Élu président d’ECF en novembre 2022, Patrick Mirouse revient sur les valeurs d’ECF et présente les propositions du groupement pour faire évoluer la formation à la conduite.
La Tribune des Auto-Écoles : Vous avez repris l’auto-école familiale en 1992 et été élu président d’ECF lors du congrès de Toulouse en novembre 2022. Trente ans séparent ces deux dates. C’est symbolique, non ?
Patrick Mirouse : Oui, très symbolique. Reprendre l’affaire familiale en 1992, c’était le départ d’une aventure avec mon père. Cette aventure a pris un nouveau sens le 10 novembre 2022 lors de mon élection au congrès de Toulouse quand j’ai reçu les applaudissements de la salle en présence de mon père. Pour l’anecdote, lorsque j’étais petit, je lui demandais quel Bac il fallait que je passe pour faire son métier ! Alors après des études de gestion et de marketing, j’ai passé mon Bepecaser en 1993 et mon BAFM en 1994. L’auto-école est dans mon ADN, mais je ne fais pas tellement exception dans la profession car nous sommes beaucoup de « fils de ». Notre métier, c’est presque culturel et c’est ce qui en fait la force. Et c’est là où les plateformes se sont trompées. Elles sont arrivées face à des personnes qui aiment leur métier, qui étaient déterminées à le conserver et qui ont réussi à le conserver. Pour revenir à mon parcours personnel, après un passage dans le marketing industriel, j’ai donc rejoint l’entreprise familiale à Pamiers, dans l’Ariège, car j’avais cet attrait pour le métier et l’envie d’être chef d’entreprise. Aujourd’hui, je dirige une dizaine d’écoles de conduite et centres de formation répartis sur quatre départements avec près de 80 salariés. C’est un développement relativement classique chez ECF. Mais je tiens à préciser que ce développement a été possible grâce à ECF, car environ 60 % de mon activité correspond à de la création et 40 % à du rachat d’entreprises auto-école. Encore une fois, mon cas n’est pas exceptionnel car la plupart des adhérents ont développé leur activité en intégrant ECF.
La Tribune : Quand avez-vous adhéré à ECF ?
P. M. : J’ai adhéré en 1994. Et très vite, du fait de mon parcours scolaire et mes diplômes, j’ai été coopté pour intégrer la cellule marketing et commerciale d’ECF. J’ai dispensé des formations à destination des chefs d’entreprise, aux formateurs et aux hôtesses d’accueil. J’ai parcouru plusieurs fois la France et en allant raconter aux autres, j’ai appris des autres. Et ça, c’est l’ADN d’ECF. Tout ce que j’ai donné, je peux dire que j’en ai reçu deux fois plus. C’est sur ces préalables que j’ai voulu assoir ma feuille de route fin 2022, en tant que président. ECF, c’est les adhérents ECF, pour les adhérents ECF qui travaillent avec les adhérents ECF.
La Tribune : Justement, pouvez-vous revenir sur cette feuille de route ?
P. M. : Mon premier engagement aujourd’hui consiste à rétablir cet engagement personnel des adhérents ECF à consacrer une partie de leur temps pour les autres. C’est rémunéré. On a fixé un tarif d’indemnisation à la journée qui est le même pour tout le monde et qui est cohérent par rapport à la perte financière engendrée par le fait de s’absenter de l’entreprise. Ce qui veut dire qu’à ECF, tout le monde peut intervenir. C’est primordial car comme dit le proverbe : « Tout seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ».
La Tribune : Vous parlez beaucoup d’échange et de partage entre les adhérents. Outre le congrès annuel, quels sont les événements organisés ?
P. M. : Tous les ans, nous organisons un rallye échange qui a pour but de travailler sur des dossiers techniques et de réfléchir aux axes de développement. Cette année, il s’est tenu les 24 et 25 juin à Paris. Ça a été l’occasion de parler des sujets concernant notre métier, tels que le livret numérique, notre ADN, le commerce et les services associés, les nouvelles mobilités et le permis boîte automatique pour tous. Nos adhérents ont aussi pu découvrir en avant-première, la Renault 5 électrique. J’ai également relancé les J2R (Journées de rencontres régionales) qui permettent, du fait du nombre plus restreint de participants, d’être plus interactif et de mieux faire remonter les problématiques de terrain. Et puis, nous organisons une fois par an, l’ECF Motoday qui, comme le nom l’indique, est un évènement dédié à la moto qui se déroule dans plusieurs régions de France. On y parle prévention et sécurité, on part en balade et tout le monde se retrouve pour partager un repas en toute convivialité. Par ailleurs, nous avons un catalogue d’environ 80 formations à destination de nos adhérents qui portent sur des thèmes multiples (administration, marketing, pédagogie, nouvelles mobilités, etc.).
La Tribune : Est-ce qu’à l’instar de la profession en général, vous constatez un phénomène de concentration chez ECF. Et cherchez-vous de nouveaux adhérents ?
P. M. : Oui, tout à fait ! Nous sommes 140 adhérents qui représentent 400 écoles de conduite et 100 instituts de formation professionnelle. Il y a dix ans, nous étions 200 adhérents, mais avions moins d’implantations. On constate effectivement un phénomène de concentration. C’est pourquoi nous souhaitons attirer de nouveaux adhérents pour conserver ce partage d’idées et d’expérience. Nous avons comme objectif d’être présent dans 100 villes de plus de 10 000 habitants d’ici 2025.
La Tribune : Y-a-t-il un profil pour devenir adhérents ?
