Le IIIe congrès de l’Unic s’est tenu les 22 et 23 novembre, à Châtelaillon-Plage, en Charente-Maritime. L’occasion de parler de la réforme du permis, mais aussi de présenter aux adhérents les opérations lancées par le syndicat.À l’instar du réseau CER dont le XXVe congrès s’est déroulé les 23, 24 et 25 octobre derniers sans le sous-directeur à la formation du conducteur, Marc Meunier, l’Unic a dû se passer de la présence d’un représentant du gouvernement. Si, selon le président de l’Unic, Philippe Colombani, les invitations ont bien été envoyées par le syndicat, la DSCR préfère semble-t-il « garder le silence tant que la réforme du permis de conduire n’est pas officiellement dévoilée ». Pour autant, l’absence d’un représentant de la DSCR n’a pas empêché l’Unic de faire le point sur le sujet… dans la mesure de ses connaissances. « Il n’est pas question de vous dire en quoi consiste la réforme, pour la simple raison que nous n’en savons rien, a avoué Philippe Colombani. Bien sûr, diverses rumeurs circulent, mais ce ne sont que des rumeurs et il n’est pas dit que certaines mesures dont on entend parler actuellement se retrouvent dans le texte final. »
CHRONIQUE D’UNE RÉFORME ANNONCÉE Philippe Colombani a donc dressé une rapide chronologie des événements en trois temps : la lettre envoyée par Nicolas Sarkozy, avant les élections présidentielles, dans laquelle il s’engageait à réformer le permis de conduire, puis l’annonce que le permis est trop cher par plusieurs médias et hommes politiques et enfin, les réunions de concertation avec la profession qui se sont déroulées tout l’été.
PROPOSITIONS DE L’UNICJoël Cassegrain, vice-président de l’Unic, qui a participé à plusieurs réunions de concertation, a alors présenté aux adhérents le projet de réforme du permis de conduire élaboré en 2006 par l’Unic et intitulé « Auto-École autrement ». celui-ci a été proposé à la DSCR. Le projet prévoit, entre autres, une réorganisation en profondeur des systèmes de formations et du passage des examens, mais aussi une revalorisation de la profession et une valorisation des responsabilités des inspecteurs (voir La Tribune des Auto-Écoles n°120).
Outre le projet « Auto-École autrement », l’Unic a proposé un second projet de réforme, qualifié de « plus light », lors de ces réunions de concertation. Ce dernier consiste notamment à créer des centres d’évaluation privés qui seraient chargés de faire passer un « examen blanc » à tout futur candidat à l’examen du permis pour déterminer si celui-ci est prêt ou pas à passer l’épreuve. Ces centres feraient également passer les visites médicales, les tests psychologiques, vérifieraient la validité des documents 02, fourniraient les véhicules pour le passage de l’examen, des locaux décents, etc.
- Avantage pour l’État : seuls les élèves jugés « prêt » se présenteraient à l’examen, ce qui devrait augmenter le taux de réussite et réduire les délais d’obtention d’une place d’examen pour les candidats prêts. Par ailleurs, la création de ces centres engendrerait des emplois.
- Avantage pour les établissements de conduite : ils pourraient se recentrer sur la formation et éviter les conflits avec les élèves qui exigent de passer l’examen, alors qu’ils n’ont pas le niveau requis.
- Avantage pour les inspecteurs : ils conserveraient leur statut de fonctionnaire, travailleraient dans de meilleures conditions et ne devraient plus examiner des candidats qualifiés de « dangereux » car pas prêts à conduire seuls.
