Mobilians-ESR, l’UNIC et l’UNIDEC cautionnent les écoles de conduite de proximité qui majorent – dans des proportions raisonnables – le prix des formations financées par le CPF au regard de la charge administrative supplémentaire liée à ce dispositif.
Dans un dossier publié en décembre 2022, le magazine 60 millions de consommateurs a pointé du doigt des écoles de conduite qui majorent fortement le prix des formations financées dans le cadre du CPF. « Ce magazine met toutes les auto-écoles dans le même panier en comparant des éléments qui ne le sont pas », s’insurge Sandra Carasco. Selon la présidente de l’UNIC, ce type d’enquête « vise uniquement à créer le buzz pour vendre du papier. Elles sont rédigées par des journalistes qui ne savent pas de quoi ils parlent et qui ne travaillent pas leur sujet en profondeur. » Si Sandra Carasco reconnaît qu’il peut y avoir des abus « dont l’UNIC n’est pas solidaire », elle estime qu’il « n’y a rien d’offensant à facturer le surcroît de travail administratif et comptable lié à ce dispositif de financement. » Celui-ci nécessite, en effet, un accompagnement des élèves. Il faut les aider à créer leur identité numérique, constituer le dossier sur la plateforme EDOF, leur expliquer comment débloquer les fonds. Au sein des écoles de conduite, ce type de financement nécessite des procédures de suivi et de délivrance de documents auxquelles s’ajoutent des opérations comptables supplémentaires. Par conséquent, Bruno Garancher, président de l’UNIDEC, affirme « ne pas être choqué par une différence tarifaire entre un client lambda et un client dont la formation est financée par le CPF. » Au demeurant, il indique que ce travail supplémentaire ne « justifie pas des augmentations de tarifs de l’ordre de 20 % à 40 % ». Il estime entre 2 et 3 heures, le travail supplémentaire lié au dispositif.
Le problème de l’avance de trésorerie
S’ajoute aussi une autre problématique : l’avance de trésorerie. Dans le cadre du CPF, les écoles de conduite sont rémunérées une fois la formation achevée. Ce qui signifie qu’elles doivent avancer les frais inhérents aux salaires, au carburant, aux coûts de la voiture, etc. Ce qui est différent dans le cadre des formations « classiques ». Dans ces parcours, les élèves paient les leçons à l’unité ou versent un acompte lorsqu’ils achètent un pack. « Dans le cadre du CPF, les écoles de conduite travaillent sans être payées puisque la formation n’est facturée qu’à son issue. Aussi, une augmentation de 100 à 150 euros du prix de ces formations ne me paraît ni démesurée, ni anormale », indique Bruno Garancher. Par contre, le président de l’UNIDEC conseille à ses adhérents de jouer la carte de la transparence en justifiant les surcoûts facturés.
Les prix sont libres
Mobilians-ESR constate également que le dispositif de financement via le CPF nécessite des prestations supplémentaires, ce qui justifie des hausses de tarifs. « Mais doubler le prix des formations relève de l’escroquerie », affirme Lorenzo Lefebvre, vice-président de l’organisation professionnelle. Lequel ne manque pas non plus de rappeler que « dans notre secteur d’activité les prix sont libres. Par conséquent, chacun fait comme il veut ». Selon Patrice Bessone, le président de Mobilians-ESR, « les différentiels tarifaires de l’ordre de + 30 % sont pratiqués par les auto-écoles en ligne. Elles ont des prix d’appel très bas pour attirer le chaland et se rattrapent sur le CPF ».
Vers un encadrement des prix ?
Suite à la parution du dossier de 60 millions de consommateurs, le sénateur de l’Eure, Hervé Maurey, a adressé au gouvernement une question écrite. Dans ce document publié aux Journal Officiel du Sénat le 29 décembre dernier, il souhaite savoir si l’État est en mesure de quantifier cette pratique de surfacturation et s’il compte l’encadrer. Une démarche qui fait « bondir » Sandra Carasco. « C’est pratique de faire passer les écoles de conduite pour des entreprises malhonnêtes », s’énerve-t-elle. « Que va-t-il se passer si l’état décide de plafonner le prix des formations CPF ? Allons-nous devoir travailler à perte ? ». Un scénario qu’elle n’envisage pas. Si un tel encadrement venait à être imposé aux écoles de conduite, elle affirme qu’elle cesserait de proposer ce type de financement. « Si les formations CPF étaient si lucratives, toutes les écoles de conduite les auraient mises en place. Or, ce n’est pas le cas », affirme-t-elle. Mobilians-ESR est plus nuancé quant à l’initiative d’Hervé Maurey. Il n’empêche que Patrice Bessone, s’interroge : « Comment l’État va pouvoir légalement instaurer un tel encadrement ? ». Pour sa part, Lorenzo Lefebvre dit ne pas craindre une telle procédure. « La majorité des écoles de conduite de proximité sont vertueuses et transparentes. Les plus grosses arnaques au CPF ne sont pas liées au financement du permis », affirme-t-il. De son côté, Bruno Garancher se dit « méfiant » quant à un éventuel encadrement. « En revanche, je trouve légitime que l’État soit soucieux de l’emploi des finances publiques. » À cet effet, il propose au gouvernement d’associer les organisations professionnelles pour quantifier ces abus. « Nous sommes aussi à la disposition de la Caisse des dépôts pour estimer les surcoûts liés au dispositif de financement des formations via le CPF ».
Christine Cabiron