Dans l’agglomération messine, les école de conduite sont nombreuses. Elles se partagent, sans se faire la guerre, une clientèle qui bénéficie d’enseignants engagés dans la défense de leurs entreprises. Leur volonté d’aller de l’avant et de réussir leur transition énergétique notamment, en apporte la preuve.
Metz, préfecture de la Moselle, compte 122 800 habitants dont plus de 25 % ont entre 15 et 29 ans. C’est l’une des trois métropoles du Grand-Est dont la position géographique, à proximité des frontières allemande, belge et luxembourgeoise, est un atout majeur. Remarquablement desservie depuis Paris comme depuis Francfort, elle a réussi son développement touristique grâce, en premier lieu, au Centre Pompidou-Metz qui reçoit 700 000 visiteurs par an.
Les PME-PMI jouent aussi un rôle essentiel dans l’économie locale dynamisée par la présence de quelques grandes groupes industriels et en premier lieu Stellantis : le constructeur automobile a fait de son site de Tremery un des piliers de la production de ses moteurs électriques. Dernier point spécifique et d’importance, la métropole messine a su offrir aux 24 000 élèves qu’elle accueille, des conditions de vie considérées comme étant parmi les meilleures de France.
Une des plus anciennes auto-écoles de la ville
Bénéficiant de cette image plutôt positive, les écoles de conduite messines semblent à la recherche d’un nouveau souffle. Dans cette période post-Covid, elles cherchent à se distinguer par leur capacité à innover. Il en est ainsi de l’École de conduite Michel que Arnaud Lallement a pour ambition d’inscrire définitivement dans la décennie. Cette auto-école est, après l’auto-école Sainte-Thérèse en centre-ville, la plus ancienne des écoles de conduite messines. Elle s’est installée dans une maison du quartier « Devant les ponts », le quartier des maraîchers, en 1969. Arnaud Lallement a repris le flambeau, mais son père, Michel, que ses collègues appellent affectueusement « Le Patriarche », est toujours présent. C’est une passion et je ne vois pas pourquoi j’abandonnerais ce métier que j’exerce depuis 58 ans », dit avec un grand sourire Michel Lallement. Retraité-salarié, il est au bureau pour accueillir les clients, les renseigner et surtout prodiguer ses conseils très éclairés. « C’est un peu la voix des grands Sages », explique Arnaud Lallement qui, s’il est tombé tout petit dans la marmite de la profession, aurait voulu faire bien autre chose. « J’aurais aimé faire des biotechnologies et je suis d’ailleurs titulaire d’un BUT (Bachelor universitaire de technologie) mesures physiques, parcours matériaux et contrôles physico-chimiques (MCPC), raconte-t-il. J’avais choisi de continuer mes études dans une école… qui ne m’a pas accepté. J’ai décidé de me représenter l’année d’après. Comme je suis incapable de ne rien faire, j’ai profité de ce temps libre - ou moins occupé pour être plus exact - pour préparer le Bepecaser. Diplômé en 2002, j’ai naturellement travaillé auprès de mon père et comme dans le domaine que j’avais choisi, entrer dans la vie active est particulièrement difficile, j’ai finalement sauté le pas pour travailler dans l’enseignement de la conduite. »
Une histoire familiale
En 2006, il devient le co-gérant de la SARL créée pour l’occasion avec sa mère, « Philo » Lallement, depuis deux ans à la retraite, mais qui a été la secrétaire de l’auto-école depuis ses 20 ans. Arnaud Lallement souhaite alors développer l’entreprise familiale. Pour cela, il peut compter sur la fidélité de la clientèle, une clientèle de proximité. Les premiers clients, ceux des années 1970, sont heureux de confier leurs enfants et désormais leurs petits-enfants aux enseignants de la conduite de cette école de quartier. « L’école de conduite Michel est une vraie histoire familiale, note Arnaud Lallement. C’est ce qui fait notre différence, c’est ce qui plaît aux plus jeunes de nos élèves et à leurs parents. Nous mettons un point d’honneur à sauvegarder cette spécificité. »
Les résultats sont là. La « petite entreprise » des Lallement père et fils vit à son rythme. Elle présente 150 candidats au permis B par an et est très impliquée dans la défense de la profession. Michel Lallement a adhéré, peu de temps après s’être installé, à l'Association de défense de l'enseignement de la conduite automobile (Adeca), ancêtre du CNPA et de Mobilians-ESR. Arnaud Lallement s’est bien entendu inscrit dans la continuité. Il est l’un des membres mosellans de l’organisation professionnelle les plus actifs aux côtés de la présidente départementale Claire Thil (auto-écoles Thil, Thionville) et du vice-président Emmanuel Nau (École de conduite Nau-Pequignot, Metz). Il est aussi le président de l’Association des auto-écoles de Metz. Cette association a pour objet de permettre aux écoles de conduite de la préfecture de Moselle de mieux se connaître et de travailler ensemble. « Dans nos réunions, très informelles, s’amuse son président, nous refaisons le monde de l’auto-école à notre façon ! »
