Trouver une piste d'entraînement constitue souvent une difficulté pour une moto-école. Quels sont les problèmes que pose cette infrastructure indispensable et les solutions pour proposer une formation de qualité ? Nous avons enquêté auprès des professionnels du secteur.
La piste d'entraînement constitue un outil de travail indispensable pour les écoles de conduite moto en France, au nombre de 5 948 recensées à ce jour par le registre national RAFAEL. Indispensable, mais pas obligatoire : rien dans les textes réglementaires ou dans l'agrément préfectoral n'impose la présence d'un espace de travail hors circulation pour les différentes formations à la conduite des véhicules à deux et trois roues motorisés, à la différence des formations pour le groupe lourd. Le « label qualité moto », aujourd'hui décerné à 2 808 établissements (soit moins de la moitié des moto-écoles déclarées), s'avère à peine plus exigeant : il suppose d'une part de justifier de l'accès à une piste aux dimensions prévues pour l'examen, d'autre part de fournir aux élèves les informations sur l'emplacement, le temps de trajet depuis l'agence et la capacité d'accueil de la piste.
Toutes les moto-écoles ne disposent pas d’une piste privée, faute de terrain disponible et/ou de moyens financiers. Contraintes de trouver un espace d’entrainement pour leurs élèves, elles travaillent sur des aires d'évolution non sécurisées, parfois ouvertes à la circulation, comme des aires de stationnement près de cinémas, de discothèques, de salles de spectacle, de stades, de palais des congrès ou de parcs des expositions, mais aussi parfois des routes désaffectées ou d'accès à des usines. Avec les dégréements que cela peut engendrer en termes d’éloignement par rapport à l’école de conduite (matériel à transporter, temps de cours amputé du temps de trajet, absence de sanitaires, etc.) et de sécurité (revêtement parfois de mauvaise qualité, obstacles gênants, voire dangereux…).
Établir un contrat écrit
Autre inconvénient et non des moindres pour les établissements de formation à la conduite : l'insécurité qui entoure cet outil de travail quand ils n'en sont pas propriétaires. Outre les éventuels risques d'envahissement des aires d'évolution par des gens du voyage, la disponibilité de ces pistes « improvisées » n'est jamais garantie sur le long terme. En 2024, le Conseil départemental du Val-de-Marne a par exemple mis fin sans concertation à la mise à disposition des parkings du parc des Marmousets, utilisés par des écoles moto depuis plus de 20 ans (voir La Tribune des Auto-Écoles n°271 datée de décembre/janvier 2025) et seul espace gratuitement accessible pour l'enseignement moto dans l'Est francilien. Une trentaine d'écoles locales se trouvent empêchées d'y travailler depuis le 1er janvier 2025, ce qui conduit certaines d'entre elles à cesser leur activité moto et/ou à licencier des salariés. Des situations comparables au Havre, en Seine-Maritime ou à Saint-Pierre de La Réunion mettent en danger d'autres entreprises qui travaillent sur des centres d'examen moto, lesquels vont ou leur ont déjà été interdits. Ailleurs, de nombreuses écoles moto exercent dans un cadre précaire : « Beaucoup d'écoles travaillent sur des emplacements avec un accord tacite, verbal, où le propriétaire des lieux peut, du jour au lendemain, leur interdire l'usage du terrain », alerte Lorenzo Lefebvre, vice-président de Mobilians-ESR. D’où l’importance d’établir un contrat écrit. « Quand on est sur un accord non écrit, avec une mise à disposition gratuite, quand on ne paie pas de loyer… ça finit toujours mal. »
Des initiatives locales
Les pouvoirs publics nationaux n'ayant pas vocation à intervenir dans ce domaine, certaines collectivités territoriales ont d'ores et déjà pris des initiatives qui relèvent avant tout de la bonne volonté politique locale. La mairie de Fréjus, dans le Var, met ainsi à disposition de 12 écoles moto une partie du site du marché municipal, accessible du lundi au mardi de 7 à 20 heures, sauf le jeudi matin (jour de marché). Dans la Sarthe, la communauté de communes de l’Huisne Sarthoise a financé la réalisation d'une piste moto, inaugurée en novembre 2024 et louée à l'école Saint-Antoine de La Ferté-Bernard pour 120 euros HT par mois. Dans l'Hérault, le Conseil départemental a réaménagé un tronçon de 1,5 km d'une ancienne route, désaffectée depuis 1981, afin d'y réaliser l'« espace pédagogique 2RM du col de la Cardonille » : ce site unique en France, co-géré par le département et un collectif d'associations motardes, a été inauguré en mai 2023 et est depuis accessible aux écoles de conduite comme aux organismes de perfectionnement post-permis.
