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map Vie des régions — Juillet 2021

Savoie : en route entre le passé et le présent avec la famille Croisonnier !

Implantée à Albertville, en Savoie, l’auto-école Croisonnier a fêté en mars 2021 ses 50 ans d’existence. Fondée par André Croisonnier, cette entreprise est aujourd’hui dirigée par sa fille Nadine. Retour sur un demi-siècle d’enseignement du Code et de la conduite.


Le 1er mars 1971, André Croisonnier créait son auto-école à Albertville, en Savoie. C’était l’époque des Simca 1 000 et des cahiers d’exercices pour le Code. C’était un temps où il y avait seulement trois catégories de permis : le A pour la moto, le B pour la voiture et le C pour le groupe lourd. C’était encore l’époque où les candidats pouvaient être présentés au permis de conduire au bout de 6 ou 7 heures de leçons. « Les élèves étaient plus dégourdis qu’aujourd’hui car ils avaient tous plus ou moins conduit des tracteurs ou bricolé des voitures avant de prendre leur première leçon de conduite », souligne André Croisonnier.
Les examens du Code et de la pratique se passaient en même temps dans la voiture et duraient une quinzaine de minutes. « L’inspecteur posait quelques questions théoriques et on partait en conduite pendant 10 minutes. L’élève pouvait obtenir l’une ou l’autre des épreuves ou les deux ». Ceux qui rataient la conduite étaient rapidement représentés à l’examen. « Nous n’avions pas de difficultés pour obtenir des places d’examen. Il faut dire aussi qu’il y avait moins de demandes qu’aujourd’hui », précise André Croisonnier qui présentait en moyenne 150 élèves par an à l’examen.


Des voitures moins assistées par la technologie
Ce chef d’entreprise a connu toutes les évolutions technologiques des automobiles : la ceinture de sécurité, la direction assistée, la climatisation et toutes les différentes aides à la conduite. « Aujourd’hui, c’est facile de conduire une voiture, mais les anciens véhicules l’étaient nettement moins », constate André qui se souvient des années où il fallait gérer l’utilisation du starter. Quant au confort, il n’était pas toujours au rendez-vous ! « Le siège du conducteur de la Sima 1000 était mal fixé. Quand les élèves freinaient un peu brutalement, il se retrouvaient coincés sous le volant ». Il a ensuite acheté plusieurs Simca 1100. Cependant, « elles n’étaient pas aimées des candidats car un peu grandes ». Puis, André a alterné des modèles chez Renault, notamment la R5, et chez Peugeot avec des 104 et 404. Des véhicules qu’il fallait passer aux Mines car le système des doubles commandes n’était pas installé de série. « Faire des créneaux avec la 404 était une vraie galère ! Quand on braquait à fond, le volant était bloqué », s’amuse-t-il. Ensuite, sont apparus les premiers moteurs diesel. « Une sacrée avancée car les élèves callaient moins au démarrage ». Lorsque la climatisation est apparue, cela a été un soulagement dans cette ville où il peut faire très chaud. Enfin, les conditions de circulation étaient sans commune mesure avec celles d’aujourd’hui : il y avait moins de trafic, pas de voies rapides, pas de sens giratoires.


Pas d’Internet, ni de TVA
À ses débuts, André Croisonnier facturait 15 francs l’heure de conduite. Cette activité n’était alors pas soumise à la TVA. « L’état s’est rendu compte qu’il y avait là une source de revenus car nous avons été assujettis à cette taxe que nous ne pouvions pas récupérer dans un premier temps ».
Les cours de Code étaient organisés une fois par semaine avec comme supports pédagogiques des affiches présentant les panneaux et des cahiers d’exercice. « On était encore loin des DVD et de l’enseignement via Internet ! ». À partir de 1972, les séries de diapositives sont entrées en scène. « Nous avions des appareils de projection un peu archaïques avec des paniers qui se coinçaient de temps en temps ». Année également où les élèves ont été convoqués dans une salle pour passer l’examen théorique. « On leur remettait une feuille avec des numéros de questions et quatre cases à cocher. L’inspecteur contrôlait les réponses avec une grille de correction ».


Le temps des dossiers remplis à la machines à écrire
En 1979, son épouse Annie, son diplôme de monitrice en poche, a pris en charge l’enseignement du Code et la gestion administrative de l’entreprise, dont l’inscription des élèves auprès de la préfecture. « Ce n’était pas facile de remplir les dossiers car les lettres de la machine à écrire tombaient toujours à côté des cases des imprimés », se souvient-elle. Annie Croisonnier a aussi enseigné le français à ses élèves. La raison : une clientèle nord-africaine assez importante. « Il fallait leur apprendre notre langue avant de leur enseigner le Code », explique André Croisonnier. Un examen théorique dont l’évolution du contenu étonne le chef d’entreprise. « Aujourd’hui, les questions portent assez peu sur le Code de la route en lui-même. Par contre, il est beaucoup question de consommation, d’écologie, de nouvelles technologies, de gestes des premiers secours, d’entretien du véhicule », constate-t-il. Des connaissances qui, selon lui, « devraient faire partie d’un deuxième apprentissage en dehors des heures de conduite ». Tout comme il s’étonne quand l’inspecteur demande à l’élève d’ouvrir le capot de la voiture pour lui désigner des pièces du moteur. « C’est un peu à côté de la plaque. Aujourd’hui, quand les véhicules tombent en panne, il est impossible de les réparer. Il faut aller au garage. »


Un seul camion pour tous les permis lourds
En 1975, André Croisonnier décide de se diversifier dans l’enseignement du permis moto avec une Honda 175 cm3, achetée d’occasion. Entre 1980 et 2000, il enseigne le permis poids lourd. Pour cela, il s’associe avec quatre collègues au sein d’une co-entreprise. « Nous avons acheté un camion et recruté un moniteur. Avec ce véhicule, nous enseignions tous les permis du groupe lourd ». Mais en 2000, la réforme du permis de conduire les oblige à acheter un véhicule par catégorie de permis. Trop cher. La société est dissoute.


Des tarifs trop bas ?
Avec le recul, André Croisonnier estime que la profession n’a pas augmenté les prix comme elle aurait dû le faire. « L’activité était peut-être un peu plus rentable qu’aujourd’hui ». Il faut dire aussi que le dirigeant ne comptait pas ses heures. Il était dans sa voiture du lundi au samedi, de 8 à 20 heures et souvent également le dimanche matin. « Il n’empêche que ce n’était pas un métier qui payait beaucoup. En ayant travaillé toute ma vie, j’ai juste pu me payer une maison. » Une situation qui désole sa fille Nadine. Celle-ci a intégré l’entreprise en 1990. Mais ce n’est qu’en 2000 qu’elle en a repris les rênes. L’école de conduite a été labélisée fin 2020. « Aujourd’hui, les tarifs sont trop bas. Je suis l’auto-école la plus chère d’Albertville en facturant l’heure 46 euros. Conséquence : nous n’arrivons pas à avoir des salaires corrects ». C’est pourquoi, elle a déconseillé à son fils de prendre sa suite. « Pour faire vivre sa famille, il a trouvé un autre métier », confie-t-elle. L’entreprise familiale ne sera pas transmise à la troisième génération. Dommage.


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