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school Pédagogie — Février 2021

Les simulateurs de conduite commencent à se démocratiser

Depuis une modification de la réglementation en 2019 qui permet désormais d’effectuer jusqu’à 10 heures de formation sur simulateur et des possibilités de financement via la location longue durée, de plus en plus d’auto-écoles s’équipent de cet outil pédagogique. Enquête sur ce marché en plein développement. 


C’est en juin 2019 lors du congrès annuel du CNPA-ESR, que Stéphane Kervazo, directeur de l’auto-école Esprit Conduite à Quimper, dans le Finistère, a été séduit par le simulateur Oscar 1 de Codes Rousseau. « Jusqu’alors j’étais réfractaire à cet outil car les premières générations n’étaient pas réalistes en termes de technologie », explique-t-il. « Mais les récentes évolutions de ces outils font que les fonctionnalités sont beaucoup plus abouties ». En effet, les machines proposées sur le marché de la simulation s’approchent de plus en plus près de la réalité. Tant au niveau du poste de conduite que de l’environnement extérieur. Les logiciels permettent de mettre en scène toutes les étapes de l’apprentissage de la conduite, de la maîtrise des fondamentaux de la compétence 1 du REMC jusqu’aux niveaux 3 et 4. Pour sa part, ENPC/EDISER propose quatre modèles pour le permis B avec toute une série d’options, notamment la boîte mécanique ou automatique. L’éditeur pédagogique propose aussi d’installer un 4ème écran pour dispenser des formations collectives. Il a également développé une fonction d’interopérabilité entre le simulateur et les données numériques inhérentes à chaque élève. « Nous arrivons à le suivre et étudier sa progression depuis son entrée dans l’établissement jusqu’à sa sortie », indique Antoine Beaudonnet, directeur commercial chez ENPC/EDISER qui confie que la fonction « eyes tracking », autrement dit, le suivi du regard est en cours de développement. « L’objectif est d’aller chercher la perception de l’œil dans le rétroviseur. »


Perpétuelle évolution technologique
Pour sa part, Codes Rousseau a récemment présenté de nouvelles innovations technologiques, avec le lancement
d’­Oscar 2. Parmi lesquelles le ralentissement d’un évènement à un instant T. « Le slow motion ralentit l’image à 10 % de sa vitesse. La machine explique et détaille les dangers d’une situation : par exemple, un vélo qui traverse devant la voiture », résume Stéphane Amadeï, directeur commercial chez Codes Rousseau. Le choix a également été fait de positionner le volant à gauche et d’installer un écran arrière pour effectuer des manœuvres. « Nous sommes les seuls à proposer cette option. Ce qui nous permet de prendre une longueur d’avance ». Tous les éditeurs pédagogiques proposent des fonctionnalités de conduite en situation dégradée (pluie, neige, verglas) et l’éco-conduite. Le groupe Develter -qui a développé des écrans incurvés en haute définition de 55 pouces- fournit, quant à lui, une brique logicielle axée sur la sécurité routière. « Nos clients utilisent notre simulateur pour sensibiliser les conducteurs aux freinages d’urgence, aux temps de réaction, aux situations d’accident, aux mesures de sécurité », déclare Stéphane Develter, président-fondateur du groupe. L’ingénieur a récemment intégré dans son simulateur une webcam pour filmer le conducteur. Cette captation d’image est synchronisée avec le magnétoscope pour pouvoir analyser son comportement, sa capacité d’observation et travailler sur les éléments distracteurs. « Nous pouvons enregistrer 20 heures et passer en revue l’intérieur et l’extérieur de la voiture ainsi que la place des autres passagers ». À Quimper, Stéphane Kervazo utilise en premier lieu le simulateur pour l’évaluation de ses élèves. « Les questions posées sont beaucoup plus pertinentes et pointues que celles du logiciel Observer », estime le responsable. Pour Stéphane Amadeï, « l’évaluation de départ sur simulateur met tout le monde à égalité car la machine ne laisse rien passer ». Et cela évite toute contestation de l’élève auprès de l’enseignant.


Pas de problème de stationnement !
Ces outils pédagogiques présentent plusieurs intérêts. Pour les auto-écoles, cela leur permet de s’affranchir de la recherche de parkings pour dispenser les premières leçons de conduite. Une problématique de plus en plus prégnante dans les centres urbains. « Désormais, je ne vais plus sur les parkings, sauf quand les élèves ont de grandes difficultés pour manipuler le volant et les commandes », indique Stéphane Kervazo.


