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two_wheeler Deux-roues — Novembre 2025

Examen moto sans passager : Le grand flou artistique ?

La possibilité, évoquée pendant l'été, pour les candidats au permis moto de choisir un parcours plateau sans passager demeure pour le moment sans date d'entrée en vigueur, ni modalités pratiques définies, ce qui laisse les professionnels pour le moins perplexes.


Le 31 juillet 2025, le ministère de l'Intérieur dévoilait différentes mesures destinées à réduire les délais d'attente aux examens de conduite. Parmi celles-ci figurait au titre des « mesures immédiates », une proposition qui a surpris tous les observateurs : la mise en place d’une option « sans passager » pour le permis moto, avec un code restrictif spécifique sur le titre de conduite et une formation qualifiante complémentaire.
L'idée serait, semble-t-il, d'effectuer en solo le tronçon du parcours d'examen hors circulation pour les catégories A1 et A2, situé après le freinage et avant le slalom, avec départ de la ligne C4 ou C5, puis arrêt de précision après la porte de piquets et avant la porte de cônes. Les candidats pourraient choisir de ne pas emmener de passager pour le demi-tour exigé à ce moment du parcours.
Cette disposition permettrait à la fois de gagner quelques secondes de temps d'examen (plus besoin de charger et décharger un passager) et de diminuer le risque fréquent d'erreurs lors de cet exercice précis, qu'il s'agisse de pied(s) au sol, de déplacement d'un cône ou d'un piquet, et/ou de sortie du parcours en fin de demi-tour – l'objectif restant d'améliorer le taux de réussite pour éviter de nouvelles présentations et faire passer plus de candidats.

Quid de la formation complémentaire avec passager ?
Si le candidat valide ensuite l'examen en circulation et obtient son permis A1 ou A2 avec cette option « sans passager », son titre de conduite comporterait alors un code de restriction qui exclurait l'emport d'un passager – à moins de suivre une formation complémentaire de quelques heures, sans examen supplémentaire, afin de lever cette restriction. La durée et les modalités de cette formation facultative restent pour le moment non définies, tout comme l'existence d'un éventuel délai entre la date d'obtention du permis moto et la régularisation.
En attendant d'en savoir plus, les professionnels du secteur affichent leur perplexité, voire leur franche réticence. « Pour nous, ça n'a aucun intérêt », explique Lorenzo Lefebvre, vice-président de Mobilians-ESR, qui prône une suppression de l'exercice avec passager, tout en maintenant une formation à ce savoir-faire technique en formation initiale. Il dénonce par ailleurs un risque de complexité administrative accrue, avec une nouvelle formation complémentaire qui implique encore une attestation supplémentaire à gérer.
« S'il existe une option sans passager, cela veut dire que cette compétence ne sera plus abordée en formation initiale, cela baisse le niveau de compétence. On ne peut pas dire aux gens qu'ils vont devoir faire une formation supplémentaire pour avoir le droit d'emmener un passager : c'est marcher sur la tête. Bref, c'est une annonce pour faire une annonce ! », estime de son côté Benjamin Panis, président de l'UNIC.
« Nous ne sommes pas opposés au principe de faire évoluer les modalités d'examen », nuance Patrick Mirouse, président du réseau ECF, « mais nous demandons que la mesure soit précisée et surtout, qu'elle n'entraîne ni hausse du coût de formation, ni baisse du niveau de formation car c'est la condition du niveau de sécurité des conducteurs débutants. »
À l'heure du permis de conduire européen harmonisé, la principale difficulté dans la mise en place de cette mesure réside d'abord dans la création et l'homologation d'un code restrictif sur le titre de conduite (qui devrait être commun à tous les États membres de l'Union Européenne, mais tout en ne restant utilisé que par la France), puis dans l'intégration de ce code dans RdvPermis. L'ajout d'un code de restriction implique du temps passé par les inspecteurs à entrer et vérifier ce code lors des deux examens pratiques moto, sans oublier le risque d'erreur administrative, souligne Maxime Bourgeois, du syndicat d'inspecteurs UNSA-SANEER.

Une spécificité française
À noter que l'emport d'un passager lors des examens pratiques du permis moto est une spécificité française. Aucun autre pays n'impose d'exercice avec passager, que ce soit en circulation ou hors circulation, ce qui explique pourquoi ce point ne figure pas dans la directive européenne de 2006.
En effet, la plupart des autres pays interdisent purement et simplement aux motards débutants d'emmener un passager, pendant une période variant entre un à deux ans selon les pays. De l'avis de certains observateurs, l'hypothétique mise en place d'une « option passager » pourrait constituer un premier pas de la France dans cette direction. Cela répondrait au souhait de certains formateurs et exploitants qui demandent la suppression pure et simple de l'exercice avec passager pour des raisons d'inégalité de traitement des candidats en fonction du gabarit du passager disponible lors de l'examen. D'autres militent pour un maintien de l'exercice avec passager, mais sur une autre portion du parcours d'examen. Finalement, face à la complexité de mettre en place un code restrictif, il semblerait que la DSR abandonne l'idée de créer une formation qualifiante.


Fabien Lecoutre


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