L’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) a publié le bilan définitif de l’accidentologie 2022. Ce dernier confirme la tendance baissière des blessés dans l’Hexagone par rapport à 2019, mais une hausse des blessés et des tués Outre-mer.
Le ministère de l’Intérieur a publié le bilan définitif de l’accidentologie 2022. Un bilan légèrement revu à la hausse, mais qui confirme l’augmentation du nombre de blessés et de morts dans les catégories des cyclistes et des utilisateurs d’EDPm.
Selon le bilan définitif de l’accidentologie 2022 réalisé par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), ce sont finalement 3 267 personnes qui ont perdu la vie sur les routes de France métropolitaine en 2022 (soit 7 de plus qu’indiquait le bilan provisoire dévoilé début 2023). On repasse donc au-dessus de la barre symbolique des 3 000 décès. En effet, cela représente une hausse de 11 % par rapport à 2021 (2 944 tués). Et si l’on compare 2022 à 2019, année de référence avant Covid qui avait dénombré 3 244morts, 2022 affiche une hausse de 0,7 %.
Hausse des tués, mais baisse des blessés
En ce qui concerne les blessés, le bilan définitif confirme également la tendance dévoilée en début d’année, à savoir une légère baisse. Ainsi, l’ONISR dénombre 236 834 blessés en 2022, soit une diminution de 0,9 % par rapport à 2019. Le nombre de blessés graves est quant à lui estimé à 15 956, ce qui représente également une légère baisse par rapport à 2019 (-1,8 %).
À noter que comme le précise le ministère de l’Intérieur : « Pour se conformer aux normes des statistiques européennes, l’ONISR publie une nouvelle série de données relatives aux blessés graves. Ces valeurs sont déterminées par une nouvelle méthode, établie conjointement par l’Université Gustave Eiffel (UGE) et l’ONISR. Au-delà des blessés enregistrés par les forces de l’ordre, la nouvelle méthode permet de prendre en compte l’ensemble des blessés pris en charge par les services hospitaliers, ce qui permet d’établir une vision beaucoup plus précise du nombre réel de blessés de la route ».
Impact de l’évolution des modes de déplacements sur l’accidentalité
La particularité de l’année 2022 réside dans la fin des restrictions relatives aux déplacements et à l’obligation de télétravailler quand l’activité professionnelle le permet. Ainsi, les déplacements ont retrouvé un niveau proche de celui d’avant la pandémie, malgré le maintien d’un certain niveau de télétravail. En revanche, on constate une évolution des modes de déplacements vers une mobilité douce avec une très forte augmentation de l’usage du vélo et des engins de déplacement personnel motorisés (EDPm), notamment les trottinettes électriques. Ces deux paramètres ont un impact direct sur l’accidentalité, avec une modification de la répartition des victimes de la route dans les différentes catégories d’usagers.
Focus par catégories d’usagers
En effet, la hausse de la mortalité routière ne concerne pas toutes les catégories d’usagers. Ainsi, les occupants de véhicule de tourisme ont été 1 565 à trouver la mort sur les routes de France métropolitaine, en 2022. Cela représente 57 tués de moins qu’en 2019. Et 4 807 ont été blessés gravement, soit -7 % par rapport à 2019 (-366). On constate que la part des automobilistes dans la mortalité routière n’est désormais plus majoritaire puisque cette catégorie d’usagers représente 48 % des tués dans un accident de la route.
Le nombre de décès parmi les usagers de deux-roues motorisés (2RM) est également en baisse, avec 718 tués, soit 31 morts de moins en 2022 par rapport à 2019. Même tendance baissière pour les blessés graves. Avec 5 346 blessés graves, on enregistre une baisse de 7 % par rapport à 2019. L’ONISR explique que « la baisse est due à la réduction des victimes 2RM en agglomération ».
Bien que représentant un peu plus des deux tiers des tués sur la route, les catégories « véhicule de tourisme » et « deux-roues motorisés » continuent d’enregistrer, année après année, un nombre de victimes en baisse. En revanche, la mortalité routière se reporte sur les usagers des mobilités dites « douces » dont l’usage a fortement augmenté depuis la pandémie.
Ainsi, la mortalité chez les cyclistes est en hausse de 31 % avec 245 tués (soit + 58 tués par rapport à 2019). Le nombre de blessés graves est également en hausse de 14 %, avec 2 628 victimes en 2022 (soit + 314). Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les accidents impliquant un vélo ne concernent pas uniquement les grandes agglomérations, où la pratique a fortement augmenté. En effet, l’ONISR constate que l’accidentalité cycliste hors agglomération présente également une hausse préoccupante, avec une augmentation de 44 % du nombre de morts et de 20 % du nombre de blessés graves par rapport à 2019.
Les utilisateurs d’EDPm subissent aussi une forte hausse en termes d’accidentalité routière : 35 trottinettistes ont perdu la vie en 2022 contre 10 en 2019. Cette tendance haussière est encore plus significative pour les blessés graves puisque l’ONISR estime à 604 le nombre de trottinesttistes gravement blessés en 2022 contre 200 en 2019.
