Le 29 mars dernier, Mobilians a organisé un déjeuner-débat sur le thème du partage de la route, en présence de la déléguée interministérielle à la Sécurité routière, Florence Guillaume. L’occasion de faire deux propositions pour repenser la formation initiale en France.
Tandis que la Commission européenne s’est fixé l’objectif de diviser par deux le nombre de tués et de blessés graves sur les routes européennes d’ici 2030 et travaille actuellement à la révision de la Directive européenne 2006/126 relative à l’harmonisation du permis de conduire dans les États membres de l’Union, la France envisage de s’appuyer sur le système SÛR.
Déjà adopté aux Pays-Bas et en Suède, ce dernier s’appuie sur quatre éléments, les infrastructures, une vitesse adaptée, des véhicules sûrs et des usagers responsables. En d’autres termes, le système SÛR aborde la sécurité routière de façon globale, en prenant en compte l’interaction qui existe entre les véhicules, la vitesse, le réseau routier et le comportement des usagers. Sur ce dernier point, les écoles de conduite ont évidemment un rôle à jouer, au travers des formations qu’elles dispensent. Et Mobilians entend bien « repenser la formation au permis de conduire par des comportements plus sûrs », souligne Patrice Bessone, président de Mobilians-ESR.
D’autant que le constat est plutôt alarmant : selon la Fédération européenne des écoles de conduite, « 90 % des personnes qui fréquentent une école de conduite pour obtenir le permis de conduire n’apprennent pas nécessairement à conduire en toute sécurité (ndlr : constat au niveau européen, pas uniquement basé sur la France), et ce alors que la multimodalité complexifie aujourd’hui considérablement le partage de la voirie ».
« Ce constat se traduit chaque année par un nombre toujours plus important d’accidents de la route », souligne Mobilians qui estime que « s’il est possible d’agir sur des facteurs intangibles tels que les conditions météorologiques, les professionnels de l’éducation et de la sécurité routières réunis au sein de Mobilians sont convaincus qu’il est possible d’agir sur l’apprentissage des comportements plus sûrs auprès des candidats à l’examen tant théorique que pratique ».
1/ Rendre obligatoires des heures de cours théoriques collectifs
Ainsi, selon Mobilians-ESR, « la sensibilisation des conducteurs aux comportements à risque est un sujet à part entière qui nécessite un module spécifique collectif et en présentiel, notamment réalisé à l’aide de nouvelles technologies détenues par les écoles de conduite, telles que les écrans interactifs et les simulateurs ».
Concrètement, Patrice Bessone se dit en faveur d’une formation théorique obligatoire de 5 heures sur les 20 heures, effectuée en présentiel et en groupe, au sein de l’école de conduire. « On constate tous que les jeunes obtiennent leur Code, mais présentent des lacunes en termes de connaissances du Code de la route lorsque l’on débute les cours pratiques. Il faut alors reprendre les bases dans la voiture pendant les heures de conduite, ce qui explique que l’on arrive à une moyenne de 30/35 heures. »
Selon le président de Mobilians-ESR, en rendant obligatoire une formation théorique en cours collectifs et en présentiel, cela permettrait de mieux impliquer les élèves dans leur apprentissage, de prendre conscience que la majorité d’entre eux surestime leurs capacités et de mieux assimiler les connaissances. Sur ce dernier point, Patrice Bessone s’appuie notamment sur une étude réalisée cette année par des chercheurs italiens de l’Université Sapienza de Rome, en Italie. Cette étude rapidement présentée lors du déjeuner-débat du 29 mars 2023 par Manuel Picardi, secrétaire général de l’EFA (Fédération européenne des écoles de conduite), démontre que les cours en présentiel sont plus efficaces que ceux suivis à distance. Par ailleurs, le président de Mobilians-ESR estime que cette formation théorique obligatoire n’augmenterait pas le coût du permis. Au contraire, les cours étant dispensés de façon collective, le coût de l’heure par stagiaire pourrait être facturé moins cher qu’une heure individuelle, mais le cours resterait rentable pour l’auto-école.
➢ Comment ça se passe dans les autres pays européens ?
En Europe, plusieurs pays prévoient déjà une formation théorique obligatoire. C’est le cas de l’Allemagne où 12 heures théoriques de base sont prévues quelle que soit la catégorie de permis. À cela se rajoute 2 heures spécifiques pour le permis B pour aborder des thèmes tels que l’écoconduite, la sécurité routière, la perception des dangers, les technologies des véhicules, etc.
