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warning Sécurité routière — Septembre 2024

Étude scientifique : Quel est le véritable impact des distracteurs sur la conduite ?

Le pôle d’expertise du risque Calyxis a mené une étude sur simulateurs de conduite pour l’Association Assurance Prévention afin de déterminer de façon scientifique l’impact des distracteurs sur la vigilance au volant des conducteurs.


i l’on savait que les distracteurs (smartphones, tablettes et même écrans de navigation permettant d’envoyer des SMS, d’appeler, de consulter des mails, etc.) réduisent l’attention d’un conducteur portée sur la conduite de son véhicule, aucune étude scientifique n’avait jusqu’à présent réellement mesuré l’impact réel. C’est pourquoi l’Association Assurance Prévention a fait appel au pôle d’expertise du risque Calyxis pour mener une étude effectuée sur simulateurs Develter Innovation auprès de 27 sujets volontaires conducteurs réguliers et utilisateurs de dispositifs numériques. Les volontaires ont effectué chacun 3 trajets de plus de 100 km. Sur certaines portions de ces trajets, les automobilistes conduisaient selon leurs habitudes ; sur d’autres, des distracteurs étaient imposés (aussi bien visuels, auditifs, physiques que cognitifs). Ces distracteurs étaient intégrés simultanément à l'activité de conduite, via un dispositif embarqué, seul dispositif autorisé par le Code de la route. Pour mesurer l’attention de chaque conducteur, un système d’eye-tracking permettait de suivre le mouvement du regard et des pupilles et ainsi de disposer d’une analyse pointue du mode de conduite de chacun.

L’usage de distracteurs est devenu quasiment habituel

Dans un premier temps, les conducteurs étaient libres d’utiliser ou non des dispositifs numériques, selon leurs habitudes de conduite, reflétant ainsi leur comportement naturel. Résultat : 76 % des conducteurs utilisent un distracteur au volant (téléphone en kit main-libre ou écran tactile du véhicule). « Quand on conduit, on a besoin d’une concentration très forte, on ne peut pas faire autre chose. Pourtant, on constate que trop de Français envoient des SMS, regardent des notifications ou téléphonent en conduisant », déplore Éric Lemaire, vice-président d’Assurance Prévention.

Des écarts de trajectoires plus fréquents

En effet, le simple fait de composer un numéro de téléphone en conduisant demande 35 secondes d’attention en cumulé (le regard du conducteur alternant entre la route et l’écran). Aussi, l’étude a permis de mettre en évidence que l’utilisation de distracteurs génère des écarts de trajectoire qui sont multipliés par 13 par rapport à un conducteur en condition d’attention normale. Et l’on note que chaque écart a une amplitude plus importante, allant parfois jusqu'au changement de file, notamment lorsque les conducteurs lâchent le volant pour utiliser l’écran tactile.

Un temps de réaction qui augmente de 60 %

Autre constat : l’usage de distracteurs supprime tous les contrôles de sécurité (rétroviseurs et tableau de bord). Les conducteurs se limitent alors à des va-et-vient entre l’écran et la route. Ainsi, en cas d’urgence, le temps de réaction augmente de 60 % lorsqu’un conducteur utilise un distracteur. Il lui faut en effet en moyenne 2 secondes pour réagir contre 1,25 seconde lorsqu’il est en vigilance de conduite normale (sans utilisation de distracteur).

Une rupture de la « fluence » cognitive

On l’aura compris, les distracteurs déconcentrent les conducteurs de leur tâche principale, à savoir la conduite et altèrent leur performance. Comme l’explique Adrien Ballet, ergonome cognitiviste en charge de la supervision de cette étude chez Calyxis, « conduire nécessite des ressources attentionnelles divisées entre de multiples tâches. L’usage simultané d’un distracteur, comme la lecture d’un SMS ou une discussion au téléphone, va demander au cerveau de mettre en place des stratégies pour résoudre un événement qu’il n’avait pas prévu, car extérieur à l'activité de conduite. L’attention est alors détournée et cela engendre inexorablement des temps de réaction allongés et des accidents. On parle de rupture de la fluence cognitive ».
Conséquence directe : la présence et surtout l’utilisation d’un distracteur dans le véhicule augmente les risques d’accident.


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