Prendre en compte les nouvelles mobilités
Plus sérieusement, Arnaud Lallement s’interroge sur l’avenir de son école de conduite. Il ne souhaite pas seulement en moderniser le bureau tout en gardant le lambrissé qui en fait tout le charme. « Nous ne pouvons plus nous contenter de faire que du permis B, confie-t-il. Je sais qu’il nous faut évoluer et prendre en compte les nouvelles mobilités. Avec mes enseignants Frédéric Muller et Maxime Rodrigues, nous cherchons les meilleures voies pour aller dans ce sens. J’aimerais proposer, dans un avenir proche, les permis deux-roues et dans le même temps la formation « quadricycle à moteur » ou encore le B96. Cependant, ma priorité est de répondre à la demande, de plus en plus pressante, d’une partie de nos élèves qui souhaitent passer leur permis sur véhicule à boîte automatique. Je pense que nous offrirons cette possibilité au premier trimestre 2025 en commençant notre transition énergétique par l’acquisition d’une voiture hybride. » Un premier pas avant, un jour sans doute, de passer au 100 % électrique, ce pourquoi il ne semble pas prêt à l’heure actuelle.
Des nouveaux locaux qui vont faciliter la transition énergétique
C’est une question qui se pose aussi pour Marc Camiolo. Pour le responsable de l’ECF Mario qui vient de faire migrer son centre de formation vers la Technopole de Metz, des solutions sont en vue car sur le nouveau site, rien de plus facile que d’installer des bornes de recharge. Innover reste le maître-mot de cette entreprise qui est aussi une entreprise familiale. Mario Camiolo, le père de Marc, qui l’a fondée, en porte l’histoire avec fierté. « Un an après avoir été reçu au Certificat d'aptitude professionnelle et pédagogique (CAPP), l’auto-école où j’avais passé mon permis m’a proposé de reprendre son entreprise à Forbach, explique Mario Camiolo. Pendant une dizaine d’années, avec mon ami d’enfance Christian Gaudioso, nous avons dirigé cette école. Il assurait la partie pédagogique, j’assumais les tâches administratives et l’organisation du travail. » Persuadés qu’ils doivent partager leur expérience professionnelle, ils passent leur BAFM et forment des enseignants de la conduite depuis 1990. « À Forbach, nous ne couvrions, pour cette activité essentielle, qu’une moitié du département de la Moselle, explique encore Mario Camiolo. En 2002, nous avons saisi l’opportunité qui nous était offerte de nous installer dans la zone artisanale des 2 Fontaines, à Metz où nous avions ouvert une école de conduite dès 1997. »
Mario et Christian, quinquagénaires hyperdynamiques, voient arriver au début des années 2000 Marc Camiolo, qui ne se contente pas de passer son permis de conduire, son Bepecaser et un BAFM. Il est en effet titulaire d’un master en psychologie, d’un doctorat en sociologie et d’un master en sciences de l’éducation. C’est aussi un saxophoniste de haut vol passé par le prestigieux Berklee College of Music de Boston (Massachusetts, États-Unis). C’est lui qui au départ à la retraite de ses deux prédécesseurs, reprend l’entreprise. « Nous étions adhérents de Mobilians-ESR et de l’ANPER jusqu’à ce qu’en 2017, Marc décide de se rapprocher du groupement ECF « pour ne pas faire le voyage seul » et de rejoindre l’UNIDEC, explique Mario Camiolo en parfait porte-parole de l’école conduite qui porte toujours son prénom. Nos modes de fonctionnement qui veulent que nous sommes plus portés à proposer une formation à la conduite et à la sécurité routière qu’un permis, n’ont cependant pas changé. »
Des cours de conduite collectifs
L’ECF Mario continue à proposer des cours de conduite collectifs. Deux ou trois élèves partent ensemble pour un module de deux heures. « Ce partage dans la voiture s’apparente au partage de la route, explique Mario Camiolo. Il y a interaction entre les stagiaires et les heures passées ensemble sont plus profitables. Sans compter que cela nous permet de pratiquer des prix intéressants ! ». Une philosophie qui est également une ligne directrice de cette école de conduite qui travaille beaucoup avec les organismes d’insertion (mission locale, régie de quartier, le service civique, etc.) et possède deux véhicules aménagés pour les personnes en situation de handicap. « J’ai été le premier dans la région à avoir une voiture aménagée en 1992, se souvient Mario Camiolo. Depuis lors, nous sommes contactés par des services de rééducation pour les évaluations et des régularisations. Nous travaillons avec les ergonomes. Il me semble que cela fait partie intégrante de nos missions : nous nous devons de jouer un rôle social ».
