Avec le vieillissement de la population française, la mobilité des seniors devient un enjeu de société majeur. Conscients de ce phénomène, La Prévention Routière et la Fédération française des sociétés d’assurances ont réalisé une étude permettant de mieux comprendre les difficultés et proposent de nouveaux supports pédagogiques.Le risque d’avoir un accident par kilomètre parcouru augmente chez les conducteurs âgés de plus de 70 ans. C’est du moins ce que démontre les statistiques effectuées par les assureurs. Faut-il donc imposer une visite médicale obligatoire à partir d’un certain âge, comme cela se pratique déjà dans plusieurs pays de l’Union européenne ? Voire même interdire la conduite aux conducteurs seniors dont les capacités se révèlent insuffisantes ? Ce n’est, pour le moment, pas le choix politique de la France, qui préfère aider ses seniors à rester autonomes le plus longtemps possible (Voir La Tribune des Auto-Ecoles n°143 p. 13).
LE PERMIS : UN SYMBOLE DE RÉUSSITE SOCIALEUn choix qui semble conforté par l’étude menée par l’association La Prévention Routière et la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA). Cette étude basée sur des entretiens individuels auprès de 54 seniors âgés de 60 à 75 ans et plus, révèle que « pour beaucoup de personnes qui ont passé le permis de conduire juste après la Seconde Guerre mondiale, la voiture symbolise un progrès et une ascension sociale. L’obtention du permis reste un moment fort, et la plupart des seniors ont du mal à imaginer que celui-ci puisse leur être retiré dans le cadre d’une interdiction de conduire ou dans le cadre d’un retrait de points ».
Par ailleurs, d’un point de vue purement pratique, les transports en commun ne constituent pas toujours un moyen de transport alternatif. Dans certaines zones géographiques, ils n’existent pas ou sont insuffisants. Et en milieu urbain, ils sont souvent vécus comme contraignants (horaires aléatoires, attentes, accès difficiles pour monter et descendre du bus, escaliers dans le métro ou les gares).
DES DIFFICULTÉS PROPRES À LA CONDUITE DES SENIORSPour autant, la plupart des seniors reconnaissent éprouver des difficultés au volant, notamment dans les situations de dépassement, de conduite à proximité de poids lourds, à redémarrer au « stop » ou en côte, à effectuer des créneaux, à conduire la nuit ou lorsque les conditions météorologiques sont mauvaises, etc. Face à ces gènes, on distingue trois types de comportement : le déni, la lucidité réactive ou l’acceptation passive.
Dans le premier cas, le conducteur minime la diminution de ses capacités à réagir correctement et rejettent la faute sur les autres conducteurs. Dans le cas de la lucidité réactive, il reconnaît rencontrer des difficultés et adapte sa conduite en réduisant la vitesse, mais aussi la durée des parcours. La plupart du temps, il se cantonne à des petits trajets proches de son domicile pour aller faire des courses ou chercher ses petits enfants à l’école. Enfin, dans le dernier cas, le senior vit la dégradation de son état comme inéluctable et préfère s’arrêter de conduire totalement, alors qu’il pourrait peut-être prolonger sa capacité à conduire en mettant en place quelques adaptations.
ETRE RESPONSABLE, MAIS RESTER MOBILE !Pour éviter de tomber dans l’une des deux extrêmes, à savoir le déni ou l’acceptation passive, La Prévention Routière organise chaque année des stages de remises à niveau pour les conducteurs seniors. Ces formations sont le plus souvent prises en charge par les compagnies d’assurances et gratuites pour le conducteur. Pour rendre ses stages encore plus efficaces, La Prévention Routière a mis au point un nouvel outil pédagogique composé d’un livret et d’un CD-Rom présentant des statistiques, mais aussi des cas d’accidents typiquement rencontrés par les seniors, une remise à niveau des connaissances du Code de la route, ainsi que des conseils sur la santé, etc. Si ce kit pédagogique n’est pas disponible pour les auto-écoles, ces dernières peuvent se procurer ou télécharger la brochure grand public intitulée « Les seniors au volant », édité par La Prévention Routière et la FFSA.
Ce dépliant met en garde sur la diminution des performances inhérente à l’âge, comme la baisse de la vision et le rétrécissement du champ visuel, les douleurs dans la nuque qui réduisent la mobilité de la tête et ne permettent plus de contrôler les angles morts ou encore la perte de l’audition et, par voie de conséquence, de la prise d’information. Enfin, le livret donne de conseils sur le choix du véhicule (à boîte automatique) ou sur la conduite à adopter dans les carrefours giratoires ou lors des tourne-à-gauche. Un outil pratique et bien conçu qui peut permettre d’engager le dialogue et amener un conducteur senior à prendre conscience de l’importance de se remettre en question, sans pour autant s’arrêter de conduire définitivement.
S. A.
Plus d’infos sur le site www.preventionroutiere.asso.fr