À l’été 2022, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait annoncé la création de 100 postes d’inspecteurs supplémentaires. Plus d’un an et demi après, la situation sur le terrain reste très tendue dans certains départements.
Après des manifestations qui se sont tenues localement comme à Amiens, dans la Somme, en octobre dernier, l’UNIC a organisé le 27 février 2024, une opération escargot depuis le Centre d’examens de Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, jusqu’au ministère de l’Intérieur. Objectif : être reçu par la déléguée interministérielle à la Sécurité routière, Florence Guillaume. « Cette manifestation n’a pas mobilisé grand monde, déclare Marie Martinez, vice-présidente de l’UNIC qui regrette que les autres organisations professionnelles ne se soient pas associées à cette action. En effet, Bruno Garancher, président de l’UNIDEC, avait indiqué : « l’UNIDEC n’appelle pas à manifester, mais laisse libre ses adhérents de participer à cette action s’ils le souhaitent ». De son côté, Patrice Bessone, président de Mobilians-ESR, n’appelait pas à se joindre à cette manifestation, expliquant : « Mobilians-ESR est actuellement en pleine discussion avec la DSR pour essayer de trouver des solutions. Nous n’allons pas engager la profession dans une contestation avant d’avoir obtenu des réponses de l’État. En revanche, nous n’excluons pas de mettre en place des actions si les décisions prises par l’État se révèlent contre-productives. »
Alerter sur l’allongement des délais
Le 27 février, la voix de l’UNIC a cependant été entendue. « Nous avons été reçus par la déléguée en personne qui a pris le temps de nous écouter et de discuter, ce qui constitue déjà pour nous une victoire », se félicite Marie Martinez. Le but de cette action était essentiellement d’alerter sur le manque de places d’examens. « Nous avions tiré la sonnette d’alarme lors de notre congrès national en septembre dernier car certains départements étaient déjà en souffrance, rappelle la vice-présidente de l’UNIC. Cinq mois après, on constate que la situation a empiré et que dans certains départements les délais pour obtenir une place s’allongent. À tel point que cela met en péril l’économie des établissements de formation à la conduite. C’est bien simple : si l’on n’a pas de places d’examens, les élèves ne viennent pas s’inscrire ! Cela signifie qu’il va falloir licencier des salariés, voire mettre la clé sous la porte. »
Un permis réservé aux riches ?
Marie Martinez dénonce également l’inégalité entre les départements. Si la situation est dramatique dans certains départements comme la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne ou encore le Val-d’Oise, d’autres ont la chance de pouvoir obtenir des places rapidement. Pour tenter de s’en sortir, certaines auto-écoles implantées dans des départements en tension font appel au système D. « Comme il n’y a pas assez de places dans certains départements, on va chercher des places là où il y en a, en Vendée par exemple. Mais il faut se déplacer depuis l’Île-de-France, cela génère des frais qui augmentent forcément le coût de la formation. Ce qui n’est pas juste car cela signifie que seuls ceux qui ont les moyens financiers peuvent se le permettre. On va aller vers un permis réservé aux riches ! Pour trouver des solutions pour obtenir des places, on voit des partenariats se créer entre des auto-écoles d’Île-de-France et en province, quand ce n’est pas carrément du marché noir de places d’examens. Ce qui avant était inconcevable est aujourd’hui devenu normal. »
Le point sur les seuils mensuels moyens en B
Alors qu’en est-il vraiment de la situation ? Selon la DSR, pour la période allant de novembre 2023 à février 2024, 1 département présente un seuil mensuel moyen en B inférieur à 4 ; 14 départements ont un seuil moyen compris entre 4 et 4,5 ; 16 départements affichent un seuil moyen compris entre 4,6 et 4,9. Enfin, 70 départements ont un seuil mensuel moyen supérieur ou égal à 5. Et parmi ces 70 départements, 38 ont un seuil supérieur ou égal à 5,5, dont 18 présentent un seuil moyen supérieur à 6. La moyenne nationale mensuelle du seuil pour le permis B sur ces 6 mois s’affiche à 5,3. Précisons cependant que ces seuils ne correspondent pas aux seuils publiés sur RdvPermis, mais aux seuils réels établis après l’ajout des places mises en réserve.
