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map Vie des régions — Avril 2021

Nord - Une auto-école pour les accidentés de la vie

Le centre Espoir, basé à Hellemmes dans le Nord, a créé une auto-école spécialisée pour les personnes en situation de handicap. Son enseignante, Béatrice Mairet, qui présente elle-même une mobilité réduite, a développé une pédagogie adaptée aux différentes pathologies. Sa mission : permettre aux élèves de retrouver leur autonomie.


L’auto-école handicap de l’Association Espoir a ouvert ses portes le 28 septembre 2020. « Elle s’adresse à toutes les personnes porteuses d’un handicap, qu’il s’agisse de paraplégie, de tétraplégie et tous les troubles de fonctionnement tels que la dyspraxie, la dysphasie », explique l’enseignante de la conduite, Béatrice Mairet. Implantée à Hellemmes près de Lille, cette auto-école est installée dans les locaux du Centre Espoir. Depuis 2015, celui-ci a créé une cellule de régularisation et de réadaptation à la conduite pour les patients victimes d’un accident de la vie et qui ont perdu la validité de leur permis de conduire. Pour reprendre le volant, ils doivent suivre tout un protocole : tests neurologiques, ergothérapiques, séance sur route pour évaluer leurs aptitudes à conduire. à la suite de quoi, ils doivent obtenir l’aval du médecin agréé par la préfecture qui codifie les adaptations à mettre en œuvre. Mais avant d’être présentés à un inspecteur du permis de conduire, ils doivent reprendre le volant. C’est à ce stade du protocole qu’entre en scène Béatrice Mairet. « Il y a très peu d’auto-écoles spécialisées dans le handicap dans la région et aucune à Lille. C’est la raison pour laquelle le Centre Espoir a eu l’idée de créer sa propre structure ».


Une enseignante elle-même handicapée
Deux véhicules (un Renault Kangoo et une Toyota Corolla automatiques) ont été achetés. Ils ont été dotés de tous les équipements par la société Lenoir : commandes au volant avec boule et cercle pour accélérer, inversion des pédales, systèmes de tiré-poussé, clignotants intégrés dans les appuie-têtes… « Nous adaptons les équipements en fonction du ou des handicaps des élèves », poursuit la monitrice. Celle-ci enseigne la conduite depuis 1997. Mais en 2011, elle a été amputée de la jambe gauche suite à un problème de santé. « Quand j’ai repris mon travail, j’ai commencé à enseigner la conduite aux personnes à mobilité réduite sur des boîtes automatiques ». C’est donc « tout naturellement » qu’elle a présenté sa candidature au poste de moniteur d’auto-école du Centre Espoir, dont elle est une ancienne patiente. « Du fait de mon handicap, j’ai une crédibilité auprès des élèves. Je peux me permettre de plaisanter avec eux. Mes remarques sont mieux perçues que si elles provenaient d’une personne valide ». Pour parfaire ses connaissances, Béatrice Mairet échange régulièrement avec les praticiens du Centre.


Vingt élèves en formation
Aujourd’hui, l’auto-école compte 20 élèves. « Nous ne commençons la formation que s’ils ont obtenu le Code ». Le premier élève sera présenté à l’inspecteur du permis de conduire en avril 2021. Car leur formation nécessite du temps : entre 10 et 15 heures de plus que pour un élève en cursus classique. Pour évaluer ce temps d’apprentissage, Béatrice Mairet réalise systématique un bilan via le logiciel Planet Permis. « Ensuite, ils suivent un cours en salle de 50 minutes et une séance sur route de 20 minutes ».


De l’empathie, mais pas de pitié
Pour ce qui est de l’enseignement, Béatrice Mairet suit le REMC. « Il faut beaucoup de psychologie pour travailler avec des personnes en situation de handicap ». C’est notamment pour cela qu’elle parle beaucoup avec ses élèves pour comprendre leur histoire et déterminer leurs limites. « Il faut aussi de l’empathie, mais surtout pas de pitié ! Certaines personnes estiment que leur handicap les autorise à penser que leur erreur est excusable. Ce n’est pas le cas. Mon objectif premier est la sécurité routière ». Et lorsqu’elle estime qu’un élève n’est pas apte à reprendre le volant, l’enseignante n’hésite pas non plus à le lui dire. « J’arrive à leur faire comprendre car je sais de quoi je parle ». Son travail consiste à s’adapter en permanence. « J’utilise différentes pédagogies. Il faut beaucoup de patience, expliquer lentement, souvent plusieurs fois. Il faut aussi parfois écrire pour que les élèves visualisent mieux les actions. Je ne vais pas travailler de la même façon avec quelqu’un atteint de dysphasie, d’un traumatisme crânien ou tétraplégique ». L’objectif de ces leçons est d’apprendre aux élèves à maîtriser les équipements techniques du véhicule. « La finalité est de leur permettre de retrouver une autonomie », rappelle Béatrice Mairet.


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