À Lille où la concurrence entre les auto-écoles est assez musclée, les plus dynamiques d’entre elles cherchent à se différencier. Leur approche du métier est parfois différente, mais l’objectif reste le même : offrir un enseignement de qualité pour former des conducteurs responsables.
Lille, dixième ville française avec près de 240 000 habitants, est le cœur de la MEL, la Métropole européenne de Lille, qui, avec une population de 1 200 000 habitants, est la 4ème aire métropolitaine française. Principales caractéristiques : compter 110 000 étudiants et être ainsi le premier pôle « étudiants » de France et, en même temps, l’une des métropoles les plus attractives pour les investisseurs étrangers. Cela s’explique par sa position géographique : la MEL est à un carrefour européen important puisque Paris, Londres et Bruxelles ou Amsterdam sont accessibles en moins de deux heures par des trains à grande vitesse. La métropole lilloise qui rayonne aussi sur la région Nord-Pas-de-Calais, a fait de l’innovation et de la mobilité ses priorités et 70 entreprises de la grande distribution dont elle est le berceau et de l’agro-alimentaire l’ont choisie pour y établir leur siège social. La MEL, capitale européenne de l’e-commerce, est encore le 3ème pôle santé français ce qui explique également son image très positive tant sur le plan national qu’international.
Être au plus proche des jeunes
« Nous avons la chance de vivre dans une ville qui est toujours en mouvement », confirme Sophie Khodr qui, dès qu’elle a obtenu son Bepecaser en 2011, s’est installée à Lille-Moulins, l’un des quartiers « montants » de la préfecture du Nord. Ce quartier en effet, a connu une profonde transformation depuis une trentaine d’années. L’habitat social représente pratiquement la moitié des logements dont beaucoup sont de construction très récente. « Pour nous distinguer, nous devons être au plus proche des jeunes qui viennent nous voir, confie Sophie Khodr. Oui, nous faisons, pour au moins une partie d’entre eux, du social et c’est pourquoi, même si j’ai tardé, j’ai finalement décidé d’être labellisée prochainement. » SK Conduite a la réputation d’être une auto-école de pointe non pas tant dans les techniques d’enseignement que dans les résultats puisqu’elle enregistre les meilleurs taux de réussite de l’agglomération lilloise. « Notre secret ? s’amuse Sophie Khodr : des collaborateurs, Farida au secrétariat, et trois enseignants, Jean-Luc, Olivier et Élodie, qui travaillent en parfaite harmonie, une équipe soudée qui produit ses meilleurs efforts pour que les élèves soient prêts lors du passage de l’examen pratique. Il en va de notre responsabilité d’enseignants de la conduite et de la sécurité routière, notre responsabilité vis-à-vis des inspecteurs, mais plus généralement vis-à-vis de la société puisqu’une fois leur permis en poche, nos élèves vont prendre la route. »
Fiabilité et qualité, un gage de pérennité
Quand elle regarde l’avenir, Sophie Khodr n’est pas inquiète. « La fiabilité et la qualité de notre auto-école sont un gage de pérennité, affirme-t-elle avec un large sourire. De toutes les façons, je suis toujours très positive et les difficultés rencontrées ne sont, pour moi, que des occasions de réfléchir sur mon métier et mes modes de fonctionnement. On peut prendre comme exemple la dernière pénurie de carburants. Nous avons été obligés de déprogrammer des leçons, ce qui a largement désorganisé nos plannings, mais cela m’a aussi permis de réfléchir sur le prochain renouvellement de nos véhicules. Nous avons déjà fait le choix d’une hybride pour permettre à nos élèves de passer leur permis sur boîte automatique et nous nous interrogeons sur l’électrique en attendant les bornes de recharge qui, autour de l’auto-école, n’existent pas encore. J’espère que les pouvoirs publics qui nous incitent à faire notre transition énergétique, et les autorités locales n’oublieront personne et surtout pas nous, les auto-écoles de proximité ! ».