P. M. : Non, il n’y a pas de prérequis de taille ou de profil pour adhérer à ECF. On recherche des personnes qui souhaitent s’investir et qui ont envie de faire évoluer le métier. Et qui partagent nos valeurs. Dans un groupe comme le nôtre, on ne peut pas partager les business si l’on ne partage pas les valeurs. À l’origine, ECF s’est créé à Marseille avec le regroupement de personnes qui partageaient les mêmes valeurs pédagogiques. Puis, ils ont partagé les mêmes valeurs marketing symbolisées par un logo. ECF reste une famille : on s’entraide, on s’engueule parfois, mais l’on ne se lâche jamais. Je tiens à préciser qu’ECF n’est pas une franchise, mais appartient aux adhérents ECF.
La Tribune : Vous évoquez des valeurs pédagogiques communes, quelles sont-elles aujourd’hui ? Et comment voyez-vous l’avenir de l’apprentissage de la conduite ?
P. M. : Je ne suis jamais très sympathique avec les plateformes, mais j’essaie d’être juste. Elles nous ont tout de même amené une certaine modernité que les écoles de conduite, et ECF en particulier, ont aujourd’hui intégrée. Il faut vraiment créer l’auto-école de demain en modernisant l’enseignement et toute la relation avec nos élèves, grâce notamment à la digitalisation. On est sur l’avènement de la dématérialisation, mais à la différence des plateformes, notre force c’est le service de proximité avec des agences partout en France. L’avenir du métier réside dans la modernisation : un mix de présentiel et de digital, ça s’appelle le présentiel augmenté. Par ailleurs, il faut encore plus développer l’apprentissage sur le simulateur de conduite. C’est ce que nous faisons à ECF puisque nous avons actuellement environ 700 simulateurs. Et nous avons comme ambition de doubler ce chiffre d’ici 2025. L’objectif est double : réduire l’empreinte carbone et permettre aux auto-écoles de retrouver un peu d’oxygène financier face aux charges qui augmentent de façon exponentielle ces dernières années. Je sais que le simulateur ne fait pas l’unanimité dans la profession. Mais il faut regarder ce qui se pratique en dehors de la profession : les pilotes d’avion et de course apprennent sur simulateur. C’est une évidence ! En revanche, il faut conserver la présence d’un enseignant, sauf pour quelques modules qui peuvent être effectués en autonomie. Et grâce à notre filiale TGD qui propose un simulateur très performant à un tarif ultra compétitif, cela permet d’acheter plusieurs machines pour proposer des cours collectifs. C’est comme cela que nous voyons l’avenir de l’enseignement de la conduite. Évidemment, le simulateur ne remplacera jamais complètement la voiture, mais il faut plus l’intégrer dans le programme d’apprentissage.
La Tribune : ECF avait proposé que l’AFFI puisse donner automatiquement l’équivalence du permis AM quadricycle. Cette mesure a été retenue par la DSR et est entrée en vigueur le 1er mars dernier. Avez-vous fait d’autres propositions ?
P. M. : Effectivement, nous avons fortement soutenu l’accès au permis de conduire à 17 ans parce que cela favorise la mobilité des jeunes. Mais c’était aussi l’occasion de reparler de sécurité routière et de donner du corps au continuum éducatif. Je considère que plus on apprend la sécurité routière jeune, plus on aura des conducteurs responsables. En complément du permis à 17 ans, nous proposons donc de revoir la formation post-permis, en introduisant éventuellement de la formation à distance, mais surtout en la rendant obligatoire. Car je donne deux chiffres : en 2023, un peu plus de 3 000 jeunes ont suivi la formation de 7 heures sur un total de 800 000 jeunes qui ont eu le permis. C’est dérisoire ! Alors, ECF se félicite que la DSR ait annoncé lors du CSER du 12 juin, l’ouverture d’un atelier de travail sur le sujet. Autre proposition : ouvrir la conduite accompagnée dès 14 ans, ce qui permettrait d’avoir une période d’apprentissage plus longue, de trois ans entre la première prise en main du volant et le permis de conduire B à 17 ans. Il faut que l’on développe la conduite accompagnée qui offre une plus longue période d’apprentissage, présente un meilleur taux de réussite et contribue aussi à ne pas gâcher des places d’examen. C’est vraiment un cursus vertueux. Enfin, ECF propose la création d’une formation théorique en tronc commun, complétée par une formation pratique conforme aux exigences du Programme de formation réglementaire. Cette formation théorique pourrait être dispensée par des enseignants de la conduite au collège. Elle constituerait une première étape obligatoire pour donner accès à la conduite des EDPM. Cette formation donnerait également accès à la conduite accompagnée à partir de 14 ans comme je viens de l’expliquer, ainsi qu’à la conduite de quadricycles légers. Ces différentes étapes d’accès à la mobilité permettraient de construire un vrai continuum éducatif et, j’en suis persuadé, de mettre sur la route des conducteurs mieux formés et plus responsables.
La Tribune : Vous parlez de qualité de la formation. Une autre problématique porte sur le financement. Que pensez-vous de la restriction de l’utilisation du CPF à un premier permis ?
P. M. : Je trouve injuste que l’on réduise l’utilisation du CPF à un premier permis. Cela signifie qu’un jeune qui a un permis A1 qui a été financé par ses parents ne pourra pas mobiliser son CPF pour financer la formation au permis B. De même, certains critiquent le fait qu’un quadragénaire qui a un permis B utilise son CPF pour passer son permis moto pour aller au travail l’été et éviter les embouteillages. Mais je ne vois pas pourquoi ce quadragénaire qui a accumulé la somme maximale de 5 000 euros sur son CPF ne pourrait pas utiliser 1 000 euros pour passer son permis moto, alors qu’il aurait le droit d’utiliser son CPF pour financier des cours d’anglais qui coûtent quatre fois plus cher et qui ne lui serviront pas forcément dans le cadre de son travail. Il y a là, selon moi, une véritable injustice.
Propos recueillis par Sandrine Ancel