De très nombreux professionnels, et de plus en plus de particuliers, ont équipé leur véhicule de systèmes de télématique embarquée. Les écoles de conduite y viennent petit à petit pour une gestion optimisée de leur flotte, mais aussi dans le cadre de la formation pour l’initiation à l’écoconduite ou à l’utilisation d’un GPS.
La télématique embarquée, c’est d’abord un petit boîtier installé directement dans les véhicules par le constructeur sur la chaîne de montage lors de la fabrication du véhicule ou, plus tard, en après-vente. Relié à un logiciel de gestion, ce boîtier enregistre et transmet, grâce à une carte SIM, un grand nombre d’informations concernant l’utilisation par les conducteurs des véhicules connectés. Ces informations sont accessibles à toutes les personnes autorisées sur leur ordinateur. Rapports, tableaux de bord, cartes, rien ne peut leur échapper. Encore faut-il analyser toutes ces informations, le plus souvent avec l’aide du concepteur du système, pour en tirer profit. Cela va bien plus loin que la simple géolocalisation du véhicule qui est souvent la première fonction d’un système télématique embarqué, la plus utilisée en tous les cas par les professionnels comme par les particuliers. La télématique permet en effet de gérer les véhicules que ce soit en termes de maintenance, de mesure de leurs consommations et de leurs émissions de CO2 ou encore de renforcement de la sécurité des conducteurs.
Des solutions aux multiples fonctionnalités
Les auto-écoles ont été pendant longtemps les grands oubliés des spécialistes de la télématique embarquée. Les grands acteurs du marché ne leur proposaient pas, jusqu’à récemment encore, de solutions adaptées. Il est vrai que ces outils, de plus en plus performants, sont généralement surdimensionnés. Ils ont pourtant leur utilité à condition d’être « apprivoisés » par les responsables des écoles de conduite et les enseignants. « Les données issues de notre outil de télématique Océan permettent une gestion des équipes des enseignants de la conduite, ainsi que du parc automobile, explique Barbara Tron, directrice marketing d’Ocean (ndlr : Orange Business Services). Les auto-écoles peuvent ainsi optimiser les trajets, le calendrier et les heures des formateurs, la réservation des véhicules et la gestion de leur flotte (consommations, suivi des entretiens, loi de roulage, etc.). Grâce à la géolocalisation des véhicules, par exemple, les responsables d’auto-école ont un suivi précis de l’activité de leurs véhicules et peuvent en contrôler leur usage, à la fois dans le cadre professionnel, mais aussi, si nécessaire, à titre privé. Ils sont en mesure d’identifier le nombre d’heures réalisées par les enseignants ».
Pour les élèves, les systèmes de télématique embarquée sont un gage supplémentaire de performance. Ils garantissent des parcours qui sont les plus proches des conditions de circulation, un apprentissage qui leur sera précieux lorsqu’ils auront obtenu leur permis. « Je crois qu’il faut aller encore plus loin, observe Barbara Tron. La fonction « suivi du parc » va permettre d’alerter de l’obligation de réaliser un entretien pour s’assurer de la bonne sécurité du véhicule ou encore de suivre le poste « consommation » en intégrant les dépenses liées aux prises de carburant avec une carte carburant. C’est enfin un outil qui permet de gagner en visibilité sur les kilomètres réalisés dans le cadre d’une bonne gestion de la loi de roulage ». Océan propose des options supplémentaires pour une plus grande efficacité au quotidien de l’usage des véhicules et la planification des heures de conduite. L’astucieux module « autopartage » se révèle presqu’indispensable quand une partie du parc est loué puisqu’il permet de visualiser le calendrier de réservation et d’identifier les véhicules disponibles et ceux qui ne le sont pas, ainsi que leur localisation. Masternaut (groupe Michelin) ou Webfleet Solutions (la nouvelle appellation de TomTom Telematics depuis son rachat par Bridgestone) avec notamment sa solution OptiDrive 360 qui « vise à améliorer en continu les performances de conduite » peut être, pour les enseignants de la conduite, une aide pour que leurs élèves adoptent, « un style de conduite plus écologique, plus sûr et plus efficace ». Mais force est de constater qu’ils ne sont pas vraiment présents sur le marché des auto-écoles. Pourtant, certains modèles des constructeurs automobiles comme Stellantis (né de la fusion entre PSA et Fiat-Chrysler), Renault ou Ford par exemple, sont dotés, en première monte, de ces systèmes très innovants. Ils intègrent, pour quelques-uns, des caméras embarquées dont les images peuvent être utilisées dans le cadre de la formation des élèves à la sécurité routière.
