Karine Jegoux, gérante de l’auto-école Karine à Pontivy, participe chaque année aux relais Motogend organisés par la gendarmerie du Morbihan. Une façon de permettre à ses anciens élèves motards de perfectionner leurs techniques de conduite.
Depuis presque dix ans, Karine Jegoux enseignante depuis 22 ans, participe deux à trois fois par an aux opérations Motogend organisées par la gendarmerie. Lors de la dernière session, 50 de ses anciens élèves ont répondu présents. « Les conducteurs de deux-roues sont très touchés par des accidents de la route. Il faut donc trouver des solutions pour réduire l’accidentologie sans passer par la répression. » C’est pourquoi, Karine Jegoux n’a pas hésité à se porter volontaire lorsque la gendarmerie a mis en place les relais Motogend. Ces stages de perfectionnement permettent aux motards de peaufiner leurs techniques de conduite.
Dépasser les idées reçues sur les forces de l’ordre
« Les écoles de conduite ont un important rôle à jouer en matière de sécurité routière, même si les médias et les politiques ne le valorise pas », regrette-t-elle. Elle s’est donc rapprochée de la gendarmerie de Pontivy suite à une réaction intempestive d’un élève en leçon de conduite. « Nous étions en voiture. Lorsqu’il a vu un contrôle routier, il a complètement paniqué, au point de vouloir faire demi-tour. Je n’ai pas compris sa réaction », se souvient-elle. L’élève a fini par lui dire qu’il n’avait rien à se reprocher, mais « qu’il n’aimait tout simplement pas les flics ».
Karine Jegoux lui a expliqué que sa réaction était stupide et que s’il n’avait rien à se reprocher, il ne craignait rien. D’où l’idée d’organiser des rendez-vous avec la gendarmerie de Pontivy auxquels elle convie aussi les parents. Objectif : dédiaboliser le rôle des gendarmes en les rencontrant sur leur lieu de travail. « Pendant deux heures, les élèves échangent avec eux, visitent les locaux, entrent dans la salle de dégrisement. » Ils testent des éthylotests et abordent les problématiques liées à la conduite sous l’emprise de l’alcool et des stupéfiants. « Ce sont des échanges conviviaux et pédagogiques. Mais les gendarmes leur rappellent que s’ils reviennent dans d’autres circonstances, ce ne sera pas la même ambiance… »
Un stage en trois parties
Ces rendez-vous sont aussi l’occasion de réviser la théorie. Ces stages, organisés sur une journée, comprennent trois parties. La première, sous forme de QCM, porte sur une remise à niveau du Code de la route en présence d’IPCSR. La seconde partie, toujours théorique mais avec des supports vidéo, aborde le positionnement de la moto. Enfin, les stagiaires sont invités à mettre tout cela en pratique avec des exercices sur plateau (parcours lents et rapides) et sur la route avec un parcours d’une soixantaine de kilomètres. « Les élèves viennent avec leur moto. Celles-ci sont bien souvent plus lourdes que les nôtres. C’est très intéressant ». D’autant que les motards de la gendarmerie apportent des corrections quant à leur conduite. Notamment en matière de trajectoire. « Les motards de la gendarmerie prennent les virages en extérieur pour avoir plus de visibilité afin de mieux anticiper ce qui arrive en face. »
Conduite nocturne et voyages-école
En période estivale, Karine Jegoux propose également de la conduite de nuit. « Je pars avec 3 élèves vers 22 heures et nous rentrons à 1 heure du matin. » Les apprenants conduisent 30 minutes d’affilée. « Ils sont plus rapidement fatigués la nuit. De plus, ils sont déstabilisés car l’œil doit s’habituer aux distances, à la vitesse et aux obstacles que l’on n’évalue pas de la même manière. » Ces « virées » nocturnes sont aussi l’occasion de travailler l’alternance des feux de croisement et de route. C’est une opportunité pour leur apprendre à faire face à des aléas, tels que la rencontre avec des animaux nocturnes (renard, chouettes…) ou un contrôle des forces de l’ordre. « Une fois à Lorient, alors qu’il était 23 h 30, nous sommes tombés sur un contrôle des douanes. Un douanier a inspecté la voiture-école avec sa lampe torche. Les élèves ont été très impressionnés. » Autre action menée deux à trois fois par an : les voyages-école. Pendant une journée, Karine Jegoux part avec quinze élèves, cinq voitures et quatre enseignants. Le but : les faire conduire en dehors de Pontivy. « Nous allons par exemple à Brest pour leur apprendre à circuler en présence de tramways. » Résultat : ces voyages améliorent leur confiance en eux. « Les élèves apprécient ces journées pour le côté ludique. » Grâce au bouche à oreilles, cela incite aussi d’autres candidats à pousser la porte de l’école de conduite. Pour autant, Karine Jegoux dit ne pas mener ces actions pour gagner de l’argent. « Participer aux relais Motogend ne me rapporte rien car ces stages sont gratuits. » Idem lorsqu’elle organise des soirées à thème. La dernière en date, datant de mai 2023, proposait au public de repasser le Code. « Bien que conscients de leurs lacunes, peu d’automobilistes poussent la porte de l’auto-école pour réviser les règles. À un tout petit niveau, je suis actrice de la sécurité routière. Je me sens utile et c’est décisif pour moi. »