Pour sensibiliser ses élèves en conduite accompagnée aux effets de l’alcool au volant, Sylvie Bihet, gérante de l’auto-école CER Pasteur à Roye (80), met en scène des situations lors des rendez-vous pédagogiques. Objectif : faire passer des messages de sécurité routière de façon interactive.
Sylvie Bihet, gérante de l’auto-école CER Pasteur implantée à Roye, ne tarit pas d’imagination pour capter l’attention de ses élèves lors des rendez-vous pédagogiques. « Je suis passionnée par la sécurité routière et j’ai toujours pris à cœur ces rendez-vous car ils permettent d’échanger, de partager des expériences y compris avec les parents », explique-t-elle. Aussi, elle a eu l’idée de rendre ces réunions interactives, notamment lors des sessions portant sur la lutte contre l’alcool au volant. « C’est bien joli de dire aux élèves de ne pas consommer des stupéfiants, ni boire de l’alcool avant de prendre la route. Sauf que c’est de la théorie et les élèves ont besoin de concret », affirme Sylvie Bihet. Elle a donc cherché des outils pour ne pas transformer ces passages obligatoires en « rendez-vous de l’ennui ». Vaine démarche. « Il n’existe que des supports numériques. Or, l’enseignement de la conduite ne se limite pas à montrer un DVD aux élèves ! », s’emporte-t-elle un peu. C’est en 2002 qu’elle a eu l’idée de « mettre en scène », des séances de sensibilisation sur les conséquences de l’alcool au volant. C’était à La Croix Saint-Ouen (Oise) où se trouvait sa première auto-école. Son atout : une salle de Code de plus de 100 m² où elle pouvait réunir au minimum une dizaine de familles. Un large public pour déployer une nouvelle pédagogie. « C’est un peu du théâtre », reconnaît celle qui n’a jamais pratiqué cette discipline !
Des rendez-vous pédagogiques en 3 actes
« J’arrivais avec des verres et une bouteille de sirop. Chaque fois qu’ils me proposaient de boire un coup, je mettais une cuillère à café de sirop et je faisais un parallèle avec une dose d’alcool pour calculer le taux. C’était un peu du bricolage, mais c’était palpable ! » A ensuite germé l’idée de leur faire « toucher du doigt », les dangers liés à la conduite en état d’ébriété. Une problématique à laquelle elle est particulièrement sensible pour avoir formé des personnes en situation de handicap. « Nombreuses d’entre elles avaient été victimes de l’alcool au volant ». Depuis 2007, date de son installation dans la Somme, Sylvie Bihet aborde cette problématique en s’inspirant d’accidents de la route survenus dans son secteur. « Je leur raconte une histoire et invite les parents et les élèves à ajouter des éléments ». Le synopsis est simple : elle met en scène un personnage fictif, Bébert le routier, qui rencontre un copain à la sortie du boulot. Il fait chaud, c’est la fin de la semaine. Ils décident d’aller boire quelques bières au café du coin pour se détendre, puis de dîner ensemble avec femmes et enfants. L’occasion de déboucher une ou deux bouteilles de vin. « Les élèves et parents me disent ce qu’ils vont boire et en quelle quantité. Ils jouent le jeu, c’est hallucinant », s’exclame-t-elle. « Je conclue l’histoire en leur disant que Bébert est parti à 2 heures du matin mais qu’il n’est pas rentré chez lui car il a eu un accident et a tué sa femme et ses enfants ». Une image choc, renforcée par la lecture de l’article de presse relatant un tel fait divers. « Tous sont sidérés car ils ne réalisent pas la quantité d’alcool absorbée au cours d’une soirée ». Ces rendez-vous sont aussi l’occasion de balayer les idées reçues sur les « astuces » pour réduire le taux d’alcool. « Certains pensent encore qu’il suffit de manger ou boire du café. C’est absurde », se désole-t-elle.
Éthylotests et engagements écrits des élèves
Sylvie Bihet va plus loin. À l’issue des rendez-vous pédagogiques, elle remet un éthylotest à ses élèves ainsi qu’à leur accompagnateur. « Beaucoup n’en n’ont jamais vus et quasiment tous ignorent qu’il existe deux taux de mesure : l’un à 0,20 % pour les jeunes conducteurs et l’autre à 0,50 % pour les autres ». Le dernier acte de ses rendez-vous prend la forme d’un engagement. Chaque élève est tenu de rédiger un résumé de la séance dans son livret d’apprentissage. « Je leur demande aussi de définir un ou plusieurs engagements ». À savoir : comment ils se rendront à des soirées, comment ils rentreront s’ils ont bu de l’alcool, qui ils appelleront pour venir les chercher s’ils ne peuvent pas conduire ni dormir sur place. « Ils écrivent ces engagements noir sur blanc et les signent. Ils prennent ainsi conscience des risques à conduire sous l’emprise de l’alcool », affirme Sylvie Bihet.
Appelée à 4 heures du matin par des élèves !
Un message reçu 5/5 par la majorité de ses apprentis-conducteurs. « Un jour, des élèves m’ont appelée à 4 heures du matin car ils n’étaient pas en état de conduire et n’osaient pas prévenir leurs parents. Je suis allée les chercher en boîte de nuit en leur disant que c’était exceptionnel ! », se souvient-elle. « L’aspect positif de cette anecdote est qu’ils avaient compris le message. Si au cours de mes années d’enseignement mon action permet de sauver ne serait-ce qu’une vie, c’est déjà ça ! ».