L’Autriche va plus loin en imposant 20 heures théoriques de base, auxquelles s’ajoutent 12 cours de 50 minutes spécifiques au permis B. Au programme : réglementation, comportement du conducteur, sécurité routière, etc.
La Belgique exige le suivi de 12 heures de cours théoriques dans une école de conduite. Par ailleurs, si à l’examen théorique, le candidat échoue deux fois, il doit obligatoirement repasser par la case auto-école pour suivre à nouveau les cours théoriques obligatoires.
L’Italie, ne prévoit pour sa part, aucune obligation d’aller dans une école de conduite pour suivre une formation théorique. Les thèmes qui sont abordés lors de l’examen théorique sont publiés par le ministère des Transports et sont donc accessibles à tout futur candidat à l’épreuve théorique.
Au Portugal, une formation théorique est obligatoire. Elle se compose de 7 heures de sécurité routière, 16 heures de théorie de la conduite, de 4 heures de formation spécifique (uniquement pour la catégorie A) et de 5 heures de modules théoriques-pratiques.
En Suède, il n’y a pas un nombre d’heures de cours minimum obligatoire à suivre en auto-école mais les élèves suivent dès leur plus jeune âge une sensibilisation à la sécurité routière dispensée par les écoles de conduite ou par un enseignant privé agréé. Les thèmes abordés sont multiples : Code de la route, sécurité routière, facteurs de risques individuels, connaissance du véhicule, questions environnementales, etc.
La Roumanie prévoit 24 heures de formation théorique obligatoires suivies au sein d’une école de conduite. Sur ces 24 heures, 14 portent sur la législation générale et la circulation, 2 sur la législation spécifique, 4 sur la conduite sûre et écologique, 2 sur l’entretien du véhicule et 2 sur les premiers secours.
En Grèce, tout apprenti-conducteur doit suivre 20 heures de formation générique dans une auto-école. Les futurs motards doivent assister à 10 heures supplémentaires de formation théorique portant sur le deux-roues. Enfin, une heure est consacrée à la pratique de l’examen sur ordinateur. Un manuel officiel ressence les 21 thèmes évalués lors de la formation théorique, à savoir le Code de la route, la sécurité routière et les facteurs de risques, pour n’en citer que quelques-uns.
2/ Rendre la formation post-permis de 7 heures obligatoire
En plus de rendre obligatoires des heures de cours théoriques collectifs, le président de Mobilians-ESR suggère au gouvernement français d’aller plus loin en termes de formation post-permis, en rendant obligatoires ces 7 heures de retour à l’auto-école entre 6 et 12 mois après l’obtention du permis de conduire. Selon Patrice Bessone, cette formation pourrait se faire avec les rendez-vous pédagogiques prévus dans le cadre du cursus de la conduite accompagnée, « afin de garantir une plus grande mixité et un plus grand partage d’expérience entre conducteurs ».
➢ Comment ça se passe dans les autres pays européens ?
Ce type de retour à l’auto-école quelques mois après l’obtention du permis de conduire est peu répandu dans les pays européens. L’Autriche a mis en place un tel système qui consiste à devoir suivre obligatoirement une deuxième phase de cours de conduite dans l’année qui suit l’obtention du permis de conduire. Selon l’État autrichien, cette piqûre de rappel a donné d’excellent résultats en matière de prévention de la mortalité routière chez les conducteurs novices. La France s’est fortement inspirée de l’exemple autrichien pour la mise en place, en 2019, de la formation post-permis de 7 heures. Mais dans un souci de ne pas augmenter le coût de la formation au permis de conduire, le gouvernement d’alors n’a pas voulu la rendre obligatoire. Il s’est contenté de proposer la réduction de la période probatoire (deux ans au lieu de trois pour les formations traditionnelles et un an et demi au lieu de 2 ans pour ceux ayant bénéficié de la conduite accompagnée, sous réserve de ne pas avoir commis d’infraction entraînant la perte de points sur son permis). L’État espérait que cette « carotte » inciterait les jeunes à suivre cette formation post-permis. Malheureusement, force est de constater que cette incitation n’est pas assez attractive. Ainsi, la formation post-permis de 7 heures n’a pour le moment pas rencontré son public. S. A.