Deux voix contre, une voix pour et une voix en suspens… La proposition du ministère de rendre publiques sur Internet les questions de l’examen ETG divise les syndicats. C’est à Paris, où ils ont été reçus par Gilles Leblanc, haut-fonctionnaire chargé du pilotage de la réforme de l’apprentissage de la conduite et de l’examen du permis de conduire, que les syndicats d’enseignants de la conduite ont été mis au courant de la proposition du ministère de rendre publiques sur la toile les questions de l’examen du Code.
Philippe Colombani, président de l’Unic, est remonté. « Cette proposition est dangereuse. Demain, les jeunes liront les questions sur Internet au lieu d’aller se former. Je ne vois pas trop où se situe l’amélioration pour la formation avec une telle proposition. Le ministère, et en premier lieu Gilles Leblanc, dit qu’il y a beaucoup de fraude à l’examen. Qu’est-ce que cela sous-entend pour les inspecteurs du permis ? Je ne sais pas pourquoi certains syndicats ne réagissent pas. Ils se disent peut-être que ça n’arrivera pas. Mais Gilles Leblanc n’écoute personne, ce n’est pas un homme de dialogue. Nous envisageons d’appeler la profession à descendre dans la rue si cette proposition était adoptée. Moi, je pense que prévenir c’est guérir. »
Même colère chez Daniel Blot, président du CNPA. « Il ne faut pas publier cette banque de données sur Internet sinon les élèves vont déserter les cours de conduite. La profession va être dévalorisée. Le gouvernement laisse croire que cela permettrait de faire baisser le prix du permis, mais c’est faux. Cette mesure est même dangereuse politiquement car les auto-écoles pourraient descendre dans la rue pour montrer leur hostilité. S’il y avait une dizaine de cours collectifs obligatoires, ce serait moins cher. Mais le gouvernement ne veut pas mettre en place ces cours collectifs obligatoires. »
COMBIEN DE QUESTIONS POUR LA BANQUE DE DONNÉES ?Jean-Louis Bouscaren, président de l’Unidec, se montre lui plus mesuré. « Cette proposition nous a été évoquée. A priori, pourquoi pas ? On y est favorable, sous condition que la banque de données de l’examen sur Internet contienne de 2 000 à 2 500 questions. Attention, si ce seuil n’est pas atteint (NDLR : le chiffre de 1 000 questions a été évoqué par Gilles Leblanc), on s’opposera à la proposition. Sinon, les élèves n’iront plus en cours de Code. Il suffira de bachoter. Gilles Leblanc, à qui j’ai envoyé un mail sur ce point, nous a répondu que la banque de question serait « correctement dimensionnée ». Il prévoit prochainement une réunion avec un « groupe d’experts » et je regrette que les enseignants de conduite n’y soient pas représentés. »
Michel Terekoff, président du FNEC, est finalement le seul à se montrer favorable à la mesure. « Concernant la publication d’une banque de données de l’examen sur Internet, il faut savoir qu’en 2004, on avait déjà avancé cette proposition. Dans certains pays, comme en Angleterre, les questions sont déjà diffusées au public. Je trouve que le chiffre avancé lors de notre entretien est suffisant pour éviter le bachotage. Je ne pense pas que les élèves resteront chez eux si cette proposition est validée. A l’heure actuelle, les efforts doivent plus se concentrer sur le système des questions, qui tiennent plus du piège que de la vérification de connaissances. »
Hugo Roge