Comment les auto-écoles martiniquaises ont-elles vécu la période de tensions sociales du mois de février dernier ? Quel regard les gérants et moniteurs portent-ils sur la profession dans l’île ? La Tribune des Auto-Ecoles est allée à la rencontre de quelques structures d’outre-mer. Grégoire Galot, gérant de l’auto-école Performance à Fort-de-France, est on ne peut plus clair : « pendant les manifestations, ceux qui sont basés à Fort-de-France n’ont quasiment pas pu travailler. » Il précise : « on aurait pu circuler librement, mais, de toutes façons, les élèves ne pouvaient pas se déplacer ». Raphaël Massolin, gérant de l’Institut supérieur de Sécurité Routière, basé également dans le chef-lieu de la Martinique, acquiesce. « On a utilisé la fin du carburant puis on a été arrêté pendant plus de trois semaines ».
Grégoire Galot a lui tenté tant bien que mal de se ravitailler. « Je suis allé deux fois en file d’attente à une station service mais on était même pas sûr d’être ravitaillé tellement il y avait de monde ». Laure Freund, enseignante au C.E.R de Ducos, dresse le même constat mais pour d’autres raisons. « On a été obligé de fermer pendant deux semaines, du 16 février au 1er mars. La 1ère semaine, suite aux manifestations, des gens pouvaient rentrer dans l’auto-école et nous obliger à fermer », indique cette métropolitaine, arrivée en Martinique il y a un an. Installée depuis 19 ans dans l’île, Josie Barrès, gérante de l’auto-école Proconduite, à Rivière Salée, est elle désabusée : « des gens du Collectif sont venus nous voir pour nous dire de fermer. On a tout de même assuré quelques cours de Code et de conduite. »
LE MÉTIER DE GÉRANT DEVIENT DIFFICILESi Laure Freund, qui se décrit comme une « dynamique enseignante de nouvelle génération », assure que « rien n’a été catastrophique » pour l’activité, les gérants font eux preuve de moins de légèreté ! Mais plus que ces évènements ponctuels, c’est la crise et la vie chère qui plombent les finances des auto-écoles martiniquaises. « Pour ma part, ce fut un mal pour un bien. Je suis d’accord avec certaines revendications du Collectif et la crise a fait nettement baisser nos revenus. Il fallait faire quelque chose », avance Raphaël Massolin. Pour Grégoire Galot, « le métier de gérant devient difficile en Martinique. La vie est très chère, or les prix pratiqués pour le permis sont parmi les plus bas en France. De plus, ici, on est obligé d’acheter nos véhicules. On ne bénéficie pas du leasing comme on l’entend en métropole. Les concessionnaires ne nous laissent pas la possibilité d’échanger ni de réparer nos véhicules. On est asphyxié. » Raphaël Massolin est du même avis : « le leasing est très élevé donc au final on achète le véhicule. Les concessionnaires ne font pas trop d’efforts pour baisser leurs tarifs ».
PÉNURIE DE MONITEURSDu reste, Grégoire Galot ne se le cache pas, « avec le crédit que je fais aux élèves, je fais presque du social ». « Beaucoup d’auto-écoles ont fermé à Fort-de-France ces dernières années », ajoute-t-il. Pour Josie Barrès, la coupe est pleine. « Les évènements récents m’ont un peu démotivée. J’envisage maintenant sérieusement de rentrer en métropole », se désole-t-elle. Avant de reprendre du poil de la bête : « Même si le commerce fonctionne moyennement actuellement, on arrive quand même à joindre les deux bouts. » Même son de cloche pour Raphaël Massolin, qui préconise la patience : « c’est une très belle profession, les évènements sont encore récents et les choses n’ont pas encore repris leurs cours ». Laure Freund, elle, lance un appel : « ici, il y a une pénurie de moniteurs dans le métier. Les gens ne sont pas bien payés, cela n’incite pas à un renouvellement dans la profession. »
H. R.