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warning Sécurité routière — Avril 2024

Formation à la conduite et accidentalité : Comment lutter contre les différences de genre ?

Les statistiques démontrent que les femmes présentent un taux de réussite au permis B inférieur à celui des hommes alors qu’elles prennent en moyenne plus d’heures de cours. Comment expliquer et lutter contre ces différences ? C’est la réflexion menée par la DSR.


La conduite est-elle une affaire d’homme ? En tout cas, force est de constater que « les statistiques sont vivaces et les chiffres têtus » a déclaré Florence Guillaume, déléguée interministérielle à la Sécurité routière, en dévoilant les chiffres d’une étude sur les différences de genre en matière d’éducation routière et d’accès à l’examen du permis de conduire, lors d’une table ronde organisée le 7 mars dernier à l’auto-école Gilles Villages moto, à Olivet, dans le Loiret, avec la participation de Patrice Bessone, président de Mobilians Éducation routière, d’enseignants de la conduite et d’une inspectrice du permis de conduire.

Les femmes ont un taux de réussite à l’examen B inférieur aux hommes
Alors que disent les chiffres ? Les femmes présentent un taux de réussite au permis B de 52,90 % contre 60,90 % pour les hommes, ce qui représente un différentiel non-négligeable de 8 points. Un chiffre « assez constant et qui ne réduit pas au fil des années », constate la déléguée interministérielle. Les femmes ont donc plus de mal que les hommes à obtenir leur permis B. Pourtant, elles prennent en moyenne plus d’heures de cours que les hommes (environ 4 heures). Mathématiquement, la durée de formation étant plus longue, les femmes paient en moyenne 15 % de plus que les hommes, avec un prix moyen de la formation au permis B qui s’élève à 1 760 euros contre 1 524 euros pour les hommes.

L’influence sournoise des préjugés
Les femmes seraient-elles génétiquement moins prédisposées à la conduite d’un véhicule ou sont-elles victimes de préjugés profondément ancrés dans notre société ? Si les enseignants et enseignantes de la conduite intervenants lors de cette table ronde affirment ne pas faire de différence volontaire entre les élèves de sexe masculin et féminin, les chiffres démontrent que le traitement est pourtant différent entre les hommes et les femmes dès l’inscription à l’auto-école. Une opération de testing réalisée en novembre 2023 par l’université Gustave Eiffel a montré que les écoles de conduite proposent en moyenne aux femmes un nombre d’heures de conduite plus élevé qu’aux hommes, de près de 2 heures. Et de conclure que le sexe de l’apprenti influence les appréciations des formateurs avant même le début de la phase d’apprentissage.
Lors de la formation, l’approche pédagogique peut être différente. Encore une fois, si les intervenants de la table ronde assurent ne pas faire de différence fondamentale de traitement en fonction du sexe et simplement s’adapter à chaque individu, les statistiques de la DSR montrent que l’on propose plus aux femmes qu’aux hommes d’effectuer des heures sur un simulateur de conduite. Comme si elles avaient plus besoin d’être rassurées, avant de prendre le volant d’un véhicule et de se retrouver confrontées à la réalité de la conduite sur la route.

Les femmes plus exigeantes avec elles-mêmes
Les femmes ont en effet souvent plus besoin d’être rassurées que les hommes, notamment par manque de confiance en soi, constate les enseignants participants à la table ronde. « À l’auto-école, nous sommes quatre à enseigner la conduite, mais je suis la seule femme, explique Carine Allimonnier, présidente départementale de Mobilians-ESR pour le Loiret. Les jeunes filles demandent souvent à conduire avec moi car elles se sentent plus rassurées. Elles ont besoin d’être cocoonées. Et quand j’ai acquis leur confiance, elles acquièrent elles-mêmes confiance en elles et sont performantes. » Ce manque de confiance en soi n’est pas forcément directement lié à la voiture elle-même, mais plus à l’inconscient collectif qui véhicule l’idée que tout ce qui est technique est plus réservé aux hommes qu’aux femmes. Bruno Gaudin, enseignant de la conduite reconnaît que les femmes ont souvent plus de mal avec la boîte de vitesses mécanique. « L’apprentissage du maniement de la boîte méca est généralement plus difficile pour les femmes, mais elles se rattrapent après avec une analyse plus juste des situations et des prises de décisions meilleures que les hommes. Les filles sont plus exigeantes avec elles-mêmes. » Un niveau d’exigence supérieur aux hommes qui peut expliquer un plus haut niveau de stress pouvant entraîner la faute de conduite et l’échec à l’examen pratique. Ce que confirme Évelyne Grégoire, inspectrice du permis de conduire : « L’examen les stresse souvent plus que les hommes ».