Moins de stress pour les élèves
L’autre avantage de la simulation est de « libérer » les apprentis conducteurs du stress lié à la conduite. « C’est un très bon outil pour débuter la formation. Un élève qui n’est pas à l’aise regarde ses pieds, ses mains et le levier de vitesse et pas la route », poursuit l’enseignant quimpérois. L’intérêt du simulateur est de travailler au calme. « Au début, les élèves sont souvent angoissés à l’idée de déplacer une voiture au milieu de la circulation », rappelle Patrick Crespo, président de CER Réseau. Le simulateur leur permet d’acquérir les fondamentaux de la conduite grâce à la répétition des automatismes.


Réduction du nombre d’heures de cours en voiture
« Le simulateur n’est pas conçu pour apprendre à conduire. Son objectif est d’intégrer les compétences de base telles que démarrer, manier le volant, passer les vitesses, accélérer, freiner », rappelle Antoine Beaudonnet. La répétition de ces apprentissages présente un intérêt : réduire le nombre d’heures passées en voiture. « Sans simulateur, la moyenne est de 35 heures. Avec, il faut plutôt compter entre 26 et 28 heures », souligne le directeur commercial de ENPC/EDISER. Un gain de temps également observé par Philippe Colombani, président de l’UNIC : « après environ 5 heures passées sur un simulateur, l’élève démarre, passe les vitesses et s’arrête. On peut l’emmener sur autoroute après avoir révisé ces compétences ». Aujourd’hui, on estime à seulement 10 % les écoles de conduite équipées d’un simulateur. « Il y a une frilosité de la profession vis-à-vis des nouvelles technologies. Des auto-écoles ont peur que cet outil pédagogique dévalorise leur capacité d’enseignement. Ce qui n’est absolument pas le cas », affirme Philippe Colombani. « Le simulateur va décharger le moniteur de toute une partie du travail qui, pour moi, n’est pas la plus valorisante et la plus enrichissante. Le simulateur n’est pas leur ennemi car il ne remplacera jamais un enseignant ».

Un investissement coûteux…
Une autre réalité explique ce faible taux d’équipement : le coût élevé des simulateurs. Au comptant et selon les options choisies, le prix de ces appareils va de 17 500 à 30 000 euros chez ENPC/EDISER. Ils coûtent en moyenne 20 000 euros chez Codes Rousseau et peuvent atteindre 40 000 euros chez Develter. Cependant, les ventes augmentent fortement ces dernières années. Ce phénomène est lié à deux principales raisons. Depuis l’été 2019, la règlementation autorise d’effectuer (dans le cadre des 20 heures) jusqu’à 10 heures de formation pratique sur un simulateur de conduite au lieu de 5 heures auparavant. Par ailleurs, leur utilisation est en cours de démocratisation grâce à des solutions de financement au travers de la location longue durée (LDD). Chez ENPC/EDISER, 93% des auto-écoles ont eu recours à cette formule. Son avantage : disposer tous les 3 ou 4 ans des dernières innovations technologiques et informatiques. « Jusqu’en 2016, nous commercialisons 150 machines par an. Aujourd’hui nous en vendons un peu plus de 300 et nous avons plus de 600 demandes de financement », indique Antoine Beaudonnet. Codes Rousseau constate aussi une envolée de ses ventes, dont 50 % s’effectuent via la LDD. « Il y a un réel engouement pour ces outils pédagogiques depuis trois ans. Jusqu’alors nos ventes progressaient de 15 à 20 % par an. En 2020, l’augmentation aura été de 200 % », affirme Stéphane Amadeï. Seul le groupe Develter constate une constance de ses ventes de simulateurs auprès des auto-écoles. « Nous vendons une dizaine de machines par an en France », explique Stéphane Develter. Pour ce groupe, les écoles de conduite ne sont pas sa cible principale. « Concevoir un simulateur pour dire aux gens « vous allez apprendre à démarrer et passer les vitesses » ne m’intéresse pas », affirme-t-il. C’est pourquoi, la stratégie de développement de cette entreprise est orientée vers la formation des conducteurs professionnels, ainsi qu’en direction des seniors et des personnes en situation de handicap ou victimes d’accidents de la vie.


