En s’appuyant sur une étude Xerfi parue le 26 octobre 2020 (Réf : 20SME18/XF1, chiffres de l’année 2018), les statistiques de la Sécurité routière et les résultats observés dans le réseau ECF, Bruno Garancher, président d’ECF, a passé à la loupe les chiffres du secteur de la formation à la conduite.
Quelle est la santé économique du secteur de la formation à la conduite et quelle est l’évolution du marché ? Telles sont les questions auxquelles Bruno Garancher a cherché à donner des réponses.
→ Légère baisse du nombre d’élèves inscrits à l’examen B et BE
En 2017, 990 443 inscriptions ont été enregistrées contre 990 500 en 2018 et 981 568 en 2019, ce qui indique une légère diminution du nombre de personnes inscrites à l’examen final.
Bruno Garancher explique ce phénomène par plusieurs facteurs : « Il faut au préalable noter que cette diminution n’est pas liée à la population des 15/24 ans -principaux concernés-, qui reste relativement stable. Avant la crise sanitaire actuelle, nous avons constaté un désintérêt global des jeunes pour l’automobile en général, qui conduisait à un report dans l’âge de passage du permis. Cette étape, jadis importante dans le passage adulte, puisqu’elle accompagnait souvent l’entrée dans la majorité, est repoussée après les études, ou quand les jeunes, devenus adultes, cherchaient un travail ou avaient leur premier enfant. Cette tendance était particulièrement importante dans les grands centres urbains, qui bénéficient de nouvelles formes de mobilité (vélos, trottinettes, covoiturage) et d’un réseau de transport en commun performant (pour leur intérêt économique et écologique). Autre élément explicatif, la formation au permis de conduire, qui représente un budget important, est devenue une dépense secondaire, après les outils technologies, les abonnements numériques, etc. En effet, ce ne sont plus les parents qui financent le permis de conduire, mais les jeunes, sauf pour la conduite accompagnée. Mais la tendance a évolué en 2020 : la crise sanitaire a replacé la voiture au centre du déplacement individuel, plus sûr d’un point de vue sanitaire. Les données ECF confirment cette croissance : En 2020, le chiffre d’affaires du réseau ECF a diminué « seulement » de 7 %, malgré une fermeture des écoles 25 % du temps (3 mois). On peut également noter une croissance des inscrits aux formations deux-roues (+10,6 %) et quadricycle (+48 %), qui confirme cette orientation vers le déplacement individuel. Pour l’instant, cette tendance devrait perdurer, puisque l’on note au premier trimestre 2021 une hausse de 9 % des inscriptions au permis B. »
→ Chute du taux de réussite à examen théorique
En 2017, l’épreuve théorique générale présentait un taux de 66 % (toutes présentations confondues). Ce taux est passé à 50,50 % en 2019, ce qui constitue une forte chute.
Pour Bruno Garancher, cela est dû « exclusivement à la facilité d’inscription sur les plateformes des examinateurs privés. En ayant laissé croire aux futurs conducteurs que l’apprentissage théorique pouvait se résumer à un bachotage de questions d’examen sur Internet, et en le laissant choisir lui-même sa date de passage à l’examen, le jeune candidat est bien souvent insuffisamment préparé. Résultat des courses ? Les économies qu’il croit faire en se contentant d’acheter des applications de révision sont largement grignotées par le nombre de redevance à 30 euros qu’il paye pour finalement réussir son épreuve. »
→ Sensible progression du taux de réussite pratique
En 2017, le taux de réussite pratique en B et BE (toutes présentations confondues) était de 57,9 % contre 59,8% en 2019 (à comparer aux 44 % de réussite des 2,7 % de candidats libres).
« Le taux de réussite global continue de grimper, malgré les candidats libres qui tirent vers le bas le taux de réussite global, constate Bruno Garancher. En effet, dans les écoles de conduite classiques, ce sont les formateurs qui, forts de leur expertise et du suivi de l’élève au quotidien, décident en concertation avec les élèves quand les présenter à l’examen. Les élèves des plateformes décident seuls de leur date d’inscription à l’examen pratique, alors que souvent, ils n’ont pas suffisamment d’heures de conduite à leur actif pour réussir. De plus, pour tous, les délais d’inscription à l’examen sont de plus en plus longs, faisant perdre de la pratique aux élèves, et diminuant ainsi leur chance de réussir. On est très loin des ambitions de la loi Macron du 6 août 2015 qui avait inscrit dans le marbre l’obligation pour l’état de fournir à tout candidat une place d’examen dans un délais de 45 jours suite à son inscription. La pénurie de place actuelle est amplifiée par le faible taux de réussite de candidats libre, tout particulièrement dans les départements où ils sont plus nombreux que la moyenne et où leur taux de réussite est particulièrement bas. Ainsi dans l’Aube, les candidats libres ne représentent que 5,7 % des candidats qui se présentent à l’examen pratique et affichent un taux de réussite de seulement 29,3 %. Et dans les Yvelines, le pourcentage de candidats libres est de 7,2 % pour un taux de réussite de 33 %. »
→ Évolution du prix de la formation au permis
Le prix moyen de la formation au permis B a augmenté par rapport à l’année précédente de 0,9 % en 2017, de 0,6 % en 2018 et de 0,9 % en 2019.
