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work Gestion & management — Mars 2023

Semaine de 4 jours : nouvelle tendance d’organisation du travail

Depuis la crise du Covid-19 et la prise de conscience que l’activité professionnelle peut s’exercer différemment, la semaine de quatre jours suscite un certain engouement. Les auto-écoles ont-elles intérêt à s’intéresser à ce mode d’organisation du travail ?


Alors que le Code du travail n’a jamais interdit d’exécuter la semaine de travail de 35 heures sur 4 jours, très peu d’entreprises françaises ont choisi cette organisation qui se pratique depuis plusieurs années dans les sociétés comme Microsoft ou Google. En France, il aura fallu la crise du Covid-19 pour que les entreprises intègrent plus sérieusement que les salariés sont davantage épanouis au travail lorsqu’ils disposent de temps personnel. Les études menées récemment confirment cette envie d’équilibre optimisé entre vie professionnelle et vie privée. Aujourd’hui, 64 % des collaborateurs français indiquent souhaiter réduire leur semaine de travail contre des journées de travail plus longues alors qu’ils étaient seulement 21 % à envisager cette option en 2020 (études Wordforce View d’ADP de 2020 et 2022). Autrement dit, les travailleurs français semblent désormais murs pour travailler 4 jours et être au repos 3 jours sur 7. Certaines entreprises ont sauté le pas. Début février, c’est Gabriel Attal, ministre de l'Action et des Comptes publics, qui a annoncé que le dispositif allait être testé dans la fonction publique, pendant un an par les agents de l’URSSAF de Picardie. Mais ceci est-il transposable au personnel des auto-écoles ? Vérifions cela.


Pas d’obstacles sur le plan juridique
En matière d’organisation du travail sur la semaine, le Code du travail fixe les limites suivantes : ne pas dépasser 6 jours de travail dans la semaine, 10 h par jour, 35 h par semaine et disposer d’un repos hebdomadaire en principe le dimanche. En accord avec ce dispositif, la plupart des entreprises font travailler leurs salariés 7 heures par jour sur 5 jours, du lundi au vendredi. Mais, cette organisation n’est pas dictée par le Code du travail lequel permet d’autres solutions comme le fait de condenser l’exécution des 35 heures de travail hebdomadaire sur 4 jours. Dans ce cas, les salariés travaillent 8 h 45 par jour et bénéficient de 3 jours de repos dans la semaine. Les limites du Code du travail sont alors parfaitement respectées. Le salarié ne travaille pas plus de 35 h/semaine, ni plus de 10 h/jour. Cette modalité d’emploi est parfois exclue par certaines conventions collectives imposant une répartition particulière de la durée du travail sur les jours de la semaine (sur 5 jours obligatoirement par exemple). Or, tel n’est pas le cas de la branche des services de l’automobile qui impose uniquement que, sur l’année, la durée moyenne du travail soit de 35h/semaine.


Une disposition dans l’air du temps
Il est donc parfaitement possible à ­l’auto-école de proposer à ses salariés de travailler 4 jours et de bénéficier d’une journée off supplémentaire dans la semaine. Il est à noter que cette organisation de travail permet d’offrir, aux enseignants de la conduite notamment, l’équivalent de ce que représente la généralisation actuelle du télétravail. Ainsi comme ces salariés autorisés à travailler depuis leur domicile, les enseignants acceptant de condenser leur semaine de travail vont bénéficier de davantage de temps pour leur vie personnelle et familiale. En offrant des journées off permettant la prise de week-ends allongés ou un repos consacré aux enfants le mercredi, l’auto-école octroie un avantage particulier intéressant pour elle aussi. Les études montrent en effet que ce système d’emploi génère une meilleure productivité, moins d’absentéisme, une attractivité utile à l’embauche de nouveaux collaborateurs et à la fidélisation des salariés en poste.


En pratique, agir avec méthode et prudence
Mais il ne faut pas oublier que le métier d’enseignant de la conduite implique concentration et vigilance tout le long de la journée de travail. Il faut intégrer le risque de fatigue et de lassitude que peut impliquer la délivrance de cours de conduite plus de 8 h par jour. Aussi, pour éviter que le projet de la semaine de 4 jours qui est censé apporter un mieux-être au travail ne manque son objectif, mieux vaut prendre quelques précautions. En premier lieu, il paraît légitime de vérifier l’intérêt des salariés pour cette organisation de travail et ce, en les interrogeant précisément pour savoir s’ils sont disposés à travailler chaque jour plus en contrepartie d’un repos supplémentaire dans la semaine. Si la réponse est positive, il sera alors nécessaire d’organiser les plannings des collaborateurs de sorte que ceux-ci bénéficient à tour de rôle de week-end allongés ou, à leur préférence, d’une journée off fixe dans la semaine. Puis, pour éviter une lassitude lors des journées de travail, il est recommandé de diversifier les tâches exécutées dans la même journée. De même, pour palier le fait que les collaborateurs seront moins présents au travail, il faut veiller à leur polyvalence. Il devient indispensable que chaque enseignant soit capable d’assurer un relai efficace auprès d’un élève habituellement formé par son collègue. Enfin, dans la mesure où est en jeu un nouveau rythme de travail, l’employeur qui est tenu de veiller à la santé des salariés au travail, a intérêt à commencer par proposer cette organisation de travail pendant une période test à évaluer à terme et ce, avant une mise en place durable.


Véronique Viot,
Avocate au Barreau de Paris


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