L'entrée dans le Code de la route de la circulation inter-files des deux et trois roues motorisés ne va pas bouleverser les habitudes déjà en place dans les écoles de conduite, mais suscite une mise à jour en urgence des contenus théoriques, avec un certain flou à court terme sur la signalisation.
Les conditions de pratique de la CIF sont désormais prévues à l’article 412-11-3 du Code de la route, ce qui permet leur enseignement aux élèves en formation auto et moto dans tous les départements français où se trouvent des routes à 2x2 voies avec séparation centrale et limitées à 70 km/h ou plus – c'est-à-dire partout, et non plus dans les seuls territoires auparavant concernés.
Changement des panneaux de signalisation
Le principal changement sur les routes va se manifester au niveau des panneaux routiers d'information sur la CIF au début des tronçons concernés par l'expérimentation. En effet, ces panneaux ne sont plus en accord avec les modalités réglementaires aujourd'hui fixées, notamment sur les vitesses autorisées en inter-files (50 ou 30 km/h selon la densité du trafic). Ils vont être supprimés, soit bâchés, soit enlevés, avant que d'autres soient éventuellement posés sur l'ensemble des tronçons désormais concernés.
Pas d’évaluation lors de l’examen pratique
La légalisation de la CIF change peu la réalité concrète de l'enseignement de la conduite. Pour les candidats aux permis moto A1 et A2, l'examen pratique en circulation ne prévoit pas la possibilité de remonter entre les files de véhicules à l'arrêt, puisque l'expert reste passager de la voiture suiveuse et perdrait rapidement de vue le candidat. « Aucun candidat ne se verra demander de démontrer sa capacité à effectuer une CIF en sécurité, d'autant plus que l'expert engagerait sa responsabilité en cas d'accident », explique Marie Martinez, vice-présidente de l'UNIC et gérante de 4 moto-écoles Le Trèfle dans les Yvelines.
Certes, il devient possible pour tous les formateurs de conduite moto d'enseigner les règles de la CIF à leurs élèves – ce que beaucoup faisaient déjà depuis plusieurs années, au moins avec des notions théoriques. Mais l'enseignement en pratique réelle ne peut se faire qu'à la condition que l'enseignant circule lui-même à moto avec ses élèves, une modalité qui ne concerne qu'une faible minorité de moniteurs moto. De plus, « il faut trouver les lieux et les moments pour faire remonter les files aux élèves », détaille Marie Martinez. Dans ces conditions, le véritable changement réside dans la possibilité généralisée à tout le territoire d'un enseignement théorique aux élèves motards, sans que cela soit évalué à l'examen pratique. Il en va de même pour les candidats au permis B qui sont désormais sensibilisés à propos de la pratique de la CIF par les conducteurs de motos et scooters, dans le contexte et selon le cadre prévu par le Code de la Route. Là encore, l'apport de l'enseignant de conduite restera purement théorique et ne sera pas contrôlé lors d'un examen de conduite, du moins pas au-delà des notions de partage de la route avec les usagers vulnérables déjà prévues dans la compétence 3 du REMC.
Modification de certaines questions à l’examen théorique
Au final, le changement le plus important sera observable au niveau du contenu des questions proposées aux épreuves théoriques, qu'elles soient générales, moto ou groupe lourd. Un certain nombre de questions relatives à la circulation inter-files, qui avaient été neutralisées dans l'attente de la légalisation, vont pouvoir être réactivées, mais d'autres vont devoir être modifiées. « On ne parle plus d'expérimentation, donc nous avons dû en urgence neutraliser des questions qui ne seront plus à l'examen ou qui pourraient induire les candidats en erreur, nous avons également supprimé ou modifié les questions où figurent les panneaux qui ne sont plus valables », détaille Olivier Fretay, directeur général des Codes Rousseau. « Il nous faut produire des mises à jour ou des additifs car il ne s'agit pas de tout mettre à la poubelle non plus… Nous devons aussi produire de nouvelles questions, sur les vitesses autorisées par exemple, mais sans nous mettre en décalage avec le calendrier de la DSR qui elle-même modifie ses questions et en introduit de nouvelles. La mise à jour se fera courant février. »
L'ensemble des supports pédagogiques, physiques, numériques et en ligne, pour toutes les catégories de permis, y compris pour le transport routier professionnel de marchandises ou de voyageurs, des différents éditeurs de sécurité routière vont faire l'objet d'une mise à jour dans les prochaines semaines. Mais les éditeurs sont sur ce point tributaires de la DSR qui doit elle aussi d'une part déployer une mise à jour des banques de questions pour les différentes épreuves théoriques, d'autre part élaborer de nouveaux panneaux routiers d'information. Sollicitée, la DSR n'a pas répondu à notre demande d'information.