Le 7 janvier dernier, lors de sa réunion régionale Ile-de-France qui se tenait à Meudon, dans les Hauts-de-Seine, Mobilians-ESR a dévoilé son projet visant à mieux former les apprentis conducteurs et augmenter le taux de réussite aux examens.
Face à un manque de places d’examens pratiques et un taux de réussite trop bas, Mobilians-ESR propose une réforme du cursus de l’apprentissage initial de la conduite. Malgré la création de 100 postes supplémentaires d’inspecteurs annoncée à l’été 2023 par Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, et l’arrivée d’examinateurs recrutés régulièrement au sein des effectifs de La Poste, pour Patrice Bessone, président de Mobilians-ESR : « Cela ne va pas suffire pour régler la situation. C’est pourquoi, il faut jouer sur plusieurs éléments afin de gagner en sécurité et remonter le taux de réussite ».
Augmenter le nombre d’heures minimales obligatoires
Premièrement, Mobilians-ESR milite pour revoir les fameuses 20 heures obligatoires. « Dans la majorité des cas, les élèves prennent 30 à 35 heures de cours, constate Lorenzo Lefebvre, vice-président de Mobilians-ESR, c’est pourquoi nous demandons que le minimum d’heures obligatoires passe à 28 heures au lieu de 20 heures. Cela permettrait de présenter des élèves mieux préparés à l’examen et de relever le taux de réussite ». Selon Lorenzo Lefebvre, une hausse de 10 % du taux de réussite à l'examen pratique B (seulement 56,30 % toutes présentations confondues en 2023), équivaudrait au travail de 100 inspecteurs. Toujours selon ses calculs, « si l’on avait à l’examen pratique B en cursus traditionnel le même taux de réussite qu’en conduite accompagnée, le nombre actuel d’inspecteurs serait trop important par rapport à la demande de places d’examen. »
Des cours théoriques obligatoires
Partant de ce constat, le vice-président de Mobilians-ESR propose que la formation en filière traditionnelle prenne pour modèle l’apprentissage anticipée de la conduite en intégrant des rendez-vous pédagogiques obligatoires et un rendez-vous préalable au passage de l’examen. De plus, Mobilians-ESR demande que les 28 heures de formation incluent 4 heures de cours théoriques obligatoires. « On a délaissé les cours théoriques, dit Patrice Bessone. Il faut à nouveau préparer des cours théoriques et les dispenser en présentiel dans les locaux de l’école de conduite ».
Concernant la formation pratique, Mobilians-ESR milite pour que la norme devienne l’apprentissage sur boîte automatique. Outre le fait que la boîte automatique va peu à peu se généraliser avec le développement des véhicules hybrides ou électriques, « débuter l’apprentissage sur boîte auto permet d’acquérir rapidement le réflexe d’analyser la situation de ce qui se passe sur la route, explique Patrice Bessone. Ceux qui ont acquis ce réflexe, le conservent lorsqu’ils passent en conduite sur boîte mécanique. Alors que quand on débute sur boîte manuelle, les élèves regardent la boîte pour passer les vitesses et ne sont pas assez concentrés sur la situation ».
Rendre la formation post-permis obligatoire
Enfin, Mobilians-ESR souhaite que la formation post-permis de 7 heures devienne obligatoire. Pour rappel, cette formation est proposée aux titulaires d’un premier permis de conduire de façon facultative. Ce stage d’une journée, s’il est suivi entre six et douze mois après l’obtention du permis, « a pour objectif d’engager une prise de conscience sur le risque afin d'éviter un sentiment de sur-confiance au moment où le jeune conducteur a acquis davantage d'assurance au volant », explique la Délégation à la sécurité routière qui précise que « près d’un quart des accidents implique un conducteur novice, ayant moins de 2 deux ans de permis ».
Pour inciter les jeunes à suivre cette formation, l’État a prévu que la période probatoire soit réduite à 2 deux ans, au lieu de trois pour les formations traditionnelles (et à un an et demi au lieu de 2 ans pour ceux ayant bénéficié de la conduite accompagnée), sous réserve de ne pas avoir commis d’infraction entraînant la perte de points sur son permis. Mais visiblement la carotte n’est pas assez incitative car très peu de jeunes suivent cette formation. C’est pourquoi Mobilians-ESR veut que ce stage devienne obligatoire sauf pour les apprentis conducteurs ayant suivi la filière AAC. « Cela permettrait de rendre l’AAC qui depuis l’entrée en vigueur du permis à 17 ans, a perdu de son intérêt pour beaucoup de jeunes, plus attractive », souligne Lorenzo Lefebvre. Quant aux rendez-vous pédagogiques de la formation post-permis, ils pourraient être réalisés avec les rendez-vous pédagogiques de l’AAC pour permettre un plus grand partage d’expériences entre élèves en conduite accompagnée, parents et conducteurs novices.