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edit_note Examens — Septembre 2023

Les inspecteurs sont vent debout

Victimes d’agressions lors des examens pratiques, les IPCSR tirent le signal d’alarme. Ils dénoncent les défaillances de l’annonce différée des résultats, les fraudes à l’examen théorique et l’absence de mesures pour les protéger. Ils ont été reçus le 28 juillet 2023 par la DSR.


Depuis cinq ans, les inspecteurs au permis de conduire (IPCSR) font face à de nombreuses agressions verbales et physiques. Invectivés sur les centres d’examen (majoritairement lors des passages du permis B), ces agents de l’État sont menacés de mort, insultés, voire agressés physiquement lorsque les candidats sont en échec ou comprennent qu’ils vont l’être. « Sur les six premiers mois de 2023, il y a eu 32 agressions, là où il y en avait eu 22 en 2022, soit une hausse de 40 % en un an », affirme Maxime Bourgeois, secrétaire national du Syndicat autonome national des experts de l’éducation routière et de la sécurité routière (SANEER). « Nous sommes en permanence sur nos gardes quand un candidat montre des signes d’agacement ». Même constat pour Stéphane Besanceney, secrétaire général adjoint du SNICA-FO, le Syndicat national des inspecteurs, cadres administratifs du permis de conduire et de la sécurité routière. « Les conditions de travail sont de plus en plus compliquées. Quand un inspecteur débute sa journée en se faisant insulter, c’est difficile pour lui d’examiner 12 autres candidats. »


Des résultats trop rapides avec RdvPermis
Selon les responsables syndicaux, le phénomène a toujours existé mais il s’est amplifié avec RdvPermis, comme ils l’ont expliqué à la déléguée interministérielle, Florence Guillaume, qui les a reçus le 28 juillet dernier. « Nous avons mis 13 ans pour obtenir cette mesure qui a contribué à apaiser le climat pendant un certain temps. Or, depuis l’instauration de RdvPermis, le système a des failles et communique les résultats dans les heures qui suivent l’examen », affirme Stéphane Besanceney. Un temps trop court qui ne permet pas de faire redescendre la pression des candidats recalés. « Certains n’hésitent pas à revenir le lendemain pour en découdre avec l’examinateur », affirme Maxime Bourgeois. C’est pourquoi, ils ont demandé que le délai de publication de 48 heures soit respecté.


Trop de fraudes à l’ETG
Selon eux, cette violence des comportements découle du refus de la sanction. « La majorité des candidats n’a jamais passé un examen et n’a jamais été confrontée à un échec, à une autorité qui sanctionne. Comme ils ne gèrent pas leur frustration, ils « explosent », analyse Stéphane Besanceney. Des phénomènes aussi plus marqués depuis l’externalisation de l’ETG. En cause : les fraudes où des candidats « décrochent » l’examen sans l’avoir passé ou l’obtiennent par complaisance. Conséquences : les IPCSR se retrouvent face à des candidats qui n’ont pas les connaissances théoriques requises. « Nous étions contre la privatisation de l’examen théorique car nous estimons que c’est de la marchandisation. Cela décrédibilise le métier », déclare le représentant du SNICA-FO. Or les contrôles d’identité et de vérification de la validité de l’ETG incombant à l’IPCSR, sont régulièrement sources de conflit. « Tous les jours nous sommes confrontés à des candidats qui n’ont pas eu le Code. L’année dernière, la DSR évaluait à 40 % le taux de fraude visible à l’ETG », déclare Stéphane Besanceney. Aussi les syndicats réclament l’instauration d’un délai de 48 heures avant de pouvoir se représenter à l’épreuve théorique.


Augmenter les contrôles et les sanctions
Autre constat : la baisse du niveau de formation des candidats. Maxime Bourgeois pointe du doigt la baisse du taux de réussite qui est passé de près de 60 % en 2022 à 50 % sur les six premiers mois de 2023. « Forcément, le risque d’agression augmente proportionnellement. » C’est pourquoi les IPCSR demandent un renfort des contrôles pédagogiques des centres de formation et des auto-écoles. « Quand, après 20 heures de conduite, un élève s’entend dire qu’il a le niveau pour passer l’examen et que nous lui signalons qu’il a des lacunes, il ne comprend pas ! »
Surtout, les organisations professionnelles souhaitent un renforcement des sanctions pour les agresseurs. Actuellement, ils encourent deux mois d’interdiction administrative de se représenter à l’examen en cas d’agression verbale et six mois lors de violences physiques. Le SNAEER souhaiterait porter ces sanctions à l’équivalent du délai médian pour obtenir une place d’examens dans le département concerné + un mois dans le premier cas et à un an pour le second. « De plus, nous souhaiterions que la sanction administrative soit concomitante avec la sanction judiciaire et que le candidat ne puisse plus se représenter sur le centre d’examen où il a commis l’agression », indique Maxime Bourgeois.


Demande d’audits des centres d’examens
Autre revendication : l’audit des centres d’examen. « C’est prévu dans une circulaire, mais ces contrôles ne sont déclenchés que lorsqu’il y a eu agression », déplore Stéphane Besanceney. Ces audits permettent de détecter les points faibles. « Certains collègues exercent leur mission sur un bout de trottoir. Quand les candidats attendent leur tour sous la pluie ou en plein soleil, ils sont à cran lorsqu’ils montent dans la voiture », souligne Maxime Bourgeois qui demande également que les centres soient équipés de vidéo-surveillance et que les IPCSR ne se retrouvent pas seul sur un centre.
Sensible à ces revendications, la déléguée a indiqué qu’une campagne de communication sur les sanctions encourues (affiche avec paire de menottes) sera diffusée dès septembre 2023 dans les BER et les auto-écoles. Enfin, elle a indiqué vouloir revoir les syndicats d’ici fin septembre. 


Christine Cabiron


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