À Saint-Brieuc, Chrystel Bec, gérante de l’auto-école Évolution conduite, reforme systématiquement les enseignants de la conduite qu’elle recrute car elle considère que leur formation initiale est insuffisante.
Chrystel Bec n’avait jamais songé devenir enseignante de la conduite. Après avoir fait « 36 000 métiers », le dernier en date étant marin-pêcheur, elle a découvert ce métier à la suite d’un bilan de compétences. « Dans ce métier, l’humain est au centre de tout. La transmission d’un savoir, l’accompagnement d’une personne provoque chez moi de fortes émotions », affirme-t-elle. Une révélation qui s’est imposée lors d’une leçon de conduite en tant qu’observatrice.
Elle prépare alors le Bepecaser, qu’elle obtient après deux tentatives. « Lors de la première session, sur dix-neuf élèves, un seul a réussi. Suite à cette formation, je ne me sentais pas capable d’enseigner. » Elle change de centre de formation, obtient son diplôme en 2003 et devient salariée. Mais les méthodes d’enseignement, imposées par ses responsables successifs, ne lui convenaient pas. « Je savais que nous pouvions faire mieux, plus rapidement et au même tarif », se souvient-elle. En 2018, elle décide donc de s’installer à son compte à Saint-Brieuc, pour appliquer ses propres méthodes d’enseignement.
S’adapter à l’élève
Celles-ci reposent sur la psychologie individuelle. « Nous ne sommes pas seulement des enseignants pour les élèves : nous sommes aussi psychologue, père, frère, mère. L’enseignant doit observer, cerner ce que ressent l’élève pour l’accompagner au mieux et discerner ce qui ne va pas pour le rassurer. » Pas question pour autant de détailler sa pédagogie qu’elle résume ainsi : « Nous amenons les élèves à comprendre leur point de fragilité pour les anticiper. » Une méthode qui nécessite de bonnes conditions de travail pour les enseignants. « Ils ne doivent pas travailler à la chaîne, mais prendre le temps de comprendre les élèves pour s’adapter à eux. » Et c’est là que le bât blesse. Selon elle, leur niveau de formation est « extrêmement bas ». Elle affirme même « que les enseignants de la conduite ne sont pas bien formés ».
Mieux former les enseignants
Lors des recrutements, elle reconnaît « trier les candidats sur le volet » en fonction de deux critères : leur humanité et leur professionnalisme dans le savoir-être et l’enseignement. Mais même s’ils sont dotés de ces qualités, Chrystel Bec les reforme systématiquement. « Ceux qui sortent de formation ont passé leur temps à travailler la première étape et ils ne sont même pas capables de l’enseigner », déplore-t-elle. « Certains ne savent pas organiser un rendez-vous pédagogique en salle, alors que c’est la base. Ils ne savent pas non plus sensibiliser à l’adoption de comportements sûrs et respectueux de l’environnement. » Même constat pour les simulateurs de conduite. L’école en possède cinq. « La majorité des moniteurs ne savent pas utiliser ces outils. » Sur ce point aussi, elle forme ses salariés. Les élèves passent 3 ou 4 heures sur simulateur en début de formation. « Mais ils ne sont jamais seuls. Il y a toujours un enseignant pour au maximum 2 élèves. » Ces outils sont aussi utilisés pour travailler des modules spécifiques tels que la conduite sous la pluie ou de nuit, ainsi que la prévention des risques.
Développer des prestations annexes rémunératrices
Autre critique : « Les enseignants sont incapables de démarcher les entreprises pour développer des prestations annexes au permis qui apportent un complément d’activité. Les entreprises ont l’obligation de former leurs salariés à la sécurité routière », rappelle-t-elle. « Or, cet énorme marché échappe aux auto-écoles. Nous sommes souvent spoliés par les préfectures qui dispensent ces formations gratuitement. » Idem pour les attestations scolaires de sécurité routière. « Nous sommes les mieux formées pour dispenser ces formations car c’est notre cœur de métier ! » Chrystel Bec reconnaît que les gérants sont souvent happés par la gestion quotidienne de leur entreprise et n’ont pas le temps de développer ces activités annexes. Dommage car « elles permettent vraiment de mettre du beurre dans les épinards », affirme-t-elle. Dans cet esprit, elle va former des ingénieurs qui conçoivent des systèmes de reconnaissance des panneaux de signalisation intégrés dans les systèmes embarqués des voitures. La gérante s’implique aussi dans les instances locales. Notamment dans les commissions départementales inhérentes au document général d’orientation (DGO) qui définit les actions en matière de sécurité routière. « Ce n’est pas normal que les auto-écoles ne participent pas à ces réunions aux côtés des services municipaux, des policiers, des gendarmes, des tribunaux, des associations. Nous devons reprendre notre place ! »