Un coup d’avance pour Codes Rousseau et Optimum Automotive
Voilà plusieurs années que Mapping Control (marque d’optimum Automotive) cherche à intéresser les gérants d’auto-école et les enseignants aux avantages de la télématique embarquée. Cette entreprise vient de passer des accords avec Codes Rousseau. Ensemble, ils proposent aux auto-écoles, Easy Car Connect, un programme d’optimisation du véhicule auto-école. « Très clairement, pour nous, le véhicule ne doit plus être une charge pour les entreprises, mais un axe de rentabilité, argumente Geneviève Valette, directrice des activités Mobilités de Codes Rousseau. C’est pourquoi Easy Car Connect qui est proposé à des conditions particulières aux membres du Club Rousseau, inclut un ensemble de services connectés. Il devient possible de gérer l’auto-partage et les réservations de véhicules notamment dans le cas d’une activité de location, de les géolocaliser et de définir des limites pour leurs déplacements, de démontrer la diversité des parcours empruntés ou de justifier des heures de conduite réellement effectuées. Notre programme permet aussi d’optimiser le suivi des entretiens et des réparations. Grâce à l’accord national AD CONNECT que notre partenaire, Optimum Automotive a signé avec le réseau des garages AD Expert, nos clients bénéficieront d’un contrat de maintenance de leurs véhicules. Ils pourront ainsi avoir une vision claire des coûts et des réductions sur les prestations pouvant aller jusqu’à 25 % ! ». Le boîtier de connexion est très facile à monter et le sera dans le réseau AD tandis que Codes Rousseau et son partenaire Optimum Automotive assureront la formation des membres du Club Rousseau et mettront à leur disposition un support hotline. « C’est un partenariat important, affirme Franck Gaultier, directeur marketing & communication d’Optimum automotive. En adoptant notre solution, les auto-écoles entrent de plain-pied dans l’ère de la télématique embarquée qui permet aussi de sensibiliser les enseignants et les élèves à l’écoconduite ». Il reste encore une question : l’outil télématique permet-il un retour sur investissement (ROI) ? Si l’on se base sur le tarif pratiqué par le Codes Rousseau et Optimum Automotive pour le Club Rousseau, soit moins de 15 euros HT par véhicule et par mois pour la solution de base, la réponse est sans aucun doute positive. Les gestionnaires de flottes d’entreprises expérimentés qui ont adopté la télématique embarquée et équipé de boîtier leurs véhicules, avouent qu’il est difficile d’évaluer avec précision le ROI, mais ils assurent qu’ils gagnent du temps dans l’organisation des plannings et que les programmes d’écoconduite, bien compris, font baisser de manière significative les consommations de carburant et la sinistralité. Ils estiment également qu’ils gèrent au mieux les entretiens et les sinistres, ce qui est de facto sources d’économies. « Certes nous sommes de parti pris, commente avec le sourire Franck Gaultier, mais la télématique embarquée a prouvé son utilité. Nous avons, avec Codes Rousseau, adapté ses fonctionnalités aux auto-écoles, ce qui la rend plus performante et plus pertinente ». L’usage devrait, à terme, confirmer cet optimisme. Ce qui est certain en tous les cas, c’est que le monde de l’enseignement de la conduite s’ouvre à la télématique embarquée et que ce n’est pas passé inaperçu aux yeux des (nombreux) acteurs du marché.
