Manque-t-on d’enseignants de la conduite en France ? À brûle-pourpoint, la réponse est « oui ». Recruter est pour beaucoup d’écoles de conduite un casse-tête. Fidéliser leurs enseignants est ensuite l’une de leurs priorités. Voici dix idées pour tenter de trouver vos futurs salariés et les garder !
De très nombreuses écoles de conduite sont à la recherche d’enseignants. Donner une estimation du nombre de postes à pourvoir est hasardeux et personne ne s’y risque, ni les organisations syndicales, ni les pouvoirs publics. Tout le monde cependant s’accorde pour dire que la profession doit se mettre en ordre de bataille pour mieux se faire connaître auprès du grand public afin de susciter des vocations et ainsi, former un plus grand nombre d’enseignants. S’il est difficile d’évaluer précisément quels sont les besoins, une chose est sure : la demande est bien réelle et l’offre ne suit pas. Après la crise sanitaire, on avait assisté à une croissance significative du nombre de certifiés au titre professionnel. L’envolée a été belle, mais de courte durée puisqu’en 2023 (derniers chiffres connus), le nombre de certifiés au titre professionnel « enseignants de la conduite et de la sécurité routière », a marqué un recul de 15 %. La formation pourtant est attractive puisque, selon le ministère du Travail, 6 mois après avoir obtenu leur diplôme, 83,5 % des certifiés avaient trouvé un emploi. Si recruter est nécessaire, ce n’est pas suffisant. Il faut également fidéliser puisque l’on estime que les « moniteurs » ne restent pas plus de cinq années en moyenne dans leur poste. Beaucoup d’entre eux démissionnent pour rejoindre une autre école de conduite, le plus souvent à l’occasion d’une reprise, plus rarement lors d’une création, d’autres enfin changent carrément de métier.
1/ Opter pour des contrats de professionnalisation
Les contrats de professionnalisation sont, sans aucun doute, la voie royale pour recruter efficacement. Cela permet à l’alternant d’apprendre sur le tas directement en relation avec les réalités du terrain et à l’employeur de former un futur enseignant en adéquation avec sa manière de travailler. Certes, cette voie de formation est ouverte à toutes les entreprises, mais elle est plus difficile à mettre en place dans les plus petites d’entre elles. Aussi, le contrat de professionnalisation n’est aujourd’hui la référence que pour les plus importantes structures, notamment celles des grands réseaux (ECF, CER, City’Zen, etc.). Après avoir reculé en 2023, le nombre de contrats de professionnalisation a augmenté en 2024, avant de retomber et de retrouver le niveau des années 2021-2022. Et il semblerait que 2025 suive la même tendance.
2/ Passer une petite annonce
La diffusion de petites annonces, notamment via des supports à destination du secteur comme La Tribune des Auto-Écoles, est une nécessité impérieuse. Les réseaux sociaux et les plateformes de recrutement comme Indeed, jouent également un rôle important. Facebook et Instagram touchent aussi un large public, ainsi que LinkedIn qui s’adresse plutôt à des professionnels. Il existe également quelques communautés qui peuvent avoir une réelle efficacité. Les utilisateurs des outils d’AGX Informatique bénéficient d’un réseau qui leur est réservé. En revanche, « Les Accélérateurs par Klaxo », une initiative portée par Marine Isaia, responsable marketing de Klaxo, est une communauté ouverte à tous les professionnels du secteur des écoles de conduite.
« Toutes les voies doivent être utilisées, mais il faut passer en première intention par France Travail », recommande Marie Martinez Le Leizour, vice-présidente de l’UNIC. « C’est la meilleure façon de faire savoir aux pouvoirs publics qui ne veulent pas toujours l’entendre, que nous sommes une profession en tension, insiste Lorenzo Lefebvre, vice-président de Mobilians-ESR. C’est important car si elle était reconnue comme telle, nous pourrions espérer des aides nationales et régionales pour former nos futurs collaborateurs. »
3/ Organiser un job dating
Si passer des petites annonces est un classique, Florent Feuillères, directeur de l’ECF Sud-Ouest à Toulouse et délégué départemental de l’UNIDEC a eu l’idée d’organiser des jobs dating. « Pour se donner plus de chances de trouver le bon candidat, il faut aller à sa rencontre, explique-t-il. Les jobs dating donnent de bons résultats à condition que le recruteur sache mettre son ego de côté, qu’il comprenne les exigences des nouvelles générations, qu’il fasse preuve de psychologie à une époque où son futur salarié souhaitera privilégier sa qualité de vie au travail (liberté de planning, ambiance entre collègues, etc.) plutôt que simplement une bonne rémunération. »
4/ Penser à la communication locale
On n’y pense pas forcément de prime abord, mais la communication locale ne saurait être oubliée. « Des affiches collées sur les vitrines des agences, d’autres dans nos bureaux, attirent l’attention. Nous avons eu quelques personnes qui souhaitaient savoir comment on devenait enseignant de la conduite. Nous les avons, selon le cas, dirigées vers les centres de formation ou vers France Travail », explique encore Florent Feuillères. L’UNIDEC a, pour sa part, créé une affiche sur laquelle on voit un enseignant de la conduite en voiture donner un cours à un élève et sur laquelle est écrit le message suivant : « Enseignant de la conduite et de la sécurité routière, pourquoi pas vous ? Contactez votre école de conduite ». La presse régionale et locale est aussi un support auquel on peut faire appel.
