← Retour à la liste
map Vie des régions — Septembre 2024

Benjamin Panis : Destination Ukraine !

(destination Ukraine). Benjamin Panis ne se contente pas d’être enseignant de la conduite à Bessèges, dans le Gard. Il est aussi un homme engagé et a effectué trois voyages humanitaires en Ukraine.


Installé depuis 12 ans aux portes du Parc national des Cévennes, à Bessèges, Benjamin Panis, 35 ans, avoue avoir toujours eu la « fibre sociale ». Il travaille seul, secondé par sa mère, « Maman Annie », qui assure une partie du secrétariat. L’auto-école de la Cèze est connue pour sa qualité et son taux de réussite au permis B. Benjamin Panis, il est vrai, ne compte pas ses heures et ses élèves relèvent tous son engagement à leurs côtés.
Délégué départemental et secrétaire général de l’UNIC, il avoue ne pas s’intéresser plus que cela à la politique, mais ce qui se passe en Ukraine l’a révolté. Quand il en parle pour la première fois avec son ami alsacien Dany Hurter, il ne se doute pas qu’il va être entraîné dans une extraordinaire aventure. « Dany n’en est pas à son coup d’essai. Il a commencé il y a 30 ans avec des convois en Afrique. Quand il m’a demandé de partir avec lui en Ukraine, je n’ai pas hésité longtemps », raconte Benjamin Panis.

Un convoi de 14 utilitaires pour le Donbass
Il s’organise en amont pour que ses clients ne soient pas lésés et c’est comme chauffeur-convoyeur qu’il prend la route pour la première fois pour l’Ukraine, le 18 février 2024. Départ de Strasbourg où le rejoint Pascal Graber, le président de l’association Partir Offrir, direction Hannivka dans l’Oblast, la région de Poltava, non loin de Zaporidja, dans le Donbass, soit 2 500 kilomètres à travers l’Allemagne, la Pologne et enfin l’Ukraine, via Kiev. Le front, à l’arrivée, n’est qu’à quelques kilomètres.
« Le convoi de 14 utilitaires légers transporte essentiellement des denrées alimentaires et des produits d’hygiène, explique encore Benjamin Panis. Ce sont des dons de la grande distribution et de grandes entreprises de l’alimentaire. Nous allons au-devant de populations civiles qui viennent des zones de combats et n’ont plus rien. Pour être certains que ce ne soit pas détourné, nous faisons confiance à un réseau d’églises et de pasteurs avec qui l’association est en relation et qui, sur place, se charge de la distribution, quand nous ne pouvons pas remettre les denrées directement au bénéficiaire ».

Des gamins, victimes de la guerre au quotidien
Benjamin Panis effectue un deuxième voyage en mai. Cette fois, le convoi se dirige vers l’ouest ukrainien, à Kamianets-Podilskyi dans les Carpates ukrainiennes. Ce que découvre Benjamin Panis le sidère et quand il en parle des mois après, il reste sous le coup de l’émotion. « Nous sommes arrivés dans une grande bâtisse qui pourrait être un orphelinat. C’est un centre d’accueil pour les enfants de la région qui viennent y faire des séjours scolaires, car ils ne peuvent plus aller régulièrement à l’école chez eux. Il s’agit de les réadapter à la vie sociale ou du moins de tenter de le faire. Ces gamins, plus encore que leurs parents et que les adultes en général, sont des victimes de la guerre à laquelle ils sont confrontés directement et indirectement au quotidien. Il faut expliquer ce qu’il faut faire s’il trouve une grenade, une roquette. Il faut aussi essayer de les faire parler et dessiner, car c’est la meilleure des thérapies. Sur les dessins que font au mur ces gamins, un avion de guerre, une maison détruite, un soldat ukrainien blessé, etc. »

Des images gravées à jamais dans sa mémoire
Benjamin Panis a bien préparé ce voyage. Grâce à un ami restaurateur de Saint-Brès, dans l’Hérault, il a organisé un dîner caritatif. Toutes les sommes récoltées ont été reversées à « Offrir Partir » et cette générosité des Bességeois l’a personnellement touché. Il faut dire que son témoignage a ébranlé plusieurs de ses amis. « La guerre que l’on voit à la télévision n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on voit sur le terrain, raconte encore Benjamin Panis. Nous avons roulé sur des routes défoncées sur des kilomètres, passé de très nombreux postes de contrôle avec des murs de sable et des militaires armés. Nous avons vu des hommes dans des tranchées et des démineurs dans les champs pour que les récoltes se passent le mieux possible. Pourtant, les carcasses de moissonneuse-batteuse ayant sauté sur des mines ne sont pas rares. Et puis, je garde en mémoire ces images de très vieux bus qui ramènent des blessés vers les grandes villes. » Marqué pour toujours, Benjamin Panis a cependant décidé de continuer. Avec l'aide d'une restauratrice ukrainienne originaire de Kharkiv réfugiée dans le Gard, il a mené une nouvelle action pour récolter des fonds à Malbosc, en Ardèche et est reparti à la fin de l’été pour Hannivka et Zaporijia.


Marc Horwitz


Dans le même thème

Gard - Des structures hors des grands réseaux gérées par des professionnels combatifs
D’un côté du Rhône, on trouve le département du Gard en Occitanie et de l’autre côté du fleuve, le département des Bouches-du-Rhône en Région Sud-Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Quelle que soit la rive, rencontre avec des écoles de conduite qui veulent vivre sans rejoindre les grands réseaux nationaux et qui se battent pour faire au mieux leur métier.
La Rochelle : Des enseignants engagés face à des jeunes peu motivés
À La Rochelle, les jeunes de 15 à 25 ans constituent la tranche d'âge de la population la plus importante. Cette clientèle potentielle ne fait pourtant plus du permis de conduire une priorité. Cela inquiète les responsables des écoles de conduite qui sont aussi freinés dans leur volonté de développement par un nombre de places d’examen insuffisant.
Canada : Rencontre avec Thomas Spiegler, enseignant de la conduite à Montréal
L’homme est sacrément sympathique ! Thomas Spiegler est un des doyens des enseignants de la conduite, une profession qu’il exerce depuis une cinquantaine d’années. Anglophone, il parle un français impeccable ce qui, à Montréal, la capitale économique de la Belle Province, le Québec, est un atout.