Oliver Bennier, tout juste 50 ans, dirige la Fahrschule Karlsplatz, l’une des plus anciennes auto-écoles de Vienne, la capitale autrichienne. Il explique le parcours que suivent les élèves et comment sont formés les enseignants de la conduite. En attendant une harmonisation européenne de la formation à la conduite, on constatera que les « modèles » autrichiens et français présentent des similarités.
Vienne n’est pas seulement une destination touristique de toute première importance. C’est aussi une ville qui accueille plus de 200 entreprises internationales et des organisations internationales comme l’OPEP (l'Organisation des pays exportateurs de pétrole est une organisation intergouvernementale créée en 1960, qui a pour mission de contrôler les exploitations pétrolières sur le territoire des pays membres, ainsi que le prix du pétrole). La capitale fédérale autrichienne compte aussi une vingtaine d’universités, ce qui explique l’animation de son centre-ville. À deux pas du célèbre Wiener Opter, la Karlsplatz est l’une des places les plus importantes de la ville de Mozart et de Sissi. C’est un « hub » où se croisent de nombreuses lignes de métro, de bus et de tramways. Au 52, une enseigne lumineuse bien visible indique le siège de la Fahrschule Karlsplatz, l’auto-école Karlsplatz. Cette entreprise qui occupe le rez-de-chaussée d’un luxueux immeuble a été créée en 1938 par le grand-père et la grand-mère d’Oliver Bennier, avant d’être reprise par son père, puis transmise à Oliver Bennier, son actuel directeur. « Je ne suis pas peu fier d’être la troisième génération à diriger cette école depuis douze ans, assure Oliver Bennier avec un grand sourire. J’y ai fait mes premières armes, après avoir obtenu mon diplôme d’enseignant de la conduite en 1991. »
Un métier, mais deux diplômes
Pour être plus précis, il faudrait parler de diplômes au pluriel. Oliver Bennier est en effet titulaire du diplôme qui permet d’enseigner à la fois la pratique et la théorie alors qu’en Autriche, il existe aussi un diplôme qui donne seulement le droit d’enseigner la conduite. « Dans notre école de conduite, cinq de nos dix enseignants sont titulaires du double diplôme. Il est toujours possible d’évoluer et de passer le diplôme le plus complet », précise-t-il. Pour devenir enseignant de la conduite, il faut avoir l’équivalent du baccalauréat et au moins trois ans de permis de conduire sans infraction grave. La formation dure six mois. Puis, il faut effectuer un stage pratique durant au moins une année, à la suite de quoi il est possible d’ouvrir sa propre auto-école. « Aujourd’hui le marché est quelque peu saturé, estime Oliver Bennier. L’Autriche compte 350 auto-écoles pour un peu plus de 9 millions d’habitants. Et à Vienne, nous sommes 64 auto-écoles pour 15 000 élèves par an ».
Des formations et examens en autrichien et en anglais
Alors pour se différencier de la concurrence, l’auto-école Karlsplatz a misé sur l’anglais. « Nous sommes la seule école de la capitale à proposer des formations et la possibilité de passer les examens pour le permis auto (B) et le permis moto (A) en langue anglaise ». Un vrai plus. Il dispense également la formation sur boîte automatique à ceux qui le souhaitent. En revanche, Oliver Bennier a abandonné les formations professionnelles. Parce que la circulation dans la capitale autrichienne est devenue difficile, il estime que désormais, l’apprentissage de la conduite de véhicules industriels ou de bus doit se dérouler dans des structures spécialisées hors de la ville.
Un minimum de 32 leçons théorique et 18 cours de pratique
Le programme de formation à la conduite se compose de 32 leçons théoriques obligatoires qui comprennent des cours de premier secours. L’examen, qui se présente sous la forme de questions à choix multiples, se passe sur un ordinateur dans les locaux de l’auto-école. Pour la pratique, il faut compter 18 heures de conduite minimum (cours de 50 minutes) et expérimenter la conduite de nuit avant de se présenter à l’examen. « Nous organisons également des sessions de cours intensifs, 4 heures de conduite par jour pendant 8 jours », précise Oliver Bennier. Quant au simulateur de conduite, Oliver Bennier juge que « c’est un excellent outil d’apprentissage », mais il souligne que « cela ne compte pas dans les heures de conduite obligatoires pour passer son permis ».
Retour à l’apprentissage du Code en présentiel
Lorsque, début juillet, nous rencontrons Oliver Bennier dans ses bureaux, les auto-écoles ne sont pas encore tout à fait sorties de la période Covid. Pourtant, l’une des dernières restrictions vient de tomber. « Nous allons arrêter l’enseignement à distance du Code, explique le directeur de la Fahrschule Karlsplatz. Nous l’avions démarré en février 2021. Tous nos élèves doivent désormais obligatoirement passer par notre salle de cours. Les pouvoirs publics ne souhaitent pas que nous mettions en place un véritable système hybride. Je trouve cela bien dommage même si, naturellement, nos élèves peuvent toujours travailler seul entre deux cours grâce à notre programme de Code en ligne ».
Formation post-permis obligatoire
L’élève qui réussit l’examen pratique, se voit délivrer un permis provisoire. Il a alors 3 à 9 mois pour suivre deux cours de perfectionnement qui ont pour objectif d’évaluer son comportement au volant et de lui permettre de mieux maîtriser son véhicule. Pour obtenir son permis définitif, il doit, dans le même temps, participer à un groupe de discussion animé par un psychologue spécialisé en éducation et en sécurité routière. « Nous obtenons d’excellents résultats aux permis parce que nous mettons un point d’honneur à ce que nos élèves soient le mieux formés possible, explique encore Oliver Bennier. Nous sommes exigeants sur la qualité de l’enseignement et nous mettons à leur disposition des véhicules de dernières générations, des BMW Active Tourer 2 et une BMW électrique i3, ou encore les modèles deux-roues les plus récents de chez Kawasaki et Yamaha. Nous essayons aussi de pratiquer des tarifs compétitifs, à savoir 1 700 euros pour le permis B par exemple et 65 euros de l’heure de conduite supplémentaire pour permettre au maximum de jeunes de venir nous rejoindre ». La question qui se pose in fine est de savoir si les quelques particularités de la formation des conducteurs autrichiens peuvent faire la différence sur la route avec l’enseignement de la conduite et de la sécurité routière en France. Difficile de le dire au vu des chiffres 2019 de la Commission européenne (base Care — Community Road Accident —), à savoir 47 décès par million d’habitants pour l’Autriche, 50 pour la France et 51 en moyenne pour l’Union européenne. « J’appelle de mes vœux une harmonisation des réglementations et des formations dans toute l’Europe », conclut Oliver Bennier. Ne serait-ce pas légitime dans un espace communautaire qui ayant fait de la liberté de circuler l’une de ses valeurs fondamentales, a ouvert ses frontières — et ses routes — à tous les automobilistes ?
Marc Horwitz