jamais à plus de trois élèves par leçon de moto ». Il précise : « j’avais investi dans une ligne droite il y a dix ans, mais ça n’a pas fonctionné. Peu après que je me sois installé, d’autres auto-écoles sont venues squatter au même endroit. Du coup, je suis allé voir ailleurs ». Bien lui en a pris. « Ikea a depuis racheté cet ancien terrain et a évacué les autres auto-écoles de cette ancienne piste. Maintenant, certains de mes confrères sont à la recherche d’espace. Cela ne me paraît pas normal d’investir dans une moto-école sans piste privée ». Et toc !
DE BONS RAPPORTS AVEC LES INSPECTEURSMais il ne faut pas s’y tromper. Gilles Brunet et l’ensemble de ses confrères entretiennent d’excellentes relations. « On s’échange même des places d’examen avec certains collègues », appuie-t-il. « Les rapports avec les inspecteurs sont également bons. S’il n’y a pas de copinage, on ne se décharge jamais sur eux. Je tiens à préciser qu’il n’y a plus de problème de places d’examen, ou en tout cas beaucoup moins, depuis qu’inspecteur a été rajouté en janvier dernier. »
En revanche, la réforme irrite le gérant, qui représente aussi le syndicat de l’Unidec dans le département de l’Indre-et-Loire. « On a eu un excellent audit, mais des broutilles en sont sorties, c’est dommage », regrette-t-il. Gilles Brunet milite, par exemple, pour que l’on retire certaines heures « d’explications ou de cours théorique » de la conduite pour les inclure dans le code. Un moyen de minimiser le coût du permis de conduire. Toujours dans cet objectif d’économies, le gérant « regrette que l’on ait pas abaissé la TVA de 19,6% à 5,5% ».
D’un point de vue général, Gilles Brunet est satisfait de l’évolution de la profession depuis le temps de ses débuts. « Le métier s’est professionnalisé. Il y a aujourd’hui 82 auto-écoles sur la ville de Tours, soit 30 de moins qu’en 1992. Les entreprises qui ont survécu le méritent ». Les nuages ne s’amoncellent pas à l’horizon, en tout cas, pour l’Ecole de Conduite Gilles Brunet. Un signe ? L’entretien a été marqué par un va et vient de jeunes venus se renseigner pour souscrire à des cours de conduite. Gilles Brunet déplore tout de même une baisse d’inscription en permis moto. « Le loisir passe après en temps de crise », philosophe le gérant.
DE LA THÉOLOGIE À LA FORMATION ROUTIÈRE
Au cœur de Tours Nord, avenue République, dos à des immeubles HLM, se dresse l’auto-école du Christ-Roi, qui tient son nom de l’Eglise du… Christ Roi, située à quelques pas de là. Comme un clin d’œil, Fabien Boulay, le gérant de cette auto-école, a bien failli devenir prêtre. « Moniteur, c’est une vocation tardive pour moi. J’ai fait des études de théologie pour devenir prêtre, puis je me suis ensuite acheminé vers le métier de moniteur d’auto-école en 2002. » « Des ponts relient les deux métiers, dans le relationnel et la formation », souligne-t-il.
Il y a deux ans et demi, Fabien Boulay prend la main, suite au départ à la retraite de l’ancienne gérante. « J’avais dans l’esprit de reprendre le commerce dès le début. Mon CV atypique a entraîné une certaine confiance vis-à-vis de l’ancienne propriétaire. » Et avec raison. « Depuis que j’ai repris l’entreprise, l’effectif a augmenté : au début on était deux salariés à temps plein, plus un ¾ temps plus un ½ temps. »
Lorsqu’on lui évoque un encart de publicité sur une nappe d’une pizzeria familiale, des environs de la gare de Tours, Fabien Boulay sourit : « vous me l’apprenez ! » Il poursuit : « je dépense entre 5 000 et 6 000 euros de publicité par an. Dans le cas cité, je suis un contact avec une imprimerie qui fournit une vingtaine de bars et de restaurants. Mais je fais aussi du cinéma ». Puis, après un instant de réflexion, il reste persuadé qu’ « il n’y a aucune retombée grâce à la publicité, mais quelque part cela fait plaisir à mes clients de nous voir quelque part ».
