Les équipementiers spécialisés ont développé de multiples systèmes d’aides à la conduite adaptés aux différents types de handicap, ce qui permet à de plus en plus de personnes à mobilité réduite de conduire en toute autonomie.
Les équipements adaptés à la conduite pour les personnes en situation de handicap les plus commercialisés, sont des dispositifs d’accélération et de freinage qui revêtent plusieurs formes : manettes situées derrière le volant ou cercles posés sur le volant, frein principal à main fixé à droite du volant, combinés accélérateur frein (poignée tournante) ou encore inversion des pédales. Ces équipements peuvent être complétés par une boule au volant à droite ou à gauche et des commandes électriques au niveau du volant pour les feux, les clignotants et les essuie-glaces, afin de faciliter la tenue du volant. Enfin, certains handicaps nécessitent un système d’aide au transfert pour accéder au poste de conduite (type planche de transfert). « En France, la majorité des demandes émanent de personnes hémiplégiques ou paraplégiques qui ont besoin d’une partie ou de l’ensemble de ces équipements », indique Véronique Cailletons, conseillère en Handiconduite chez Sojadis, fabricant français implanté à Jallais, dans le Maine-et-Loire. Les autres requêtes viennent de personnes qui nécessitent des équipements plus spécifiques selon leur niveau de handicap et leurs capacités physiques et cognitives. Un accompagnement avec une équipe médicale pluridisciplinaire (ergothérapeute, médecin, kinésithérapeute, etc.) est alors nécessaire pour réaliser un véhicule adapté à leur capacité de conduite.
Des équipementiers agréés par les constructeurs
Plusieurs équipementiers, agréés par la majorité des constructeurs automobiles, se partagent le marché. Drive Matic Legrand, implanté à Sèvres dans les Hauts-de-Seine, existe depuis 60 ans. « La fabrication d’équipements de conduite pour les personnes en situation de handicap représente environ 20 % de notre activité, dont une partie est commandée par les auto-écoles, confie Eric Legrand, le directeur. Une gamme de produits qui répond à quasiment tous les besoins des personnes souffrant d’un handicap aux membres. « Nous ne vendons que ce que nous fabriquons et assurons nous-mêmes le suivi et l’entretien de nos produits, afin de garantir une qualité optimale. » Comme ses concurrents, l’entreprise dispose d’un bureau d’études pour concevoir les équipements. Ses produits phares, « les plus commercialisés », sont des accélérateurs électroniques par cercle et la télécommande à infra-rouge.
Des dispositifs réversibles
En Rhône-Alpes, le groupe Pimas, fondé il y a 45 ans et installé à Vaulx-en-Velin, à côté de Lyon, réalise 60 % de son chiffre d’affaires dans l’aménagement de véhicules pour les personnes à mobilité réduite. Un quart de ses clients sont des auto-écoles, parmi lesquelles figure le réseau ECF. « Nous équipons la quasi-totalité de leurs véhicules destinés à l’handiconduite, ce qui représente environ une quinzaine de voitures par an », explique Pascal Masapollo, le Dg du groupe qui s’appuie sur un réseau de 60 installateurs en France. « Les équipements que nous fournissons sont assez complets pour répondre à un grand nombre de handicaps. En sachant que des auto-écoles peuvent très bien ne s’équiper que d’une partie de nos produits. » Pimas dispose d’un bureau d’études afin de couvrir « 99,9 % du parc automobile ». Les ingénieurs sont notamment chargés de s’assurer de la compatibilité électronique de ses produits avec les véhicules. « Les architectures électroniques automobiles sont désormais multiplexées. Nous devons donc décoder les informations pour les ré-encoder dans un dispositif annexe adapté. Les constructeurs nous demandent de respecter l’intégrité des véhicules. À cet effet, nous avons dû développer des systèmes de montage réversibles « plug & play », non intrusifs et homologués par les constructeurs. » Cet impératif imposé aux équipementiers vise à faciliter la recherche de panne et déterminer si celle-ci provient du véhicule ou de l’équipement. « L’électronique offre une sensibilité que la mécanique n’a pas et une très grande souplesse notamment de l’accélération. C’est un réel confort de conduite. Par ailleurs, les équipements fonctionnent via une technologie radio, sans fil, devenue très fiable avec le temps, et non intrusive dans le véhicule », poursuit Pascal Masapollo.
Sécurité additionnelle
L’irruption de la technologie a également contribué à renforcer la sécurité. Pimas a doté ses produits d’aide à la conduite (télécommande, inversion de pédale électronique, etc.) d’un dispositif de sûreté de fonctionnement répondant à la norme automobile ISO26262. L’intérêt : en cas de bug du système de commande, la mise en marche de certaines fonctionnalités comme les balais d’essuie-glace et les feux est automatique. « Autre dispositif : si la voiture s’arrête à cause d’une panne, notre système permet de rouler à 25 km/h pour que le conducteur se gare. C’est de la sécurité additionnelle », précise Pascal Masapollo. L’entreprise a également conçu un dispositif qui désactive automatiquement l’accélérateur de l’élève quand le moniteur freine. Sojadis a également développé et breveté un système qui donne toujours la priorité à l’enseignant. « L’enseignant garde le contrôle, ce qui rassure l’élève car, l’apprentissage des aides à la conduite lors d’une régularisation de permis de conduire, est pour élève un changement de conduite et un réapprentissage de l’accélérateur et du frein », indique Véronique Cailleton.
Des équipements peu intrusifs
De son côté, Sojadis a conçu une gamme de produits non intrusifs. « Nous souhaitons garder le tableau de bord le plus simple et le plus neutre possible car ainsi, les personnes en situation de handicap se sentent comme tout un chacun », explique Véronique Cailleton. Dans cet objectif, le groupe Pimas se fait accompagner par un cabinet spécialisé dans le design par l’usage. « Lorsque nous concevons un nouveau produit, nous faisons appel à cette société qui est orientée vers les utilisateurs », précise Pascal Masapollo. Globalement, les équipementiers travaillent en liaison avec les ergothérapeutes pour concevoir les produits et s’assurer qu’ils sont bien adaptés aux différents handicaps. Véronique Cailleton affirme que « les solutions d’aide à la conduite de Sojadis répondent à 95 % des demandes. Pour celles qui sont plus spécifiques, nous travaillons avec des professionnels de santé qui ont une connaissance des pathologies et des capacités de la personne. » L’équipementier de Maine-et-Loire a récemment développé une pédale compatible avec tous les véhicules électriques et hybrides. « Notre système communique avec les différents langages de la voiture. Ce qui permet d’équiper toutes les marques dont BMW, Audi et même Mini. » Le groupe vient également de revisiter sa gamme de combinés. « Depuis un an nous proposons un produit « trois en un » : il s’agit d’un accélérateur couplé au frein et aux commandes électriques sous la forme d’une poignée (comme sur une moto) ou d’un poussoir pour accélérer avec l’index », précise Véronique Cailleton. Pour accompagner les auto-écoles qui souhaitent se diversifier dans l’handiconduite, Sojadis leur propose également de réaliser une étude de marché. « Nous recensons les différents centres de rééducation fonctionnelle proche de l’école de conduite afin de déterminer les perspectives de développement et définir au mieux les équipements qui seront nécessaires. » Enfin, l’équipementier forme les enseignants sur l’accueil et les pathologies via une formation sur deux jours, validé par Qualiopi.