Diversifier le travail des enseignants pour les fidéliser
Cela permet aussi de diversifier le travail des enseignants, un point primordial pour Mario et Marc Camiolo pour éviter qu’ils ne quittent la profession. Pour cela, les enseignants doivent pouvoir alterner entre formation initiale - à commencer par l’apprentissage du vélo à l’école - et formation continue : prise en main d’utilitaires légers et prévention du risque professionnel en entreprise, formations post-permis, formation pour les seniors en partenariat avec des mutuelles d’assurance, etc.
Une reconversion professionnelle réussie
Jean-Yves Poulet qui est installé sur les bords de Moselle à une vingtaine de kilomètres du centre de Metz, n’a pas les mêmes préoccupations. Ce militaire de carrière a quitté l’armée en 2007. Sans trop savoir pourquoi, il entreprend de se reconvertir dans l’enseignement de la conduite. Comme tous les convertis de fraîche date, il est aujourd’hui enthousiaste. Après 8 ans passés comme salarié de Mario Camiolo, il « monte sa boîte ». « L’aventure, car pour moi cela en est une, commence par un concours de circonstance. La gérante d’une auto-école d’un village voisin de là où j’habite, me propose de prendre sa succession car elle part à la retraite, raconte-t-il. C’était compliqué car l’école était dans sa maison. Mais l’idée a germé dans la tête. J’ai alors décidé de partir de zéro et je me suis installé à Corny-sur-Moselle. » 2 600 habitants, pas de collège, pas de lycée, une population plutôt CSP+ et assez jeune, le pari est osé. Jean-Yves Poulet s’en rend compte et c’est avec l’accord de toute sa famille, soutenue par sa femme qui lui dit « Fonce » qu’il se lance.
Choisir l’hybride en attendant de passer au 100 % électrique
« Au début, ça n’a pas été facile, dit-il. Aujourd’hui cependant j’ai pu ouvrir une deuxième agence à Ars-sur-Moselle. Nous sommes 4 enseignants et je présente 120 candidats par an au permis B, une trentaine au permis moto ». Pour ce natif des Vosges, la réussite était au bout de la route au prix, il est vrai, de beaucoup d’heures passées en voiture et plus encore à moto. « Je ne suis jamais au repos, je suis toujours en ébullition, avoue-t-il. La solution, pour que je puisse lever le pied, passe par la formation des autres enseignants afin qu’ils soient multitâches. C’est ce que nous comptons faire. » Dans le même temps, Jean-Yves Poulet s’interroge sur la meilleure façon d’envisager sa transition énergétique. Il considère que passer au 100 % électrique n‘est pas encore possible pour lui. En revanche, comme il doit renouveler son parc automobile, il va faire le choix de l’hybride.
Indépendant dans l’âme, Jean-Yves Poulet estime que l’on peut avoir une école de conduite n’appartenant à aucun groupement. Il faut pourtant s’en donner les moyens. Se tenir au courant des changements, de législation en particulier, n’est pas simple et tout aussi énergivore que chronophage. « De plus, n’hésite-t-il pas à dire, nous devons faire face à des lourdeurs administratives qui n’ont plus lieu d’être. RdvPermis ne nous facilite pas la vie et il serait temps d’envisager une harmonisation entre labellisation et agrément. Il faut monter deux dossiers différents et leur validité n’est pas la même non plus. Pour moi, il y a là des progrès à faire. » À un moment où le gouvernement fait de la simplification administrative une priorité, il est permis d’espérer que des mesures seront prises dans ce sens