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edit_note Examens — Avril 2006

-Places d’examen-
Nouvelle méthode d’attribution : vers la généralisation ?


La DSCR a décidé d’étendre la nouvelle méthode d’attribution des places d’examens à 20 nouveaux départements. Poursuite de l’expérimentation ? Toujours est-il que le ministère des Transports a également adressé à l’ensemble des préfectures une circulaire expliquant les modalités d’application de la méthode et justifiant son déploiement. Le point sur la situation.

La nouvelle méthode d’attribution des places d’examen fait à nouveau parler d’elle ! Vingt nouveaux départements vont l’expérimenter : Ain, Aube, Aude, Cantal, Calvados, Cher, Doubs, Gard, Haute-Marne, Haute-Vienne, Indre, Indre et Loire, Loir-et-Cher, Loire, Lot, Maine-et-Loire, Marne, Saône-et-Loire, Tarn-et-Garonne, Territoire de Belfort. Rappelons que cette nouvelle méthode est déjà testée dans 13 départements (Alpes-Maritimes, Charente, Charente-Maritime, Mayenne, Sarthe, Haute-Savoie et Yvelines depuis 2002 ; Bas-Rhin, Côtes-d’Armor, Gers, Isère et Hautes-Pyrénées depuis 2005). Si le gouvernement parle d’une « nouvelle extension de l’expérimentation », il se comporte également comme s’il souhaitait généraliser la méthode à l’ensemble du territoire.

OBJECTIF : LE DÉPLOIEMENT NATIONAL
En effet, selon la DSCR, le bilan de cette expérimentation, « globalement satisfaisant, permet le déploiement de cette nouvelle méthode sur le territoire national ». C’est ce qu’indique une circulaire, parue au Bulletin Officiel du 25 février 2002, et envoyée aux préfectures de tous les départements. Cette circulaire présente les conditions de mise en œuvre et le suivi de la méthode. Rappelons que cette nouvelle méthode a pour objectifs de « mettre en parallèle qualité de la formation et attribution de places, distinguer l’attribution des places théoriques et des places pratiques, régler les difficultés liées aux transferts de dossiers ». Signalons aussi que les modalités de la méthode viennent d’intégrer un nouvel élément : « dans le cadre d’une meilleure gestion des transferts de dossiers, les écoles de conduite accueillant un élève d’un autre établissement pourront se voir attribuer une place d’examen ».
Christophe Susung



LES RÉACTIONS DES SYNDICATS D’EXPLOITANTS

DANIEL BLOT (CNPA) : « La méthode Mayet a fait son temps et ne donnait pas satisfaction. La nouvelle méthode d’attribution est une méthode qui en vaut une autre. Il faudra voir ce que son application va donner par la suite… On constate que dans la version finale de la circulaire ont été prises en compte des propositions faites par le CNPA. Quant à ceux qui disent que cette méthode ne marche pas, il y aura toujours des gens qui n’en veulent pas. Pourtant, lors de l’une des dernières réunions de présentation de la méthode aux syndicats, il n’y avait pas tant d’opposition que cela et elle avait été plutôt bien acceptée. Ceci dit, il faut mettre un bémol : les compte-rendus des comités de suivi étant rédigés par l’administration, ils ont tendance à « positiver » un peu les choses. Autre point à surveiller, la réattribution des places disponibles s’effectue de manière arbitraire. Or, il faut que les critères de réattribution des places soient nationaux et connus de tous, sinon cette attribution risque de s’effectuer au mérite ».

JEAN-LOUIS BOUSCAREN (UNIDEC) : « Cette méthode est incohérente : plus les résultats sont bons, plus on vous donne de places. Or, plus les résultats sont bons, moins vous avez besoin de places ! Et tout est fonction des premières représentations pratiques sur la période de référence : cela incite les auto-écoles à faire de la première représentation, et à laisser sur la route les 2e et 3e présentations, qu’on filtre, qu’on fait attendre. Nous sommes en train de nous concerter avec nos responsables départementaux, pour s’opposer à la généralisation larvée à travers une soi-disant extension de l’expérimentation, alors que les auto-écoles sont en désaccord avec cette méthode. Par contre, il serait possible de prendre comme référence pour l’attribution des places pratiques les résultats de l’épreuve théorique. Ce serait plus logique : plus j’ai de bons résultats au code, plus j’ai besoin de places de conduite ».