Ne plus dépendre d’un employeur
Julie Lepez ne semble pas se poser autant de questions aujourd’hui. À l’écouter, on comprend quand même qu’elle sait qu’elle devra, tôt ou tard, changer, en partie au moins, de « modèle ». Pour l’instant, elle « vit sa vie » et exerce seule après avoir travaillé dans plusieurs auto-écoles une fois son Bepecaser passé. « Je ne voulais pas ouvrir ma propre entreprise - dans ma tête, c’était un peu vieux jeu -, je ne voulais pas devenir enseignante de la conduite, je voulais plutôt former les enseignants, raconte-t-elle. Hélas, je n’ai pas eu le financement escompté et puis, « s’expatrier » à Nevers quand on a des enfants à la maison, ce n’est pas évident. » Elle abandonne l’idée, mais très vite, son statut de salariée ne lui convient plus. Elle veut plus de liberté, elle veut voir grandir ses enfants, pouvoir passer plus de temps avec eux et ne plus avoir à appeler son employeur quand il faut les garder à la maison parce qu’ils sont malades. Aidée par son compagnon qui avait créé son entreprise dans un autre domaine, elle se décide à « passer à l’acte ».
Miser sur la formation accélérée
Pour se démarquer, elle s’installe dans un local très grand et très épuré dans le Vieux-Lille, le quartier nord de la ville qui a connu, dans les années 1980, un embourgeoisement des plus rapides. Sa première voiture est une Coccinelle que l’on reconnaît facilement dans les rues de la métropole. « Je voulais moderniser l’image de l’auto-école, dit-elle, mais les débuts, à l’été 2013, n’ont pas été faciles. L’agrément tarde à venir, les charges commencent à courir, le téléphone sonne peu et quand il sonne, une question revient : « Faites-vous de la formation accélérée ? ». L’idée m’a trotté dans la tête et finalement, je me suis résolue à ne plus faire que cela ou presque. » Julie Lepez dont le site Internet est un modèle du genre avec son fort (im)pertinent « blog du coach », a mis au point un programme qui plaît et qui se révèle efficace : code et conduite sont compactés, elle enseigne la théorie et la pratique en même temps, les leçons durent 45 minutes et généralement, ses élèves passent leur permis en six semaines maximum. « Ma clientèle est faite d’adultes et de jeunes adultes, étudiants ou salariés, explique-t-elle. Le contrat entre eux et moi est clair : ils doivent travailler et progresser.
Intégrer la méthode de coaching dans la pédagogie
J’ai adopté la « conduite commentée » qui oblige les élèves à se concentrer sur ce qu’ils font au moment où ils le font. C’est une approche en adéquation avec l’enseignement de la conduite et de la sécurité routière tel que je le conçois parce qu’elle leur permet d’évoluer vite et bien. Quand ils procrastinent, pour passer le Code notamment, je n’ai aucun scrupule à les pousser. » Et c’est là que le mot « coach » qui est le nom de l’auto-école « Coach auto » prend tout son sens… « L’ère du développement personnel que nous vivons, me convient bien, confie Julie Lepez. Cela correspond à ma façon d’exercer mon métier. Je crois en effet qu’il est essentiel d’aider nos élèves psychologiquement, leur apprendre à ne pas se mettre la pression - elle est déjà si forte le jour de l’examen pratique avec l’inspecteur à côté d’eux -, il faut en permanence les rassurer, leur donner les moyens d’avoir confiance en eux. C’est pour cela qu’ils viennent chez moi et qu’ils sont mes meilleurs ambassadeurs sur les réseaux sociaux puisque la très grande majorité d’entre eux aura son permis la première fois. » Julie Lepez pourrait sans doute embaucher un, voire deux collaborateurs. Elle s’y refuse. Cela ne l’empêche pas d’avoir, pour l’avenir, des projets ambitieux. « Il faut savoir s’adapter sans cesse et « faire avec… », avec le Code auquel on peut désormais se présenter sans être passé par une auto-école comme avec RdvPermis et plus globalement, toutes les tâches que l’administration nous a déléguées. Si l’on ne prend pas les choses comme elles viennent - c’est le choix que je fais -, la vie devient infernale et c’est peut-être encore plus vrai pour la vie professionnelle », conclut la jeune femme.
Sourire et bonne humeur : une marque de fabrique
Cette philosophie est sans aucun doute partagée par Mounir Trabelsi qui, au sein du CER Porte Douai, l’enseigne de ce groupement national à Lille, travaille en famille. Sa fille aînée, Sana, depuis 2015, et son épouse Madiha, depuis 2019, se relaient au secrétariat tandis que sa fille cadette, Hanna, qui a obtenu son Titre Pro ECSR en 2019, est, aux côtés d’Héloïse et de Karima, l’une des 5 enseignantes de l’auto-école. Ici, le sourire et la bonne humeur sont de rigueur. « C’est notre marque de fabrique », assure Mounir Trabelsi qui a réalisé tardivement, mais avec quel bonheur, un rêve qui date de 1983. Jeune ingénieur envoyé par le gouvernement en formation, il passe régulièrement devant le centre de formation des enseignants de la conduite à Lille. Un jour, il entre, se renseigne et se dit : « Ça c’est pour moi, c’est mon futur métier ». Pourtant, il finit ses études en électronique et se lance dans le commerce. L’aventure, plutôt réussie, va durer 30 ans ! À la suite de problèmes personnels, il décide de changer d’univers, vend la supérette qu’il a créée pour se lancer dans le transport de personnes. Conduire son VTC lui laisse du temps pour se former à l’enseignement de la conduite et il obtient son Bepecaser en 2012. Après trois années de salariat, il monte une première auto-école avant de reprendre, en 2019, le CER de la Porte de Douai.
