Depuis l'arrêté du 16 juillet 2019, il est possible d’effectuer jusqu’à dix heures de formation sur simulateur de conduite dans le cadre de la formation B. Mais l'usage et le succès de ces nouveaux outils varient grandement selon les écoles. Il est essentiel de réfléchir en amont aux nombreux enjeux que recouvre cette solution technique.
Les avantages économiques et écologiques du simulateur de conduite ne sont plus à démontrer. Un simulateur coûte entre 0,5 et 1,5 fois le prix d'une voiture (que ce soit à l'achat ou en location longue durée) pour une empreinte carbone et un coût d'utilisation bien moindre : il ne consomme pas de carburant ni de pneus, ne demande pas d'assurance, n'émet pas de polluants atmosphériques, ne peut pas avoir d'accident, n'occupe pas de place de stationnement et ne tombe pas en panne mécanique. « Nous avons décidé de diminuer d'un tiers notre parc de 3 000 véhicules d'ici 2027, au profit de l'apprentissage sur les 500 simulateurs déjà installés chez tous nos adhérents », annonce ainsi Patrick Mirouse, président du réseau ECF.
Une excellente optimisation du temps de formation
Le simulateur assure une meilleure optimisation du temps de formation : il ne requiert pas de temps de trajet pour se rendre sur un lieu d'entraînement à trafic faible ou nul (et autant pour en revenir), ne reste jamais coincé dans un embouteillage, ne perd pas de temps à chercher une place, n'est pas dépendant des conditions météo, n'a pas besoin de pauses et reste disponible tout au long des horaires d'ouverture du bureau. Le simulateur permet par ailleurs de prévoir les premières leçons très vite après l'inscription, l'évaluation ou la validation de l'ETG, même quand les plannings des moniteurs sont pleins des semaines à l'avance. Enfin, les leçons sur simulateur sont prises en compte dans le calcul des ETP (sous conditions, voir encadré) et génèrent au final des places d'examen supplémentaires.
Des usages du simulateur très variés
Une large proportion des établissements d'enseignement de la conduite compte au moins un simulateur dans leurs locaux, tout du moins pour ce qui concerne la formation B. Dans la pratique, l'usage de cet outil pédagogique demeure souvent limité à la réalisation des évaluations initiales et aux trois à cinq premières heures d'apprentissage, dans le cadre de la compétence 1. Ces séquences « basiques » sont majoritairement réalisées en laissant les élèves en autonomie, sans enseignant à leur côté, avec les seules consignes de départ données par le personnel du bureau.
Pour les évaluations, l'usage du simulateur permet de les réaliser sans enseignant, donc avant la signature du contrat de formation, conformément à la loi. Il assure une stricte égalité de traitement des élèves et diminue le stress des élèves débutants. Le résultat de l'évaluation étant donné de façon objective, impartiale et donc incontestable, il est mieux accepté par les élèves et leurs parents. Si le simulateur peut poser problème aux personnes maîtrisant mal le français, ayant des problèmes de lecture ou d'acuité visuelle, il permet à l'inverse de dépister des troubles (dyslexiques, visuels, auditifs) non diagnostiqués ou cachés.
L'usage du simulateur pour les premières heures présente pour principal avantage de former les différents élèves de façon uniforme (tout en laissant chacun progresser à son rythme), pour une meilleure cohérence des savoirs : les formateurs savent exactement quel contenu a été délivré et peuvent ensuite le compléter si besoin. « Le simulateur donne un socle commun aux élèves », souligne Éric Laude, administrateur de l'UNIC et gérant de l'école GTeam à Béziers, qui a installé des simulateurs dans ses deux agences depuis 2019. Autre bénéfice, « le simulateur permet de soulager les moniteurs de la partie la plus inintéressante, la plus répétitive de l'apprentissage, cela leur évite une perte d'énergie considérable », constate-t-il, en plus de libérer du temps de cours afin d'accueillir plus d'élèves. Enfin, il s'avère très efficace dans le cas d'élèves atteints de troubles « dys » qui ont besoin de beaucoup plus répéter les automatismes et les manœuvres.
Accompagner la mise en place du simulateur
De l'avis général, l'efficacité d'un simulateur dans une école de conduite repose en grande partie sur son intégration dans le cursus de formation et son acceptation par les enseignants de la conduite. Plus les collaborateurs sont associés en amont, plus ils s'approprient l'outil et l'intègrent à leur pédagogie, en étant conscients de ses limites mais sans le dénigrer. « Nous proposons systématiquement un accompagnement du gérant à la conduite du changement et des formations des équipes au niveau technique, commercial et pédagogique », insiste Yann Giraudeau, directeur commercial des Codes Rousseau qui commercialise et installe des simulateurs depuis plus de dix ans. L'ensemble du processus doit être accompagné par toute l'équipe, avant (dès les essais et démonstrations), pendant et après l'installation de la machine.