Le besoin d’acquérir de l’expérience
Plus exigeantes avec elles-mêmes, elles se mettent plus la pression. Pour faire baisser le stress et augmenter la confiance en soi, les femmes ont généralement besoin d’acquérir plus d’expérience, ce qui explique aussi certainement le fait qu’elles suivent une formation plus longue que les hommes. D’ailleurs, on constate que l’écart du taux de réussite entre les femmes et les hommes est de 8 points pour la catégorie B en cursus classique, mais cet écart est moins important pour les candidates qui ont opté pour la filière de l’apprentissage anticipé de la conduite (-3,5 points). Les femmes ont même un taux de réussite supérieur aux hommes au permis BE (+1,3 point) et moto (+0,6 point). Par contre, elles affichent un taux de réussite inférieur aux hommes de 7 points dans la catégorie du groupe lourd. Selon Florence Guillaume, cette meilleure réussite des femmes en BE et moto s’explique par le fait que lorsque l’on passe ces catégories de permis, on a généralement déjà le permis B et donc acquis une expérience de la route.

Les hommes ont plus d’accidents graves que les femmes
Si les femmes mettent plus de temps à apprendre à conduire et à décrocher leur permis, elles intègrent visiblement mieux les règles et les bons comportements, comme en témoigne Anne-Gaëlle Vallet, enseignante de la conduite : « Lors de la formation, la progression des femmes est plus lente, mais plus pérenne. Et l’on sent qu’elles ont à cœur de bien faire. Alors que les hommes apprennent plus vite, mais ont tendance à oublier rapidement ce qu’ils ont appris ».
Un constat qui semble se confirmer sur la route, une fois le permis de conduire obtenu. En effet, les hommes sont 3,5 fois plus nombreux que les femmes à perdre la vie dans un accident de la route (2 545 hommes contre 722 femmes en 2023). Parmi les victimes de la route décédées en 2023, 90 % étaient des hommes qui avaient entre 18 et 24 ans. Et selon les statistiques de l’Observatoire national interministériel de la Sécurité routière (ONISR), 84 % des présumés responsables d’accidents mortels sont de sexe masculin. Là-aussi, « les chiffres sont têtus », comme le dit la déléguée interministérielle. Car cette tendance reste inchangée depuis des années. Une réalité étayée par le témoignage d’un policier également présent lors de cette table ronde : « On constate qu’une fois qu’ils ont obtenu leur permis, quand ils sont livrés à eux-mêmes, les jeunes hommes oublient tout. Ce sont essentiellement eux qui ne respectent pas le Code de la route et refusent d’obtempérer lors des contrôles routiers. »

Intégrer le biais du genre dans la formation des professionnels de la conduite
Pour tenter de lutter contre les idées reçues qui peuvent insidieusement influer sur les comportements des hommes comme des femmes, la DSR et Mobilians-ESR ont donc réfléchi à intégrer le biais du genre dans la formation des professionnels de la conduite. Des modules sur le sujet vont donc être ajoutés dans les cursus de formation des enseignants de la conduite et des inspecteurs du permis de conduire. Ainsi, la déléguée interministérielle a annoncé que dès cette année, l’INSERR va proposer un module d’une demi-journée sur l’évaluation et le biais de genre.
Par ailleurs, pour amener les femmes à avoir un peu plus confiance en elles et les hommes à être un peu plus modestes, Patrice Bessone milite pour que les écoles de conduite s’équipent de simulateurs de conduite qui permettent de s’entraîner à la conduite dans des situations dégradées que l’on n’a pas forcément le temps ou l’opportunité de rencontrer lors de la formation initiale (il est vrai qu’il est difficile de faire un cours de conduite sur une route enneigée en plein mois d’août ou de rouler de nuit si l’on prend des cours en juin-juillet lorsque les jours sont les plus longs).
Le président de Mobilians-ESR souhaite également promouvoir davantage la filière de la conduite accompagnée qui permet d’acquérir plus d’expérience de conduite, mais aussi d’ouvrir le débat en salle, lors des rendez-vous pédagogiques.
Il demande enfin que la formation post-permis de 7 heures instaurée depuis le 1er janvier 2019 qui permet de réduire la période probatoire, devienne obligatoire. Cette formation complémentaire en vigueur en Autriche, en Finlande et au Luxembourg, a démontré son efficacité, notamment sur la réduction de l'accidentalité. « On sait que c’est indispensable de revoir les conducteurs quelques mois après l’obtention de leur permis. Malheureusement, ceux que l’on devrait voir, on ne les voit pas parce que cette formation n’est pas obligatoire. » On le voit, le chemin est long avant de devenir un bon conducteur. Encore faudrait-il définir ce qu’est un bon conducteur. Mais c’est un autre débat. 


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