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warning Sécurité routière — Juillet 2021

Accidentologie 2020 : des chiffres historiquement bas dans un contexte de crise sanitaire

Faire une sieste, même courte à bord de son véhicule, s’avère plus réparateur que d’effectuer une pause, pour éviter la somnolence au volant après le déjeuner, lors des longs trajets.


En 2020, 2 780 personnes ont perdu la vie sur les routes de France (Métropole et Outre-mer) contre 3 498 en 2019, ce qui représente une baisse de 21 %. La baisse par rapport à 2019 est plus significative en Métropole (2 541 morts, soit -22 %) qu’en Outre-mer (239 tués, soit -6 %).
Cette tendance baissière sur le plan national se retrouve également au niveau des blessés (59 248 en 2020 contre 74 165 en 2019, soit une diminution de 33% et au niveau du nombre d’accidents corporels (47 744 en 2020 contre 58 840 en 2019, soit une baisse de 32%).


Une baisse exceptionnelle due à la forte diminution des déplacements
Cette baisse historique des accidents de la route est incontestablement liée à la situation sanitaire exceptionnelle que nous avons vécue en 2020. Rappelons que la crise sanitaire due au Covid-19 a amené le gouvernement français à décréter un confinement strict du 17 mars au 10 mai 2020, puis un deuxième confinement un peu moins contraignant en termes de déplacements du 30 octobre au 13 décembre 2020, assortis de périodes de couvre-feu. L’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) constate une chute des transactions en carte bancaire pour l’achat de carburant dès la mi-mars 2020, signe d’un très fort ralentissement de l’utilisation des véhicules, en même temps que la baisse historique des accidents corporels : « L’évolution de l’accidentalité hebdomadaire en 2020 par rapport à 2019 suit la même tendance que le montant des transactions carte bancaire (CB) en carburant. Ce montant de transactions, qui représente la consommation des ménages en carburants, permet de repérer les points de reprise d’activité liée aux déplacements de véhicules thermiques, notamment suite au premier déconfinement en mai 2020 ainsi que pendant la période estivale ».


L’impact sanitaire difficile à analyser avec précision
Cependant, l’ONISR estime que « l’interprétation des impacts de la pandémie sur l'accidentalité routière est complexe car, au-delà de la baisse du nombre globale de kilomètres parcourus, les confinements et déconfinements ont fortement influencé de plusieurs façons les comportements de déplacement des usagers : par exemple, en raison des règles de distanciation sociale, beaucoup d’usagers ont changé de modes de déplacement, notamment en zone urbaine où les modes individuels (marche, trottinettes et autres engins de déplacement personnel, vélos, deux-roues motorisés, voitures) ont été privilégiés aux transports en commun ».


Une diminution de la mortalité inégale en fonction des modes de déplacement
En effet, la chute historique de la mortalité routière est plus ou moins significative en fonction des modes de déplacement.
 Les automobilistes : avec 1 243 tués, soit 379 de moins qu’en 2019 (-23 %), la catégorie des automobilistes est plus importante que la moyenne (attention, concernant l’étude par catégories de modes de déplacement, ONISR n’a communiqué que les chiffres de la France métropolitaine). Selon l’ONISR, ce phénomène s’explique par la part importante de séniors qui se déplacent en voiture. Or, les 75 ans et plus ont réduit fortement leurs déplacements avec l’épidémie et donc leurs déplacements en voiture et leur accidentalité.
 Les deux-roues motorisés : 579 personnes ont perdu la vie (100 cyclomotoristes et 479 motocyclistes). Dans cette catégorie, la mortalité a baissé plus que la moyenne. L’ONISR fait le distinguo entre cyclo et moto pour expliquer cette baisse : « La réduction de la mortalité cyclomotoriste (34 tués de moins) concerne exclusivement les moins de 30 ans et se concentre sur les périodes de confinement ou de réduction du temps scolaire en présentiel (que ce soit en juin ou en septembre-octobre) », tandis que « la réduction de la mortalité motocycliste (136 tués de moins) cumule l’effet confinement sur des mois habituellement forts en termes de pratique (mars-avril), avec le fait que les mois de relative liberté par rapport à l’épidémie ont vu des conditions météo pluvieuses (juin et septembre) en particulier dans le sud ».
 Les usagers de poids-lourds : avec 33 tués en 2020 contre 36 en 2019, cette catégorie n’enregistre pas de baisse significative de la mortalité. Il est vrai que la circulation des poids-lourds a été moins impactée par les restrictions de circulation, afin de pouvoir assurer la livraison des marchandises considérées comme vitales, comme l’alimentation.
 Les cyclistes : 178 cyclistes ont été tués en 2020 (81 en agglomération et 97 hors agglomération) contre 187 en 2019 (92 en agglomération et 95 hors agglomération). Si la mortalité des cyclistes a donc baissé de 5 % entre 2020 et 2019, il est important de souligner que le nombre de blessés augmente à la fois hors agglomération et en agglomération. Ainsi, commente l’ONISR, « si l’on tient compte des périodes pendant lesquelles les déplacements ont été fortement contraints, ceci traduit un fort développement de la pratique, en particulier hors agglomération où les vitesses élevées des usagers motorisés rendent les cyclistes plus vulnérables ».
 Les piétons : 391 ont perdu la vie en 2020, ce qui représente une baisse de 19 % par rapport à 2019. L’ONISR précise que « la réduction de la mortalité piétonne des 75 ans et plus est bien plus forte que la moyenne (-24 %) mais la mortalité piétonne des 65-74 ans baisse à peine. Pour les autres classes d’âge, il semble que la réduction de la mortalité pendant les périodes de confinement ait été en partie compensée par une mobilité accrue le reste du temps ».
On l’aura compris, s’il faut se féliciter que le nombre de personnes tuées dans un accident de la route a fortement chuté en 2020, cette baisse historique est totalement liée à la situation exceptionnelle due à la crise sanitaire et aux restrictions de circulation. On le voit bien sur le graphique matérialisant les transactions en cartes bancaires pour l’achat de carburant et le nombre d’accidents corporels. Dès que l’achat de carburant repart au niveau national, cela signifie que les Français utilisent à nouveau leurs véhicules pour se déplacer. Et malheureusement, la courbe des accidents repart également à la hausse.
Cependant, il sera intéressant de voir si à l’avenir l’évolution de modes de déplacement se poursuit. L’engouement des Français pour le vélo à la place de la voiture particulière va-t-il persister ou est-ce un phénomène de mode fortement lié à la situation sanitaire ? Et si oui, cette tendance va-t-elle se refléter dans les chiffres de l’accidentologie ?


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