« Appartenir à un groupement national est devenu pour moi une évidence, dit-il. Je me suis aperçu que notre métier était en train d’évoluer et que j’avais besoin de pouvoir tout à la fois parler de mes difficultés et acquérir des connaissances, ce que, j’en suis persuadé, je n’aurai pas pu faire seul. C’est un lien indispensable pour progresser et l’homme du sud que je suis, a trouvé là une vraie famille, un espace de partage et de communication. Je ne cacherai pas non plus que CER est une marque qui a une certaine réputation et qui inspire confiance : les clients y sont sensibles ».
Se labelliser : une nécessité
S’il a déjà obtenu la certification Qualiopi, CER Porte de Douai n’est pas encore labellisé, mais le dossier est en cours. « C’est une nécessité surtout pour une école comme la nôtre qui reçoit des étudiants, mais également beaucoup de salariés, assure Mounir Trabelsi. Nous allons pouvoir mieux prendre en charge ces derniers qui viennent - c’est une caractéristique de notre CER -, de partout dans le monde, d’Afrique comme d’Amérique du Sud, de Russie comme d’Afghanistan. Ils sont souvent non francophones, arrivent avec le Code passé au centre d’examen de Lezennes, le grand centre départemental de France, et parfois, lors des premières leçons, nous posons la question de savoir comment ils l’ont eu, mais ce n’est plus notre affaire même si cela nous oblige à tout revoir en voiture. La labellisation, c’est l’assurance de voir notre nombre d’élèves augmenter avec les possibilités offertes par les passerelles et surtout par le financement au travers du CPF. »
Choisir les véhicules les mieux adaptés
En chef d’entreprise avisé, Mounir Trabelsi s’intéresse à l’avenir. « Ma première préoccupation, ce sont nos véhicules. Je suis revenu au diesel pour les boîtes manuelles après avoir connu 3 mois de galère avec les versions essence. Des embrayages défectueux, pas de pièces de rechange et me voilà obligé de louer des véhicules en doubles commandes à Paris. Pour que nos élèves puissent passer leur permis sur « boîte automatique », j’ai fait le choix de la Clio e-tech hybride. J’ai cependant décidé qu’au prochain renouvellement, je les remplacerai par des Renault 100 % électrique. La mairie où les écologistes sont force de propositions, nous a promis de mettre des bornes de recharge à proximité de l’auto-école ». Mounir Trabelsi a pris une autre décision qui va changer sa pratique. « Au début de l’année prochaine, je vais recevoir un simulateur de conduite. C’est pour moi une excellente façon de développer mon entreprise, d’évoluer. Je sais déjà que je l’utiliserai essentiellement pour la partie de mes élèves qui ont plus de 25 ans et qui ne sont que peu familiarisés avec l’univers automobile. Nous prescrirons 10 heures, le maximum autorisé, à ceux dont l’évaluation aura permis d’estimer qu’il leur faudra au moins 30 heures de conduite pour passer leur permis avec des chances de réussite. » Ce qui ne dit pas Mounir Trabelsi, c’est qu’il fait grande confiance à la jeune génération. Il accueille au sein de son auto-école Fatiha en contrat de professionnalisation et compte se lancer dans les permis moto. Ce nouveau département de l’auto-école sera placé sous la responsabilité d’Hanna qui devrait, très bientôt, compléter son Titre Pro par le Certificat Complémentaire de Spécialisation (CCS). Mounir Trabelsi peut être certain qu’ainsi il pérennisera le CER Porte de Douai qu’il n’a cessé de « faire grandir » et pour lequel il se bat au quotidien depuis plus de 3 ans et au moins deux crises majeures qu’il a su surmonter, l’épidémie de SARS-CoV-2 et la pénurie de carburant.
Marc Horwitz