… mais un rapide retour sur investissement
L’intérêt de la location longue durée est un moyen pour tester cet outil, évaluer les avantages et calculer le retour sur investissement. Reste que l’actuelle situation économique des auto-écoles fait que toutes n’obtiennent pas le financement. « Chez ENPC/EDISER, nous nous interdisons de vendre un simulateur à une auto-école qui enregistre entre 6 et 7 inscriptions par mois car ce ne serait pas rentable pour elle », affirme Antoine Beaudonnet. Codes Rousseau estime pour sa part que l’amortissement intervient lorsque cinq élèves par mois travaillent sur un simulateur. « Nous n’avons jamais vu de client qui ne l’amortissait pas », assure Stéphane Amadeï. D’autant plus que rapporté au coût d’un salarié, d’une voiture et des frais incompressibles (assurance, entretien, carburant…), un simulateur reste moins cher. Philippe Colombani fait un rapide calcul : « Un simulateur coûte environ 550 euros par mois. Si une auto-école a 8 inscriptions par mois et que les élèves passent 5 heures sur le simulateur, cela fait 40 heures. Soit 13 euros de l’heure. On n’atteindra jamais ce tarif avec une voiture. Par conséquent, dire qu’un simulateur coûte cher est faux ». Chez ECF, le recours à cet outil est encore moins coûteux puisque le réseau a développé son propre simulateur. Appelée The Good drive, cette solution a été développée il y a six ans. « Aujourd’hui les fournisseurs pédagogiques cherchent à être dans la copie exacte d’une voiture, ce qui coûte cher », note Bruno Garancher, président d’ECF. « C’est pourquoi notre filiale TGD a développé un outil de simulation deux fois moins cher que ceux sur le marché ». Au sein des auto-écoles ECF, la finalité de The Good Drive est de travailler avec « des grappes » d’élèves. « Les apprenants répètent un certain nombre d’actions qui nécessitent d’habitude de mettre en œuvre un véhicule et un moniteur ». La simulation est essentiellement utilisée pour des tâches complexes telles que le franchissement d’intersections, la prise de décision, la position sur la chaussée. « L’intérêt de The Good Drive est de retrouver du collectif avec un formateur qui gère entre 2 et 4 élèves ».


En solo ou avec un mono ?
Toute la question est justement de savoir si les élèves peuvent apprendre seul ou au contraire doivent être accompagnés d’un formateur. À Quimper, Stéphane Kervazo et ses enseignants sont systématiquement présents à leurs côtés. « Nous ne les laissons pas seuls face à l’écran. Il faut coacher les élèves dès le départ, sinon cela n’a pas d’intérêt », affirme le directeur. « De plus, quand les élèves sont livrés à eux-mêmes, cela finit par se savoir ». Pour autant, l’enseignant n’impose pas le passage sur le simulateur, mais il constate qu’entre 70% à 90% de ses élèves effectuent leurs premières heures de conduite sur le simulateur. « En moyenne, ils y passent 5 heures ». Le CNPA-ESR préconise aussi la présence de l’enseignant. « Le simulateur est un outil, pas un pédagogue », rappelle Patrice Bessone, président du CNPA-ESR. « La présence de l’enseignant permet de performer la trajectoire pédagogique de l’élève ». Stéphane Develter estime, lui-aussi, que « la valeur ajoutée du simulateur n’est pas la machine, mais le moniteur ». A contrario, l’UNIC considère que la présence d’un enseignant pour la compétence 1 n’est pas nécessaire. « Si tel est le cas, c’est forcément moins rentable, sauf à posséder plusieurs simulateurs et mobiliser un moniteur pour leur supervision », indique Philippe Colombani. « Il faut laisser l’élève tout seul, sauf s’il a de grandes difficultés », nuance-t-il. « Par contre, il est impératif que le moniteur connaisse bien les logiciels pour qu’il y ait une continuité dans le discours pédagogique ». Même position au sein du réseau CER. Selon Patrick Crespo, « l’élève va y perdre s’il a en permanence un moniteur qui regarde au-dessus de son épaule. C’est à l’appareil de donner l’ordre chronologique des actions à effectuer et non au moniteur. En sachant que celui-ci doit rester à proximité ». Une chose est sûre : les écoles de conduite qui ont franchi le pas ne le regrettent pas. Loin de là. Pour Philippe Colombani, « un simulateur est aujourd’hui indispensable pour exercer notre métier ». Même sentiment pour Patrice Bessone pour qui « ce n’est pas un gadget ». Il va même plus loin : « c’est un critère de différenciation pédagogique par rapport aux auto-écoles en ligne dont le dogme est de ne pas avoir de bureaux ». 