Enfin, dernière catégorie d’usagers dits « fragiles » : les piétons. Ils ont été 488 à trouver la mort (+ 5 par rapport à 2019). L’ONISR remarque que le nombre de piétons ayant perdu la vie augmente essentiellement hors agglomération (18 morts) et sur autoroute (58 tués). Le nombre de piétons blessés gravement est en revanche légèrement en baisse (environ 2 000 personnes).
Deux autres catégories de d’usagers présentent également une hausse du nombre de tués lors d’un accident de la route : les véhicules utilitaires ou poids lourd et les voiturettes. En effet, 152 occupants de véhicules utilitaires ou d’un poids lourd sont décédés sur le réseau routier français en 2022 ; cela constitue 18 tués supplémentaires par rapport à 2019. Enfin, 27 usagers de voiturette sont morts en 2022 contre 10 en 2019, lors d’accidents survenus essentiellement hors agglomération. Et l’on notera que parmi ces victimes, 3 étaient des adolescents âgés entre 14 et 17 ans. Rappelons que l’utilisation des voiturettes a bondi ces deux dernières années, avec notamment une demande importante des jeunes pour passer le permis AM quadricycle, ce qui peut expliquer cette hausse de la mortalité dans cette catégorie d’usagers.
Hausse de la mortalité sur autoroute
Outre l’augmentation de la mortalité dans les catégories des usagers de modes de déplacements doux due, comme nous l’avons vu, à une plus grande utilisation de ces types de véhicules, l’ONISR remarque une forte hausse de la mortalité sur le réseau autoroutier. En effet, la mortalité sur ce réseau a augmenté de 12 %, passant de 263 tués en 2019 à 294 tués en 2022. Le réseau autoroutier reste cependant le moins meurtrier puisqu’en 2022, il a représenté 9 % de la mortalité routière en France, contre 32 % sur les voies en agglomération (stable par rapport à 2019) et 56 % sur les routes hors agglomération (-1 % par rapport à 2019).
Pour ce qui est des blessés graves, on note une légère hausse (1 %) hors agglomération (7 655 blessés graves) en 2022 par rapport à 2019, mais une baisse de 4 % en agglomération (7 222).
Principaux facteurs d’accident
Pour chaque personne présumée responsable d’accident mortel, les forces de l’ordre ont la possibilité d’inscrire jusqu’à 3 facteurs comportementaux. L’analyse des rapports d’accidents montre qu’en 2022, la vitesse excessive ou inadaptée et l’alcool restent les deux premiers facteurs (respectivement en cause pour 28 % et 23 % des présumés responsables). Viennent ensuite les stupéfiants et l’inattention mentionnés pour 13 % des présumés responsables, les malaises pour 10 % des présumés responsables et les refus de priorité pour 9 % des présumés responsables. On notera également que le non-respect des règles de circulation hors vitesse (refus de priorité, dépassement dangereux, contresens, changement de file, non-respect des distances de sécurité) sont citées chez 22 % des présumés responsables d’accidents mortels.
Mortalité routière : essentiellement des hommes
C’est un fait qui se vérifie depuis des années : les hommes sont plus touchés par la mortalité routière que les femmes. Ainsi, en 2022, les hommes représentent 78 % de la mortalité routière (contre 77, 9 % en 2021 et 77, 3 % en 2019). « Quel que soit le mode de déplacement, la part de tués hommes est bien supérieure à la part de tués femmes ; mais elle est très variable selon le mode de déplacement, indique l’ONISR. Les hommes représentent 62 % des tués piétons, 80 % des tués en EDPm, 87 % des tués à vélo, 94 % des tués en deux-roues motorisé, 73 % des tués en véhicule de tourisme, et 94 % des tués en véhicule utilitaire ou en poids lourd. » Excès de confiance ou prise de risque excessive, toujours est-il qu’en 2022, 84 % des personnes présumées responsables d’accidents mortels étaient des hommes.
Les moins de 25 ans, catégorie la plus touchée par la mortalité routière
Si l’on prend en compte les chiffres bruts, le nombre de tués a augmenté en 2022, et a atteint un niveau élevé par rapport aux années précédentes, pour les personnes âgées de 35-44 ans (+ 40 tués par rapport à 2019) et celles de 65-74 ans (+ 69 tués par rapport à 2019). En revanche, le nombre de jeunes adultes tués (18-24 ans), s’il est plus élevé qu’en 2021 (le couvre-feu lors du premier semestre avait freiné les sorties), est équivalent à 2019. La tranche d’âge qui enregistre la tendance la plus favorable est celle des 25-34 ans, avec -53 tués par rapport à 2019. Mais si l’on ramène le nombre de tués de chaque tranche d’âge par million d’habitants, les jeunes de moins de 25 ans restent les plus touchés par la mortalité routière. Ainsi, on compte 101 tués par million d’habitants pour les jeunes de 18-24 ans, 77 tués par million pour les seniors de 75 ans ou plus, 61 tués par million pour les 25-34 ans et 52 tués par million pour les 35-44 ans et les 65-74 ans.