« Certaines communes financent l'aménagement d'une piste pour l'école moto locale, mais prévoient dans la convention que cette aire soit consacrée le mercredi à des formations pour le permis AM ou à l'enseignement du permis vélo par la police municipale, voire du permis piéton avec l'école communale », explique Patrice Bessone, président de Mobilians-ESR. « C'est un compromis intelligent, mais tout le monde n'a pas ce regard… »
Une coopération public/privé
Une autre possibilité consiste à ouvrir les centres d'examen moto aux moto-écoles, notamment dans les créneaux horaires où aucun examen pratique n'a lieu, comme après 17 heures en semaine et le samedi. Cette solution s'est imposée dans certains territoires confrontés à de fortes tensions sur le foncier, notamment dans des zones montagneuses, comme en Haute-Savoie depuis 2023 (pour le centre d'examen d'Annecy) ou encore en Ardèche (à Privas) depuis plus de dix ans.
Entre autres inconvénients, ce type d'arrangement implique une forme de dépendance des établissements envers l'administration, ainsi qu'une concurrence déloyale entre les écoles ayant investi dans une piste privée et celles qui ont un droit d'accès gratuit au centre d'examen, même si les premières bénéficient d'une plus grande liberté et reçoivent généralement plus d'élèves. Reste qu'au final, cette solution n'est possible que pour les écoles proches de ces centres d'examen, sans oublier qu'elle suppose la mise en place d'un planning partagé, avec un esprit de coopération entre l'administration et les écoles moto, ainsi qu'entre les écoles elles-mêmes.
Une mise en commun des moyens
Cette coopération entre écoles de conduite, qui ne va pas de soi dans un secteur économique concurrentiel, apparaît selon de nombreux professionnels comme la meilleure solution à long terme. Elle permettrait la mutualisation de moyens afin d'acquérir des pistes privées dont les écoles seraient propriétaires et donc indépendantes, pleinement maîtresses de leur avenir. Mobilians-ESR incite par exemple ses adhérents à se regrouper dans des associations d'écoles moto, pour lesquelles l'organisation patronale peut se porter garante et faciliter soit l'achat d'un terrain, soit la mise à disposition par une collectivité locale.
« Avoir une seule piste pile aux dimensions de l'examen n'a pas de sens, car cela oblige à ne faire que du bachotage des parcours d'examen. Quand on connaît les difficultés techniques de l'enseignement moto, il faut au moins une double piste ou une piste simple avec une possibilité d'exercices sur 7-8 mètres de large ou une aire d'évolution carrée de 25 à 30 mètres de côté. Sans cela, ça me paraît compliqué de dire qu'on enseigne la moto dans des conditions de sécurité correctes », estime pour sa part Stéphane Croci, président de Viaprolearn et formateur de moniteurs moto. Et d’ajouter : « Cela devrait faire partie des conditions d'attribution du label qualité. Deux ou trois petites écoles, qui inscrivent chacune moins de 70 élèves moto par an, pourraient se regrouper pour investir et faire des choses sérieuses avec une piste partagée ».
Des exigences contraignantes
À défaut, seuls les établissements disposant de suffisamment de moyens – et surtout de volonté d'offrir à leurs élèves des prestations de qualité – peuvent se permettre d'acheter une surface suffisante pour y construire l'ensemble des infrastructures nécessaires : non seulement la piste, mais aussi les bureaux et le garage au même endroit.
Tout regrouper sur un seul lieu revêt de nombreux avantages, mais implique des contraintes non négligeables, non seulement en termes de superficie, mais aussi de localisation, d'accessibilité et de nuisances sonores. On retrouve ainsi la plupart des pistes moto privées en périphérie des villes, loin des zones résidentielles, souvent près d'autres sources de bruit : autoroutes ou voies rapides, aéroports ou aérodromes, circuits de vitesse, zones d'activités ou industrielles… Avec pour avantage des prix du foncier plus abordables pour ces terrains moins recherchés. Pour autant, ces locaux doivent soit se situer près de stations de transports en commun, soit prévoir des espaces de stationnement suffisamment grands pour accueillir les véhicules des élèves, soit (dans certains cas rares) mettre en place des navettes.
Le tout en restant à moins de 30 minutes, voire le plus près possible, du centre d'examen moto. L'ensemble de ces contraintes forme un cahier des charges extrêmement exigeant et coûteux. Pour autant, les avantages l'emportent pour les exploitants de ces écoles : disposer de toutes les infrastructures sur place permet d'améliorer le confort pour tout le monde (enseignants comme élèves), de mieux rentabiliser le temps de formation et au final d'attirer plus de clients.
« Cela facilite même le recrutement des formateurs », insiste Philippe Rolland, patron de Moto Conduite à Grenoble, en Isère : « Ils savent qu'ils peuvent s'équiper sur place, se changer s'il se met à pleuvoir, prendre un café chaud, manger, utiliser les sanitaires, prendre une douche en été avant de rentrer chez eux… C'est réellement un autre métier, une autre manière de travailler. »