« Nous sommes dans une situation qui est insatisfaisante pour un bon tiers des départements qui n’atteignent pas le seuil de 5, ce qui constituait pourtant le niveau sur lequel tous, écoles de conduite comme administration, avions convenu qu’il constituait un minimum », rappelle Bruno Garancher. C’est pourquoi l’UNIDEC lors d’une réunion fin février avec les OP et la DSR avait manifesté « une fois de plus son inquiétude face à la situation et réclamé que la production d’examens du permis de conduire constitue la tâche essentielle et prioritaire de l’ensemble des IPCSR ».
La réponse de la DSR
De son côté, la DSR reconnaît être consciente du problème et rappelle les différentes mesures prises pour augmenter la production de places. Ainsi, 38 futurs inspecteurs du permis de conduire et de la sécurité routière ont été recrutés. Actuellement en formation, ils devraient être déployés sur le terrain en juin 2024. Sur ces 38 nouveaux IPCSR, 20 devraient être affectés en région parisienne là où le manque de personnel est criant. De plus, la DSR a reconduit son partenariat avec La Poste pour recruter 35 nouveaux examinateurs en 2024. Enfin, le ministère encourage les inspecteurs en poste à effectuer sur la base du volontariat des heures supplémentaires (14ème unité dans la journée ou travail le samedi) et demande toujours sur la base du volontariat aux inspecteurs récemment partis à la retraite de revenir travailler et à ceux qui sont prêts à partir en retraite de bien vouloir repousser leur départ.
L’urgence, c’est maintenant !
« La DSR nous tient ce discours depuis des mois, s’agace Bruno Garancher. On nous demande de patienter en nous disant que ça va s’arranger. Le problème, c’est que l’on a besoin de places maintenant ! » Même constat de Marie Martinez : « Nous prenons acte de l’ensemble de ces mesures, mais nous restons mobilisés », d’autant que comme le souligne la vice-présidente de l’UNIC, le printemps risque d’être encore plus tendu avec l’arrivée en fin de formation des élèves de 17 ans et de ceux qui se sont inscrits pour passer le permis moto financé par le CPF en début d’année, sans oublier les stagiaires en formation pour devenir chauffeur de poids-lourd ou de véhicule de transports en commun pour les Jeux Olympiques. Plusieurs paramètres se cumulent et augmentent la demande de places d’examens, alors que la hausse de production ne suit pas. Du moins, pas assez vite. « Les IPCSR se plaignent d’agressions de la part de candidats, mais les écoles de conduite sont également en première ligne face à des élèves et/ou des parents agressifs, déplore Bruno Garancher. Heureusement, compte tenu du battage médiatique fait sur le manque de places d’examens, les gens ne sont la plupart du temps pas surpris de devoir attendre pour passer leur examen pratique. Mais cela alimente encore une fois l’idée fausse que cette situation arrange bien les auto-écoles car elles se gavent en facturant des heures supplémentaires. C’est pourquoi, il faut trouver une solution non pas pour demain, mais pour maintenant ! ». Une requête visiblement entendue par la DSR qui, selon Patrice Bessone, « organise régulièrement des réunions pour essayer de trouver des solutions de secours ». Dernière mesure envisagée pour soulager les trois départements d’Île-de-France les plus en souffrance (93, 94 et 95) : faire venir des inspecteurs en renfort non plus uniquement des départements limitrophes mais de centres d’examens plus éloignés pouvant se trouver jusqu’à 4 ou 5 heures de route. Une mesure faute de mieux en attendant que le vrai renfort commence à arriver cet été.