Christine Cabiron


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Le simulateur, une passerelle entre l’hôpital et l’autonomie

Après une cinquantaine d’heures passées sur un simulateur de conduite conçu par le groupe Develter, Valentin -victime d’un très grave accident de la route- a pu retrouver ses réflexes et conduire à nouveau une voiture.


La vie de Valentin (qui a souhaité garder l’anonymat) a basculé une nuit de janvier 2016 à 0h30. Une route glissante, la voiture qui part en aquaplaning et c’est l’accident. La voiture est détruite. Valentin, alors âgé de 26 ans, n’a aucune blessure physique mais souffre de lourdes lésions neurologiques. Pendant un mois il restera dans le coma. à son réveil, il peut à peine marcher. Il est alors hospitalisé pendant cinq mois avant de suivre pendant un an une rééducation à l’hôpital de jour de Garches, en région parisienne. L’objectif : récupérer ses fonctions motrices et recommencer à conduire, l’une de ses passions. « Pendant un an, il n’a eu de cesse de demander aux médecins quand cela serait possible », se souvient sa mère. Ces derniers finissent par céder et lui font passer un test de deux heures en janvier 2017 avec une auto-école agréée pour cela. C’est l’échec. Valentin a des difficultés pour maintenir la voiture dans la file. Il ne sait plus gérer le volant. La sentence tombe : l’auto-école décrète qu’il ne pourra plus jamais reconduire. « Ça a été un drame pour Valentin », confie sa mère. Face au désarroi de son fils, elle pousse la porte de Stéphane Develter, dont l’entreprise se situe près de chez elle. « Je savais que cette entreprise concevait des simulateurs de conduite », explique-t-elle.


Quatre heures par semaine
Stéphane Develter s’intéresse au cas de Valentin. Pendant une heure, il va évaluer ses capacités sur un simulateur. « À l’issue du test, il m’a dit que je pourrai reconduire, mais à une condition : que ce soit avec une boîte automatique car j’avais du mal pour synchroniser les gestes », explique Valentin. Débute alors la formation placée sous le contrôle de Stéphane Develter, à raison de quatre heures par semaine. « J’ai commencé par des exercices qui me semblaient bêtes : il fallait aller à gauche, à droite, m’arrêter, démarrer », raconte Valentin. Puis les exercices se sont progressivement corsés pour pratiquer des freinages d’urgence, contrôler l’environnement dans les rétroviseurs. « Stéphane Develter a ensuite introduit des voitures qui faisaient n’importe quoi, me coupaient la route, freinaient brutalement ». Puis, le formateur a confronté son élève à la conduite sur route glissante. « Je n’ai jamais ressenti la moindre angoisse au cours de ces séances car je n’ai aucun souvenir de mon accident. Au contraire, elles m’ont permis de retrouver le plaisir de conduire ». Pour sa mère, ces exercices lui convenaient très bien, « puisque Valentin ne prenait aucun risque. De plus, le simulateur avec son caractère répétitif lui a permis de retrouver tous les réflexes de la conduite, les automatismes et donc son autonomie ».


50 heures de simulateur plus tard…
Il aura fallu quatre mois et plus de 50 heures de simulation pour atteindre cet objectif. En sachant que le parcours de Valentin ne s’est pas arrêté là. « Stéphane Develter m’a ensuite fait conduire une voiture équipée de doubles commandes sur un circuit fermé ». La prise en main de la voiture est naturelle et coule de source. « Pas pour moi ! », s’exclame sa mère, « car j’étais pétrifiée. La bonne nouvelle était que Valentin avait récupéré ses capacités à conduire ». Lesquelles ont néanmoins dû être validées par une auto-école agréée. Pour cela, il a pris 10 heures de leçons de conduite avant d’obtenir le feu vert pour reprendre seul le volant. Aujourd’hui, cela fait deux ans et demi qu’il utilise sa voiture tous les jours et voue toujours une grande reconnaissance à Stéphane Develter. « Je ne le remercierai jamais assez de s’être donné à fond pour que je reconduise. Tout le temps qu’il a passé à mes côtés, c’est autant qu’il n’a pas passé dans son entreprise ». Sa mère estime que le simulateur a été une « passerelle indispensable » entre l’hôpital et l’autonomie. « L’histoire de Valentin donne de l’espoir en termes de mobilité car pouvoir reconduire change la vie », conclue-t-elle.


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