5/ Vos anciens élèves, un vivier à ne pas négliger
Le réseau des élèves et des anciens élèves est aussi un vivier auquel on ne pense pas forcément en première intention, mais qu’il ne faut pas négliger. « Nous connaissons tous, des professionnels aguerris qui doivent leur vocation à celui qui leur a appris à conduire », rappelle Lorenzo Lefebvre.
6/ Respecter et appliquer la convention collective
Recruter est une chose, arriver à garder ses salariés en est une autre. Le turn-over coûte cher à une entreprise, notamment en temps de recrutement et de formation d’un nouveau salarié. Il est donc judicieux de fidéliser les bons éléments. Le respect de la convention collective est un impératif autant social que moral. Quand c’est possible, il faut aller plus loin en termes de salaires, de primes ou de bonus.
7/ Adopter une politique RH dynamique
La mise en œuvre d’une politique RH dynamique, même dans les entreprises de taille moyenne, devient un passage obligé. « Cela veut dire que nous devons proposer de la formation continue à nos collaborateurs, leur ouvrir l’ensemble des compétences de l’entreprise, savoir les promouvoir au bon moment », déclare Lorenzo Lefebvre. De son côté, Florent Feuillère parie sur la cohésion de ses équipes en leur proposant notamment des événements festifs, course à pied, marathon de Toulouse en relais, etc. « L’engagement et la motivation vont de pair. Nous souhaitons que nos enseignants partagent nos valeurs, explique-t-il. Ce n’est possible que si nous savons les accompagner, être à leur écoute, ce qui peut vouloir dire leur prêter un utilitaire pour faire un déménagement, par exemple. C’est un petit geste pour l’entreprise, mais ô combien apprécié par le collaborateur. Le management moderne passe par la relation humaine et une certaine amicalité professionnelle. »
8/ Aménager les horaires de travail
L’aménagement des horaires pour une génération Z plutôt volatile est (souvent) une condition sine qua non pour éviter la souffrance au travail. « Il faut trouver le bon compromis entre ce que souhaite l’enseignant et ce qui ne rompra pas les équilibres, souvent fragiles, de l’entreprise », note Marie Martinez Le Leizour.
9/ Miser sur des « avantages-maison »
Les « avantages-maison » sont très appréciés. Il en est ainsi de la mise à disposition de la voiture de société, des tickets-restaurants ou des chèques-vacances, d’une super-mutuelle, mais également d’autres prestations comme un Comité d’entreprise que proposent Club Rousseau à ses membres, Enpc-Ediser à ses clients, Klaxo à toute la communauté. « Dans nos écoles de conduite, les réductions offertes pour aller au spectacle, faire du sport, ou à valoir sur d’autres achats, équivalent à de grands bénéfices pour la convivialité et le bon esprit dans nos équipes. Et c’est essentiel ! », explique Éric Laude, directeur de l’auto-école GTeam et membre du conseil d’administration de l’UNIC. C’est un constat que font aussi les professionnels qui ont recours aux « bons plans » élaborés par Marine Isaia. À travers « Les Accélérateurs par Klaxo », elle propose également une offre « comité d’entreprise », avec des avantages exclusifs pensés pour les responsables et les équipes des auto-écoles afin de renforcer la bonne entente au sein de l’entreprise et le bien-être au travail.
10/ Être bienveillant
La bienveillance, cette disposition généreuse à l'égard de l’autre, est enfin la meilleure façon de former une équipe soudée, d’intégrer de la plus belle façon qui soit ceux qui arrivent. Elle se manifeste au travers de chaque enseignant et c’est l’élève qui en profite. Elle signe l’image d’une auto-école qui sait répondre aux attentes de tous, dirigeants, collaborateurs et clients. À une époque où la RES (responsabilité sociétale des entreprises) est un des piliers fondamentaux de l’entreprise, les écoles de conduite démontrent leur savoir-faire en matière environnementales et éthiques.