À Pantin, le CER Milani transporte gratuitement des personnes âgées qui ne peuvent plus conduire ou prendre les transports publics. Des trajets organisés avec un élève au volant.
Gérant du CER Milani, à Pantin, en Seine-Saint-Denis, Manaf Acimi propose aux personnes âgées ayant des problèmes de mobilité, de l’auto-stop organisé. « Nous sommes sur la route toute la journée et nous avons des places vides à l’arrière qu’il est idiot de ne pas utiliser. » Par cette action, il souhaite aussi réduire l’emprunte carbone de son auto-école. « Même si nous avons quelques voitures électriques, notre parc est encore majoritairement au diesel. » Alors, en mars dernier, il a posté une vidéo sur Instagram pour présenter son projet. Les retours ont été immédiats et les demandes nombreuses. Au point qu’il a volontairement limité ce service à des personnes âgées. « Souvent elles ne conduisent plus, ne prennent plus les transports publics et sollicitent leurs enfants pour se rendre à leurs rendez-vous. » Manaf Acimi a aussi démarché les associations locales. La première ayant répondu favorablement est celle des Petits Frères des Pauvres. « Une convention est actuellement en cours de rédaction pour officialiser ce partenariat », indique-t-il.
Responsabiliser les élèves
Ces trajets sont réalisés avec des élèves au volant. « Je choisis ceux ayant atteint les compétences 3, voire 2. Ça ne change rien à leur leçon. Au contraire, ils prennent conscience de la responsabilité qu’ils ont quand ils transportent quelqu’un. De plus, cela crée des liens sociaux entre les générations. » En moyenne, Manaf Acimi véhicule une à deux personnes par semaine. « Ce n’est pas compliqué d’insérer ces trajets dans nos plannings car les seniors nous préviennent généralement 48 heures à l’avance. »
Un transport gratuit
En proposant ce service, Manaf Acimi assure qu’il ne fait pas concurrence aux taxis. « Les personnes que nous transportons n’ont pas les moyens de faire appel à un taxi. » Manaf Acimi se dit guidé par l’envie d’aider. « C’est de l’auto-stop solidaire destiné à des personnes précaires en matière de mobilité », résume-t-il. Lequel affirme qu’il n’en dégage « aucune plus-value commerciale. Nous n’avons pas plus de clients depuis que nous transportons gratuitement des personnes âgées. » Ce projet rappelle celui initié par Cyprien Bardonnet, fondateur de Carl. Entre 2017 et 2019, il avait noué des partenariats avec des auto-écoles de Saône-et-Loire pour transporter des personnes pendant les leçons de conduite. Une initiative qui a tourné court quand la préfecture a mis son veto. C’est aussi ce qui est arrivé à l’auto-école solidaire La Clef du permis à Valencienne, dans le Nord. Celle-ci transportait des personnes qui lui était adressées par la CCAS. Seule différence : le trajet coûtait 1 euro. « Nous avons cessé quand la préfecture nous a indiqué que si nous continuions elle allait nous retirer notre agrément », explique Émilie Barbaut, directrice de l’école de conduite solidaire.