« Le coût de la formation au permis inclut toutes les heures de conduite réalisées à la fin de son parcours d’apprentissage, et non le prix « marketing » affiché », précise Bruno Garancher, qui remarque que « le prix de la formation au permis de conduire suit l’indice des prix à la consommation, il est donc assez stable ». Le président d’ECF souligne par ailleurs que « par rapport au prix du permis de conduire en Europe, la France se situe dans la moyenne (Pays-Bas : 2 050 euros, Allemagne : 2 000 euros, France : 1 800 euros, Royaume-Uni : 1 500 euros et Espagne : 1 300 euros).
→ Diminution du nombre d’entreprises et de salariés
Le secteur de la formation à la conduite comportait 8 325 entreprises en 2016. Ce chiffre est tombé à 7 680 en 2019. Même tendance baissière concernant les salariés qui étaient 28 451 en 2016 et n’étaient plus que 25 619 en 2019. « Sans surprise, le nombre d’entreprises et de salariés du secteur, qui a connu un pic en 2016, diminue années après années, constate Bruno Garancher. Une diminution qui correspond pour les entreprises à un phénomène de concentration, et pour les formateurs, à un solde négatif entre les départs à la retraite et les nouveaux entrants. Le secteur des écoles de conduite est un secteur en pénurie de main d’œuvre et qui cherche à recruter, notamment des formateurs spécialisés (moto et groupe lourd). »
→ Répartition du tissu économique des auto-écoles par tranche d’effectif
Les entreprises ne comportant aucun salarié (indépendants) représentent 21,4 % du secteur et génèrent 2,4 % du chiffre d’affaires global. 71,9 % des entreprises ont de 1 à 9 salariés et produisent 51,4 % du CA, quand 4,3 % des entreprises emploient entre 10 et 19 salariés et participent à 18,5 % du CA du secteur. Enfin, 2,4 % des entreprises font travailler plus de 20 salariés et génèrent 27,7 % du CA.
« Face aux difficultés économiques que rencontre la profession, seules les entreprises qui sont parvenues à se structurer tirent leur épingle du jeu, estiment Bruno Garancher, notamment celles de plus de 10 salariés, qui ne représentent que 6,7 % du nombre total des entreprises et engrangent pourtant plus de 46 % du CA du secteur. Les indépendants sont de loin les plus mal lotis, payant un lourd tribut à la baisse de la demande. »
→ Évolution de la situation économique de la profession
Si l’on s’intéresse au chiffre d’affaires moyen de la profession, en prenant comme référence l’année 2012 (base 100), le CA moyen de la profession était en 2016 de 100,6 (103,15 pour le réseau ECF), 94,3 en 2017 (100,86 pour ECF) et 89,4 en 2018 (98,69 pour ECF). « La diminution globale du chiffre d’affaires de la profession correspond à la baisse de l’activité, explique Bruno Garancher. Concernant ECF, nos entreprises font partie des grosses structures qui subissent un peu moins cette baisse d’activité, grâce notamment à l’effet de marque (confiance, notoriété) et à notre capacité à répondre aux attentes du marché (services associés, numérique, diversification des activités supérieure à la profession, comme les interventions en milieu professionnel). Les chiffres d’affaires 2019 confirment cette tendance à la diminution globale du chiffre d’affaires de la profession. Notons qu’en 2020, le chiffre d’affaires des ECF devrait être supérieur à celui de 2019, mais nous n’avons pas encore de visibilité sur le CA de la profession dans son ensemble ».
→ Baisse de l’EBE et du résultat net d’exploitation
Dernier focus sur l’EBE (ndlr : excédent brut d’exploitation qui correspond à la ressource d’exploitation dégagée par l’entreprise, sans prendre en compte les produits et charges exceptionnelles, ni les amortissements) exprimé en pourcentage du chiffre d’affaires, et, sur le résultat net après impôts (également exprimé en pourcentage du chiffre d’affaires). Au niveau de la profession, l’EBE était de 4,3 % en 2017 contre 2,2 % en 2018 (13,64 % pour ECF en 2017 et 14,55 % en 2018). Quant au résultat d’exploitation, il était de 1,5 % pour la profession en 2017 contre -0,3 % en 2018 (3,13 % pour ECF en 2017 contre 2,11 % en 2018).
« Ces deux données, EBE et résultat d’exploitation, diminuent globalement pour l’ensemble de la profession, suivant logiquement la baisse d’activité générale, souligne Bruno Garancher. Néanmoins, concernant l’EBE, on constate que ECF s’en sort beaucoup mieux que le reste de la profession, avec un pourcentage jusqu’à 7 fois supérieur en 2018. Les résultats net d’ECF ne reflètent pas les disparités de l’EBE, puisque ECF a maintenu ces dernières années un niveau d’investissement élevé, supérieur à la profession. Les investissements réalisés de 2015 à 2017 (digitalisation, restructuration) pèsent donc encore sur le résultat net de ECF ».
S. A.