Le maire de Gonesse dans le Val d’Oise a interdit en mai dernier la circulation des véhicules-école extérieurs à sa commune aux heures de pointe. Cette décision a provoqué un tôlé dans la profession.
« Si tous les maires font comme celui de Gonesse, je pense que nous allons apprendre à conduire aux élèves au milieu du Sahara », ironise Bruno Garancher, président de l’UNIDEC. Une déclaration faite suite à la décision de Jean-Pierre Blazy, maire de Gonesse, d’interdire l’accès à sa ville aux véhicules-école extérieurs à sa commune du lundi au samedi de 7h30 à 9h30 et de 16h30 à 19h. Ce qui inclut également les manœuvres et le stationnement. L’arrêté n°109/2023 stipule que « la circulation intense des véhicules d’apprentissage des auto-écoles et d’examens de conduite circulant en grand nombre crée une gêne pour la commodité de la circulation ». Le maire a pris une telle décision suite aux « doléances régulières et nombreuses des riverains et des usagers de la route faisant état de la circulation particulièrement soutenue desdits véhicules et des inconvénients qui en résultent ».
Ce que peut concevoir Bruno Garancher. Pour autant, celui-ci estime que « le maire de Gonesse aurait dû interdire l’accès à toutes les auto-écoles et pas seulement à celles qui ne sont pas implantées à Gonesse ». Il évoque une atteinte au droit de circulation et considère que cette mesure est discriminatoire. C’est également ce que pense Özgür Selvan, gérant de l’école de conduite Doremi, située Arnouville, à 500 mètres de Gonesse. « C’est une forme de sectarisme et de concurrence déloyale. De plus, nous n’avons pas été informés par la mairie. Nous avons découvert l’arrêté municipal dans la presse… ».
La profession s’insurge
Les organisations professionnelles sont vent debout. L’UNIDEC a adressé un courrier au maire et à la préfecture qui sont restés lettre morte. De son côté, Sandra Carasco, présidente de l’UNIC, est particulièrement choquée par une telle décision. « Elle démontre une nouvelle fois, le manque de considération des politiques à l’égard de notre profession ». La présidente qui a subi des plaintes de cet ordre, dit comprendre le mécontentement de certains riverains. « Si nous sommes informés, nous évitons certains secteurs », indique-t-elle. C’est pourquoi elle évoque une décision « irréfléchie », un arrêté « stupide » qui « de toute façon ne pourra pas être contrôlé ». Et d’enfoncer le clou : « en tant qu’élu, le maire aurait dû rappeler aux riverains qui se sont plaints que la mobilité et l’obtention du permis est essentielle en matière d’emploi ». Pour sa part, Patrice Bessone, président de Mobilians-ESR estime « qu’il est toujours préjudiciable de pointer du doigt une profession, d’autant que les jeunes doivent apprendre à conduire dans des secteurs denses ».
Vers une action en justice
La branche départementale de Mobilians-ESR a aussitôt réagi. « Par lettre recommandée, nous avons demandé au maire la levée de l’arrêté et nous avons déposé un recours hiérarchique auprès de la préfecture », explique Britt Collot, référente pour Mobilians-ESR dans le département du Val d’Oise. « Nous n’avons reçu aucune réponse de la mairie », déplore-t-elle. « La préfecture nous a indiqué qu’il ne lui appartenait pas de se prononcer sur ce type de recours car l’arrêté contesté relève du pouvoir de police du maire. Le préfet botte en touche alors que la sous-préfecture a validé l’arrêté ».
Aussi Mobilians et sept écoles de conduite ont saisi un avocat pour déposer un recours judiciaire au titre de l’entrave au droit de circulation. « Impossible de laisser faire. L’exercice de notre métier n’est déjà pas simple. Si les maires et les préfets nous mettent des bâtons dans les roues, nous ne nous en sortirons pas », affirme Britt Collot. En effet, la plus grande partie de la clientèle des écoles de conduite est constituée d’étudiants qui sont disponibles en début et fin de journée. « Un tiers de notre temps de travail est impacté », précise Özgür Selvan. C’est pourquoi Patrice Bessone considère que cette décision « est une forme de captation de la clientèle au profit des écoles de conduite de Gonesse, organisé par le maire. C’est illégal. Des élèves vont préférer s’inscrire dans une auto-école de Gonesse car ils sauront qu’ils pourront prendre des leçons pendant les heures de pointe ». Selon lui, le maire ferait « mieux de réfléchir à comment gérer la circulation dans sa commune pour réguler le trafic en heures de pointe ».
Plus de 30 % des examens se passent à Gonesse
Gonesse accueille l’un des quatre centres d’examen du Val d’Oise. « Il est situé dans un secteur enclavé, proche d’une école primaire », rappelle Özgür Selvan. Selon la préfecture, 100 des 235 écoles de conduite que compte ce département sont convoquées à Gonesse. Ce qui représente 33,3 % des examens de la catégorie B. Dans l’ensemble, les représentants estiment que le maire de Gonesse a voulu créer le buzz. Sollicité à plusieurs reprises par La Tribune des Auto-Écoles, Jean-Pierre Blazy, n’a pas souhaité s’exprimer à ce sujet. De son côté, la préfecture dit rechercher d’autres locaux pour déplacer l’actuel centre d’examen de Gonesse. « Nous entendons parler de ce déménagement depuis des années… », note un brin désabusé Özgür Selvan.
Christine Cabiron