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campaign Syndicats — Juillet 2022

Philippe Colombani : « Je suis fier d’avoir créé un syndicat qui existe toujours »

La Tribune des Auto-Écoles : Vous avez créé l’UNIC en 2003. Quel bilan dressez-vous ?
Philippe Colombani : Je suis fier d’avoir créé un syndicat, de l’avoir tenu pendant dix-huit ans et maintenant de passer la main. Pour moi, c’est une vraie fierté car beaucoup de gens ont essayé de créer des syndicats qui n’ont pas duré longtemps. Nous n’étions que neuf personnes lors de la création et dix-huit ans plus tard, l’UNIC existe toujours. Par ailleurs, l’adhésion à la FNA en 2015 a apporté une aide au niveau administratif et surtout une plus grande représentativité.


La Tribune : Qu’est-ce qui fait la particularité de ce syndicat ?
P. C. : Je pense que l’UNIC a apporté une vision nouvelle et bousculé les habitudes. Cette nouvelle vision a parfois été dérangeante pour l’administration et certains syndicats, mais l’UNIC a permis de faire bouger les lignes et d’apporter des choses à la profession. Au niveau interne, la spécificité de l’UNIC réside dans l’esprit de camaraderie et l’écoute. Les adhérents ont leur mot à dire. Dans les congrès, les adhérents peuvent dire ouvertement ce qu’ils veulent aux représentants de l’administration. Alors, je sais que certains représentants de l’administration ont passé des moments un peu tendus, mais les critiques n’étaient pas personnelles, elles s’adressaient à l’administration. Il existe une ligne rouge à ne pas dépasser. J’ai pour principe que l’on peut s’attaquer aux idées, aux institutions et aux organisations, mais pas aux personnes.


La Tribune : Quelle est votre vision du poste de président d’un syndicat ?
P. C. : C’est d’être un réceptacle des doléances des adhérents et de porter leur parole auprès du gouvernement. Est-ce que j’ai bien porté les idées et les demandes des personnes qui m’ont donné mandat, je l’espère. Le rôle du président est également de penser l’avenir de la profession. C’est pourquoi je passe la main car je pense qu’il faut donner la place aux jeunes. C’est à eux d’imaginer l’avenir de la profession.


La Tribune : Avez-vous des regrets ?
P. C. : J’ai un regret, celui de n’avoir pas réussi à régler le problème des places d’examens. C’était mon combat prioritaire pour lequel d’ailleurs, j’ai créé l’UNIC. En 2006, j’avais rédigé Auto-école autrement, qui proposait une réforme en profondeur, avec notamment une privatisation des examens, tout en conservant les inspecteurs qui auraient été affectés à des missions de contrôles pour éviter les dérives que l’on connaît aujourd’hui avec la privatisation du Code. L’UNIC avait été reçue par les équipes de Nicolas Sarkozy et notre proposition a failli aboutir. Finalement, cela ne s’est pas fait. C’est dommage car si cela avait été mis en place, le secteur de la formation à la conduite serait sain et nous n’aurions pas été confrontés au problème des plateformes. Les plateformes ne s’attaquent qu’aux secteurs qui ne vont pas bien. Cela fait trente-cinq ans que l’on attend que l’État embauche plus d’inspecteurs pour régler définitivement le problème de manque de places d’examens. Il ne faut pas se leurrer, cela n’arrivera pas ! Le système actuel ne peut pas fonctionner car il manque du personnel. Il faudra bien un jour trouver une vraie solution pour permettre à la profession de travailler correctement.


La Tribune : Avez-vous des conseils à prodiguer à la nouvelle équipe de l’UNIC ?
P. C. : Non ! S’ils me demandent mon avis sur tel sujet, je leur donnerai évidemment bien volontiers. En revanche, je constate que la profession n’est plus la même qu’il y a dix-huit ans lors de la création de l’UNIC. On fait face à un individualisme extrême et il est de plus en plus difficile de fédérer la profession. On l’a vu lors des manifestations de 2019, de nombreux petits groupes se forment et disparaissent souvent aussitôt. Cela affaiblit les syndicats historiques. Il en existe déjà trois et c’est sain qu’il y ait de la pluralité dans les idées. Mais il faut aussi une certaine unité si l’on veut que la profession soit entendue par l’État. Toute la difficulté va être de fédérer des gens qui par nature, n’ont pas envie d’être fédérés.


La Tribune : Quels sont vos projets ?
P. C. : Je ne suis pas un homme pressé. J’ai décidé de prendre mon temps. Mais je sais que cette expérience acquise avec l’UNIC doit servir à quelque chose. Je ne vais certainement pas rester à ne rien faire ! 


Propos recueillis par Sandrine Ancel


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