PHILIPPE COLOMBANI (UNIC) : « La circulaire du 25 février 2006 sonne en fait le départ de la généralisation de la méthode. Mais elle ne fonctionne pas ! Et les problèmes qu’elle engendre ne sont jamais évoqués lors des comités de suivi départementaux. On nous parle d’améliorer la qualité, mais il s’agit surtout d’améliorer le rendement ! L’Etat est incapable d’assurer les examens du permis de conduire, et demande à un secteur privé, qui n’en a pas la mission, d’assurer le rendement de la pénurie. Mais on constate dans tous les départements qu’on ne peut plus gagner de places. Affirmer que la méthode fonctionnera avec des coefficients de 3 est mathématiquement impossible. En réalité, le coefficient est le plus souvent inférieur à 2. Alors les enseignants font de plus en plus de bachotage, pour éviter à tout prix que les élèves ne ratent leur permis. Quelqu’un qui a échoué au permis est d’ailleurs qualifié de « récidiviste » ! Grâce à cette méthode, l’administration a un pouvoir énorme sur les auto-écoles. Le taux de réussite dépendant de l’inspecteur, certaines écoles de conduite n’osent pas protester. Trois procès au tribunal administratif sont en cours (Nantes, Nice et Versailles), en collaboration avec l’UNPFA ».

MARC FAVRE (ADECA) : « Il est anormal que l’on puisse étendre cette méthode à d’autres départements, car il n’y a pas eu de large concertation sur le sujet. Des résultats un peu moins bons ne sont pas dus uniquement à l’enseignant. D’autres facteurs entrent en jeu : niveau des élèves, différences entre inspecteurs et entre centres d’examens, etc. On comprend bien à travers cet essai de généralisation d’une méthode qui se base sur les résultats, que le but est de ne pas gaspiller des places d’inspecteurs. Même si certains collègues s’en satisfont pour le moment, on constate tout de même que les résultats baissent depuis quelques mois. Nous estimons qu’il n’est pas bon que l’administration, à travers cette méthode, s’immisce dans des établissements privés au niveau des résultats. De plus, les auto-écoles qui travaillent avec des organismes sociaux, et qui n’obtiennent pas forcément de bons résultats, risquent de se retrouver délaissées. Mais l’administration, dans sa tour d’ivoire, s’imagine que tout est identique pour tout le monde. Cette méthode basée sur les résultats favorise le bachotage et non pas le véritable enseignement de la sécurité routière ».

JEAN-YVES FERRON (CEGEI-MER) : « J’ai entendu parler de cette méthode par des confrères des Yvelines, qui ont vu leur nombre de places d’examen chuter. Quand j’ai débuté dans la profession, dans les années 1975-76, un système similaire à la nouvelle méthode d’attribution actuelle était en place (quotas en fonction des taux de réussite), mais cela s’effectuait « en fonction de la disponibilité des inspecteurs », ce qui veut à la fois tout dire et rien dire ! Selon moi, cette nouvelle méthode est un peu « tarabiscotée ». Même si elle n’est pas encore appliquée dans le département où j’exerce (92), je suis méfiant quant à son efficacité. Ceci dit, la méthode Mayet n’est pas très satisfaisante : elle dépend de la gestion des inspecteurs, de leur nombre mais aussi de leur emploi du temps. Et on ne manque peut-être pas tant que cela d’inspecteurs : il faudrait qu’ils ne se consacrent pas à d’autres tâches qu’à faire passer le permis ! »

MICHEL TEREKOFF (FNEC) : « Cette méthode a pu paraître positive à certains établissements au début, mais au fil du temps ils se rendent compte qu’ils sont perdants. Les deux premiers départements qui ont expérimenté cette nouvelle méthode, la Sarthe et la Mayenne, sont actuellement en ébullition : le nombre de places d’examens diminue. Certaines auto-écoles vont même devoir cesser leur activité. Cette méthode a érigé en critère absolu le taux de réussite. Or, le taux de réussite de l’examen pratique ne dépend pas du seul enseignant, mais aussi de nombreux autres facteurs. Nous continuerons à dénoncer ce système, que l’administration cherche à étendre progressivement, assurant qu’elle tire la profession vers le haut. Au contraire, le taux de réussite, qui va devenir l’objectif essentiel, ouvre grand la porte au bachotage (faire faire systématiquement aux élèves des circuits d’examen…). Un autre aspect dramatique est le sort des candidats ajournés, qui vont errer à la recherche d’une auto-école qui veuille bien les accueillir ».


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