Marc Horwitz
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Éco-logique, éco-nomique, éco-Mobil
Quelques écoles de conduite ont adopté EcoMobil, la solution proposée par HDM Innovation. C’est un outil de formation à la conduite économique et écologique performant. Le programme se décompose en cinq phases. Lors d’un premier parcours, il s’agit de recueillir des données telles que la visualisation du trajet, les paramètres de conduite, un rapport de la vitesse, un repérage de phases sensibles, des infos sur le comportement du conducteur et du véhicule, etc. Ce premier parcours est suivi d’un apprentissage théorique des techniques d’écoconduite. Puis, l’élève effectue un second parcours. Objectifs : comparer le comportement de l’élève au volant avant et après l’apprentissage théorique des techniques d’écoconduite, afin de mettre en évidence la réduction d’émissions de CO2 et de consommations dans le but d’avoir une vision globale du bénéfice apporté par la formation et l’acquisition des techniques pour une conduite économique. On peut enfin passer à la dernière phase qui consiste en un temps d’analyse fine des comportements de l’élève. Il s’agit de savoir comment ce dernier anticipe et respecte les distances de sécurité, dans quelle mesure il adopte une certaine souplesse de conduite et des vitesses parfaitement adaptées aux conditions de circulation.
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Marie Martinez : « Pour un chef d’entreprise, ça apporte de la sérénité »
À la tête de quatre écoles de conduite dans les Yvelines, Marie Martinez utilise la géolocalisation depuis 2008. Un outil devenu indispensable pour la gestion de son entreprise. « Cela me permet de savoir quand les véhicules doivent aller en révision, mais aussi de pouvoir évaluer le budget carburant, sachant que tel enseignant fait un plein environ tous les deux jours et tel autre plutôt tous les trois ou quatre jours », explique la chef d’entreprise.
Mais la géolocalisation est également utile pour conserver un regard sur la pédagogie des enseignants. « Si je vois qu’un enseignant fait 250 km par jour, je sais que c’est trop. Cela peut signifier qu’il fait faire trop de ligne droite à ses élèves et pas assez d’exercices de manœuvres, comme les créneaux par exemple. Dans ce cas, je discute avec lui pour comprendre pourquoi il fait autant de kilomètres et cela permet de le recadrer sur la pédagogie à appliquer, si nécessaire. » La géolocalisation est également un atout en termes d’organisation. « Comme j’ai quatre établissements, j’ai certains jours un grand nombre d’examens pratiques programmés. Grâce à la géolocalisation, je sais en temps réel où sont tous les véhicules, ce qui permet d’optimiser les trajets et le planning de l’ensemble de mes agences. » Pour Marie Martinez, pas question de revenir en arrière : « Cet outil offre une vraie sérénité pour le chef d’entreprise ». De la sérénité pour le chef d’entreprise peut-être, mais comment réagissent les enseignants de conduite ? « Ils ne se sentent pas espionnés car j’ai des enseignants qui sont intègres. J’aborde le sujet de la géolocalisation dès le premier entretien d’embauche. C’est d’ailleurs un bon moyen de ne pas perdre de temps avec des personnes qui n’auraient pas que des bonnes intentions. Ceux qui voudraient, par exemple, utiliser le véhicule-école de l’entreprise pour travailler au noir, en donnant des leçons sans que je sois au courant, savent que ce ne sera pas possible. Du coup, ils ne donnent pas suite au premier entretien. C’est certainement aussi pour cela que j’ai la chance de travailler avec des enseignants honnêtes. De mon côté, je suis totalement transparente sur le fait que j’utilise la géolocalisation et c’est bien évidemment mentionné dans les contrats de travail. »