Les grèves dans les transports, le blocage de certaines raffineries et les multiples manifestations ont eu des répercussions sur l’activité économique du pays. Qu’en est-il pour les auto-écoles ?
Lancé le 5 décembre 2019 pour manifester contre le projet de réforme des retraites décidé par le gouvernement, le vaste mouvement national de contestation a fortement ralenti l’activité française.
Problèmes de transports
À Paris, avec seulement deux lignes de métro sur quatorze fonctionnant normalement et certaines lignes totalement fermées, ainsi que des RER roulant au compte-gouttes, se déplacer relevait du parcours du combattant. Résultat : « Nous avons eu des élèves qui n’arrivaient pas à venir et nous prévenaient dix minutes avant le rendez-vous », déclare Pascal Augé, directeur du CER Bobillot, situé dans le 13ème arrondissement de la capitale. « Nous avons essayé d’être le plus conciliant possible en leur proposant de les retrouver à un point de rendez-vous. Et, nous avons prêté un véhicule-école aux salariés qui habitent loin pour qu’ils puissent venir travailler. »
Même constat pour Xavier Chavignac, directeur du Centre de formation Icare Formation dans le 15ème arrondissement. « Sur une quinzaine d’élèves en formation professionnelle, on s’est retrouvé plusieurs fois avec seulement cinq ou six personnes en cours. Pour la formation théorique, nous avons envoyé des cours par mails. Mais pour la pratique, c’est plus compliqué. On est obligé de reporter les leçons. » Une situation qui n’a pas uniquement pénalisé les auto-écoles implantées dans Paris intra-muros. Dans le Val-de-Marne, à Vitry-sur-Seine, Christine Chauvet, déplore également un grand nombre d’annulations de leçons de la part des élèves. « Dans le meilleur des cas, certains demandaient à avoir des rendez-vous en fin de journée pour avoir le temps de venir en cours. Un casse-tête en termes de planning ! D’autant que dans la journée, je n’avais pas ou peu de leçons à confier à mes enseignants. Je les ai fait tourner au bureau pour leur donner tout de même du travail. Pour le moment, je n’envisage pas de licencier, mais il ne faudrait pas que les grèves de transports continuent trop longtemps. »
Embouteillages monstres
En parallèle des problèmes de transports, il a aussi souvent fallu composer avec les embouteillages plus importants que d’habitude. « Nous sommes situés près de la Place d’Italie, précise Pascal Augé. La plupart des cortèges des manifestations parisiennes se terminent Place d’Italie, ce qui provoque toujours des gros embouteillages. » Même problème à Bordeaux. « Nous n’avons pas eu véritablement de souci dus aux grèves de transports, mais les collègues installés dans le centre-ville ont été fortement gênés par les manifestations affirme Sandra Carasco. Et quelques élèves ont demandé à être remboursés car le véhicule-école avait été bloqué dans les embouteillages ! ».
Pénurie de carburant
Si la province a été nettement moins pénalisée que les Parisiens par les grèves de transports, certaines régions ont subi des pénuries de carburant dues au blocage de quelques raffinerie. C’est le cas en Bretagne. « Nous avons été impacté en décembre, raconte Marine Hallegot, qui gère une école de conduite à Lannion, dans les Côtes-d’Armor. Dès que nous avons eu l’information, nous avons pris nos dispositions pour anticiper cette pénurie en faisant le plein des véhicules et en limitant les déplacements trop éloignés. Et comme le blocage a duré moins d’une semaine, cela n’a pas été trop pénalisant. Mais d’autres collègues ont manqué de carburant. » Même constat pour Patrick Bessone, président du CNPA-ER et directeur d’un établissement à la Seyne-sur-Mer, dans le Var. « Dans la région, les problèmes d’approvisionnement en carburant ont duré une quinzaine de jours. Cela concernait surtout l’essence, pas trop le diesel. Je n’ai donc pas eu trop d’ennuis avec mes voitures. Par contre, il y a actuellement une forte activité en moto car les élèves veulent éviter de devoir passer les nouveaux examens. Du coup, j’ai dû réduire l’utilisation des motos pour éviter que les réservoirs ne se retrouvent à sec. »
Ralentissement des inscriptions
Toute la France n’a pas été concernée par ces désagréments comme en témoignent Patrick Crespo, président de CER et gérant d’un établissement à Cahors, dans le Lot ou Anthony Leroux, gérant d’une auto-école à Sautron, en Loire-Atltantique, qui n’ont pas du tout été impactés. Mais comme le souligne Patrick Bessone, « après la crise des gilets jaunes, ces mouvements de contestation créent un climat anxiogène qui n’est pas bon pour l’économie en général ». Ce qui se traduit notamment par un ralentissement des inscriptions dans les écoles de conduite. Aussi, le président du CNPA-ER a adressé une lettre au gouvernement pour que ce dernier fasse « un geste envers les auto-écoles comme il a pu le faire pour soutenir l’activité en baisse des buralistes ».