« Un simulateur ne remplace pas une voiture, encore moins un moniteur, c'est un outil d'accompagnement et d'aide à la formation : un simulateur ne sert pas à apprendre à conduire, mais à acquérir les automatismes de conduite », souligne Antoine Beaudonnet, directeur commercial d'Enpc-Ediser. La machine permet de répéter et d'automatiser les process de conduite, mais le formateur reste indispensable pour transposer ces automatismes dans la voiture, expliquer leur pertinence selon les situations de conduite et appliquer une pédagogie différenciée à un élève qui aurait mal compris l'ordinateur. « Il faut se poser la question de la valeur ajoutée du moniteur », explique Stéphane Develter, concepteur de simulateurs de conduite depuis 30 ans et fondateur de la société du même nom, laquelle équipe une centaine d'auto-écoles en France. « C'est le formateur qui par sa pédagogie va faire ressortir l'intérêt du simulateur. »
Au même titre que le choix du modèle de voiture-école, le simulateur peut être pensé comme un moyen supplémentaire de se démarquer de la concurrence. La diversité de l'offre actuelle permet de pouvoir choisir entre plusieurs approches : soit une « grappe » de plusieurs (généralement entre trois et cinq) simulateurs d'entrée de gamme, soit un ou deux exemplaires d'un produit haut de gamme, disposant de plusieurs écrans de grande taille, d'un écran de vue arrière pour les manœuvres, voire pour certains d'une caméra de suivi de regard qui analyse le comportement visuel du conducteur. La solidité du matériel, appelé à voir défiler des centaines d'élèves différents qui vont régler le poste de conduite plusieurs fois par jour, est également un facteur à prendre en compte. Il faut toutefois garder à l'esprit que plus un appareil sera évolué et complet, plus son encombrement sera important. Le choix de l'emplacement du simulateur dans les locaux doit se décider le plus tôt possible dans le processus d'acquisition (voir encadré page 18).
La formation des enseignants s'avère cruciale
L'offre logicielle suit la même logique de diversité, avec certaines solutions techniques qui se limitent à l'évaluation initiale et à la compétence C1 en auto-formation, d'autres qui se prêtent aux rendez-vous pédagogiques, aux compétences C2, C3 et C4 en cours individuel ou collectif, avec des évaluations de l'acquisition des compétences, voire avec des modules dédiés à l'éco-conduite ou au comportement routier pour des cours de perfectionnement post-permis. Là encore, il faudra penser en amont à former en interne du personnel afin d'animer convenablement ce type de séquences pédagogiques. Ce savoir-faire reste en effet rarement dispensé dans les centres de formation de moniteurs, dont peu sont eux-mêmes équipés de ces outils de simulation de conduite. Une difficulté qui explique, outre les difficultés d'organisation du planning sur des cours collectifs, la faible proportion d'écoles qui utilisent cet outil au-delà des cinq heures autorisées sans moniteur.
La question de la formation continue des professionnels de l'enseignement de la conduite devient centrale avec le déploiement croissant des simulateurs de conduite automobile. Il est nécessaire d'anticiper l'adaptation des moniteurs à ce nouveau matériel. Cette intégration du simulateur dans la pédagogie des moniteurs passe avant tout par la connaissance de l'outil technique : « tous mes moniteurs ont passé une demi-journée à utiliser le simulateur », explique Éric Laude de l'école GTeam. « Au début, dès qu'un moniteur avait un peu de temps libre, il se mettait sur le simulateur, jusqu'à ce que tous aient passé environ huit heures dessus pour le maîtriser complètement », se souvient Patrick Mirouse, directeur général d'ECF Ariège, qui gère plusieurs établissements équipés de simulateurs depuis plusieurs années.
Le format des cours change également, avec la possibilité de cours en groupe, alors que la plupart des moniteurs B sont habitués à des cours pratiques individuels. Sans oublier la possibilité de proposer des cours qui sortent du cursus habituel, avec des modules de conduite en situation dégradée, dans des conditions météo qui se rencontrent rarement en conduite réelle (nuit, pluie, neige, brouillard, verglas) et/ou dans des environnements différents de ceux auxquels élèves et enseignants sont habitués (ville, autoroute, campagne, montagne) ou avec des densités de trafic variables. Les logiciels les plus évolués permettent de simuler une conduite avec alcoolémie ou avec des distracteurs (appel téléphonique, message qui s'affiche sur l'écran, suivi d'itinéraire par GPS). Ou encore de placer l'élève en situation d'urgence afin de lui enseigner en toute sécurité comment réagir et anticiper les risques. « La grande utilité du simulateur est de pouvoir répéter la situation, de la visionner sous différents angles, de l'analyser pour au final la comprendre afin d'éviter l'accident », insiste Stéphane Develter.
Cette grande diversité de contenus pédagogiques suppose là encore une adaptation, une mise à niveau des personnels enseignants. Or l'offre de formation fait défaut, que ce soit par les réseaux d'écoles de conduite ou les organismes de formation professionnelle. « Nous en sommes conscients, proposer ce type de formation à nos adhérents fait partie de nos résolutions pour 2025 », affirme Patrick Crespo, président du réseau CER. Côté fabricants de simulateurs, « nous proposons des formations d'animation collective, mais elles sont très peu demandées », constate Antoine Beaudonnet.
Un outil qui peut redonner du sens au métier
L'acquisition des compétences nécessaires à l'animation d'une séquence de formation ou de sensibilisation avec un simulateur de conduite constitue pourtant un élément fondamental dans la diversification des activités des enseignants de la conduite. Les simulateurs permettent des actions à destination de publics variés, d'ouvrir de nouveaux marchés encore peu explorés par la profession, comme auprès des scolaires (collégiens et lycéens) ou des seniors par exemple, mais aussi dans les entreprises afin de former les salariés à la prévention du risque routier et/ou à l'éco-conduite. « Nous proposons aujourd'hui des solutions adaptées aux écoles qui veulent entreprendre des actions aussi bien dans les entreprises que sur des salons ou des événementiels, ou auprès de personnes en situation de handicap », explique Stéphane Develter. Une possibilité de diversification professionnelle et d'évolution de carrière qui s'inscrit également dans la démarche de responsabilité sociale et environnementale (RSE) des écoles de conduite et répond à une exigence croissante de la part des enseignants de la conduite, notamment les plus jeunes, observe Christelle Oberholz, présidente de l'UNIDEC. n
Fabien Lecoutre