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map Vie des régions — Janvier 2009

-Nouméa-
Un système presque à la française


Les accords de Nouméa signés le 4 mai 1998 prévoient la souveraineté partagée entre l’État français et le territoire calédonien pour une durée de quinze à vingt ans. À l’issue de cette période, les Calédoniens seront appelés à se prononcer par référendum sur leur désir ou pas d’accéder à l’indépendance. En attendant, l’île présence un système de formation de la conduite identique à celui de la Métropole, à quelques détails près…

Avec 10 heures de décalage horaire en hiver et 9 heures en été, la Nouvelle-Calédonie paraît bien lointaine pour les Français de Métropole. Pourtant, cet ancien Territoire d’Outre-Mer (Tom), aujourd’hui devenu Pays d’Outre-Mer (POM), situé au beau milieu de l’océan Pacifique et affichant une température moyenne de 22° C, a longtemps été colonisé par la France. Mais les tensions avec la population locale (les Kanaks) ont obligé la République à faire des concessions et à accorder une part d’autonomie aux îliens dans la gestion de la Nouvelle-Calédonie.

UN PERMIS SPÉCIFIQUE OBLIGATOIRE POUR LES CYCLOMOTEURS
Cette particularité de « gestion mixte » se ressent dans la formation à la conduite. En effet, le système est le même qu’en Métropole avec quelques variantes. Le BSR, par exemple, n’est pas reconnu. Par contre, il est obligatoire de posséder un permis pour conduire les deux-roues de moins de 50 cm3. Ce dernier, accessible à partir de 14 ans, comporte une épreuve théorique (connaissance du Code de la route avec ses spécificités territoriales) et un examen pratique (épreuve de maniabilité). Les jeunes peuvent se présenter en candidat libre s’ils le souhaitent, mais il est recommandé de passer par une auto-école.
Selon Serge Lorenzini, président du Syndicat des enseignants de la conduite des véhicules à moteurs et gérant de l’auto-école Schtroumpf, l’établissement le plus important de Nouméa, on dénombre « environ une trentaine d’auto-écoles sur l’île ». La demande en permis cyclo et permis moto est plus grande qu’en Métropole car beaucoup d’îliens se déplacent en deux-roues. L’apprentissage de la conduite des deux-roues – et parfois même des voitures – s’effectue sur une piste, toute proche de l’auto-école de Serge Lorenzini.

UN BON TAUX DE RÉUSSI À L’EXAMEN PRATIQUE
Pour ce qui est de la formation B, l’examen se compose également en deux parties, à savoir théorique et pratique. L’ETG (qui ne comporte pas encore les nouvelles questions introduites à l’examen en Métropole) est souvent plus difficile à obtenir que la partie pratique. « En brousse notamment, explique Serge Lorenzini, les élèves parlent généralement mal le français. Du coup, ils ne comprennent pas toujours les questions. De plus, il y a des notions qui sont difficiles à saisir pour un Calédonien qui n’a jamais mis les pieds en Europe, comme les pneus-neige ou les chaînes. Certains n’ont jamais vu de la neige ! Par contre, le taux de réussite à la pratique est assez élevé. Il faut dire que la plupart des élèves qui viennent prendre des leçons de conduite, ont déjà conduit un tracteur, car c’est le seul moyen de se déplacer en brousse. » D’ailleurs, cette obligation de conduire un véhicule pour pouvoir se déplacer dans l’île amène un grand nombre de personnes à conduire sans permis.

COÛT DU FORFAIT 20 HEURES : 1 000 EUROS
Le coût moyen d’une formation 20 heures au permis B est de 1 000 euros et l’heure de conduite est à 30 euros. À l’instar de la Métropole, certains ont du mal à financer cette formation. C’est pourquoi l’île a mis en place un système d’aide pour les apprentis qui ont besoin du permis de conduire pour travailler. L’État prend alors en charge 80 % du coût de la formation, à condition que le bénéficiaire soit en apprentissage et en recherche d’emploi. Par ailleurs, une sélection des dossiers est effectuée par une commission. Cette mesure rencontre un grand succès dans l’île, car elle permet à la fois aux jeunes qui n’ont pas les moyens financiers d’accéder au permis et elle réduit le nombre de personnes roulant sans permis. À noter que le système du permis à points n’est pas en vigueur en Nouvelle-Calédonie et qu’il n’existe donc pas de centres de récupération de points.

PAS DE PROBLÈME DE DÉLAI POUR L’OBTENTION DES PLACES
À l’écoute de Serge Lorenzini, la Nouvelle-Calédonie est un paradis pour les auto-écoles. En effet, le délai moyen d’obtention de places d’examens est de… 8 jours ! Mieux encore, les attributions s’effectuent en fonction de la demande des établissements de conduire. Le rêve ! Et, il n’y a pas de tensions avec les inspecteurs, ni même avec les élèves, car « la délinquance n’existe pas à Nouméa ».
Enfin, il n’y a pas de TVA. Mais ne vous réjouissez pas trop vite car d’autres taxes sont appliquées, propres au POM et qui n’existent pas en Métropole. Aussi la vie est plutôt onéreuse puisque la plupart des produits sont importés. Lorsque l’on achète une voiture, par exemple, il faut notamment régler les frais de transport, de débarquement, de douane, etc. Pour ce qui est des véhicules-écoles, les offres proposées par les constructeurs en location longue durée (LLD) ne sont vraiment pas intéressantes. Ce qui incitent finalement les exploitants à opter pour le leasing.

PAS D’AGRÉMENT NÉCESSAIRE POUR LES CENTRES DE FORMATION BATEAU
Compte tenu de la situation géographique de la Nouvelle-Calédonie, la formation bateau devrait avoir la cote. Mais paradoxalement, la demande n’est pas très élevée. Il est vrai que « le permis bateau n’est pas obligatoire, car on estime que c’est un peuple d’origine de la mer et que tout le monde apprend à naviguer en étant enfant », explique Serge Lorenzini. D’ailleurs, le taux de réussite à l’examen du permis bateau est très élevé. Enfin, autre spécificité de l’île, la réforme du permis bateau qui prévoit, entre autres, que les centres de formation de Métropole aient obtenu un agrément, n’a pas été appliquée en Nouvelle-Calédonie. Les centres n’ont donc pas d’agrément. Et cette situation pourrait perdurer si les Calédoniens votent massivement pour l’indépendance. La Nouvelle-Calédonie n’aurait alors plus aucun compte à rendre à la France.

Sandrine Ancel et Yves Soulabaille



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