AIDER LES PERSONNES SANS EMPLOICette attention particulière envers les clients, le gérant la revendique. Mieux, Fabien Boulay insiste sur le caractère social de son auto-école. « On est une auto-école de quartier : je draine des jeunes des quartiers HLM, souvent au chômage. J’ai une vraie volonté de faire fructifier la formation pour des personnes qui sont sans emploi ». « Mais on reçoit aussi des jeunes de quartiers plus résidentiels et des clients qui viennent de la campagne. Tout le monde a besoin d’apprendre à conduire, le permis est devenu un critère de sélection », nuance-t-il. Impliqué avec ses élèves, Fabien Boulay leur demande en retour de la rigueur. Et ses clients viennent en connaissance de cause. « J’ai la réputation d’être très strict, voire carré », sourit Fabien Boulay. « Notre auto-école a des règles, on ne peut pas nous marcher sur les pieds. On enseigne le respect des autres. J’ai des principes. »
Le permis à 1 euro était déjà en vigueur au sein de l’auto-école du Christ-Roi, lorsque Fabien Boulay en est devenu le gérant. Mais il en tire un bilan amer. « On propose le permis à 1 euro depuis le début. Bilan, les personnes qui en bénéficient ne sont pas les bonnes. Comme les banques ont imposé des garanties, les personnes en difficulté financière ne peuvent y accéder. L’idéal serait de trouver un système de formation qui serait moins onéreux pour les élèves. Ce n’est pas en accord avec la politique du gouvernement qui essaie de supprimer un maximum de fonctionnaires. » Les auto-écoles ont-elles un rôle à jouer ? « Nous, les auto-écoles, versons des salaires. On est obligé de maintenir un certain tarif. On essaie de trouver un juste milieu, pas trop cher pour les jeunes, mais qui ne nous pénalise pas de trop non plus. »
DU TRAVAIL POUR TOUT LE MONDESa franchise n’isole pas Fabien Boulay du reste de la profession. Bien au contraire. « On a de très bonnes relations entre collègues. Il y a sept auto-écoles sur Tours Nord et assez de boulot pour tout le monde ». A l’instar de ses deux confrères, le gérant de l’auto-école du Christ-Roi insiste aussi sur la bonne entente avec les inspecteurs de Tours.
Si l’auto-école du Christ-Roi ne propose pas de permis moto, Fabien Boulay indique tout de même avoir été « impacté » par la crise. « On a perdu beaucoup d’inscriptions aux mois d’octobre et de novembre », précise-t-il. Toujours est-il que cela ne devrait pas influencer la politique tarifaire : « mon habitude, c’est d’augmenter mes tarifs une fois par an, en septembre ». En revanche, comme pour beaucoup de ces confrères, cette période d’instabilité financière a ralenti Fabien Boulay dans son projet de reprendre une nouvelle agence. Mais le gérant n’est pas vraiment inquiet. Tout juste regrette-t-il un déficit d’information dans la profession. « A partir du moment où on est des entreprises individuelles, on est un peu sur la touche. Les médias ne nous tiennent pas suffisamment au courant des évolutions du métier ». Heureusement, La Tribune des auto-écoles passait par-là !
Hugo Roger
CARTES D’IDENTITÉ
Ecole de conduite PascalGérant : Pascal Larcher
Formations proposées : BSR, AAC, B, A, A1 et EB
Bureau : 1
Employés : 7 moniteurs et 1 secrétaire
Véhicules : 3 Opel Corsa, 1 Peugeot 308, 1 Cabriolet Volkswagen New Beatle
Inscriptions à l’année : 280
Tarifs permis B : 20 h : 790 euros, 1 h : 38 euros
Ecole de conduite Gilles BrunetGérant : Gilles Brunet
Formations proposées : B, AAC, A et EB
Bureau : 1
Employés : 8 moniteurs et 1 secrétaire
Véhicules : 9 Clio
Inscriptions : environ 550 inscriptions par an
Tarifs permis B : 20 h : 860 euros, 40,50 euros l’heure supplémentaire
Auto-école du Christ-RoiGérant : Fabien Boulay
Formations proposées : B, AAC et EB
Bureau : 1
Employés : 4 moniteurs et 1 ¾ temps
Véhicules : 3 Peugeot 207 et 1 Peugeot 308
Inscriptions : environ 300 par an
Tarifs permis B : 20h : 735 euros, 35 euros l’heure supplémentaire