UNE CONCERTATION, MAIS PAS DE DÉBATAprès la présentation des propositions de l’Unic, Philippe Colombani a tenu a expliqué à ses adhérents que s’il y « a eu concertation, il n’y a pas eu débat. En tout et pour tout, l’Unic n’a disposé que d’une demi-heure pour faire ses propositions à la DSCR ». Et pour confirmer ses propos, le président de l’Unic a invité les adhérents qui avaient participé aux réunions avec la DSCR et les représentants de la profession, « à monter à la tribune pour faire part de leur ressenti ». « Beaucoup de blabla », « masturbation intellectuelle », tous ont expliqué regretter le manque de discussions entre les différents protagonistes et avoir eu le sentiment que les décisions étaient déjà prises ». « À chaque fois que l’on posait une question sur le mode de financement d’une mesure ou le contenu d’une formation, la DSCR nous répondait, « on verra plus tard ! », s’est indigné Philippe Colombani, avant de confier qu’il avait par ailleurs eu le sentiment que « finalement, les autres syndicats ne semblaient pas vraiment vouloir changer les choses »…
Dans la salle, un congressiste a alors posé une question qui a fait mouche : « Est-ce que le gouvernement nous prend pour des chefs d’entreprises ? Car nous effectuons de la formation, mais nous avons aussi à gérer une entreprise. On a parlé de nous supprimer l’ETG, du coup, je n’ai pas investi tout de suite dans un matériel plus récent, de peur qu’il ne soit obsolète dans quelques mois. Il y a des changements tous les cinq ans, il est difficile de travailler et de convaincre les banquiers de nous accorder un prêt pour investir dans nos entreprises ! ». Réponse sans équivoque du président de l’Unic : « Non, nous ne sommes pas considérés comme des chefs d’entreprise, mais comme une profession réglementée et à la botte de l’Administration ! ».
DE NOMBREUSES QUESTIONS SANS RÉPONSES…Outre la réforme, les congressistes ont été invités à poser des questions sur les différents dossiers en cours. Et force est de constater que la profession reste en attente de réponses sur nombre de sujets. Ainsi, la réforme du CSECAOP semble reléguée dans un fond de tiroir. À tel point que les élections, qui auraient dû se tenir cette année et qui ont été repoussées à 2009, pourraient ne pas avoir lieu. La formation actuelle au BSR devrait se transformer en permis à part entière d’ici deux ou trois ans, mais aucune information concrète n’a été donnée quant à la mise en application. À noter d’ailleurs que le nombre d’heures pour la formation complémentaire obligatoire qui permettra aux titulaires du permis B de conduire un 125 cm3 n’a pas été défini. « On nage en eaux troubles ! », s’exclame Philippe Colombani, qui rappelle tout de même que la loi prévoit une application dès le 1er janvier 2009 et qu’il serait grand temps d’être informé.
Quant à la nouvelle méthode de répartition des places d’examens, qui n’a plus de nouveau que le nom, « il faudra s’en accommoder », a avoué le président de l’Unic. « Nous avons intenté des procès que nous avons perdus, je ne vois pas de solution. Je pense cependant que le combat de l’Unic n’a pas été vain, car si l’Administration avait fait une application brutale de la méthode, 20 % de la profession aurait été éliminés. Or, certaines auto-écoles continuent à obtenir des places malgré un mauvais taux de réussite. Donc, la DSCR continue son euthanasie… » Pour sa part, Joël Cassegrain a tenu à témoigner de son expérience malheureuse : « Cette méthode ne permet pas de développer une entreprise. Je voulais embaucher un moniteur poids-lourd car j’ai une demande importante en formation PL. Mais je n’ai pas pu le faire car je n’ai pas assez de places. Donc, je refuse des élèves et je n’embauche pas ». Sans commentaire.
LANCEMENT D’UN ORGANISME DE FORMATIONMalgré toutes ces inquiétudes, l’Unic ne se laisse pas abattre. Aussi, le syndicat a profité de son IIIe congrès pour lancer officiellement « Ligne droite », un organisme de formation destiné aussi bien aux salariés et aux exploitants (stages de réactualisation des connaissances, de gestion, de secrétariat, de post-permis, d’éco-conduite, etc.) qu’aux entreprises. Présidée par Joël Cassegrain, Ligne droite est une association de type loi 1901, dont les membres sont tous titulaires du Bepecaser et/ou du BAFM et adhérents à l’Unic. « L’objectif est que l’association soit lucrative pour les adhérents et que des stages soient proposés dans toute la France », explique Joël Cassegrain. « Par ailleurs, nous travaillons à élaborer des produits avec un véritable contenu pédagogique le plus complet possible pour former au mieux les futurs formateurs. »
PROJET DE CRÉATION D’UNE SOCIÉTÉ DE LOCATION DE VÉHICULES Enfin, face au développement des sociétés de location de véhicules à doubles commandes et à l’absence de réaction du gouvernement sur le sujet, l’Unic a décidé de créer sa propre société de location de véhicules à doubles commandes, dont les actionnaires seront les adhérents de l’Unic. Pour le moment, le syndicat a pris contact avec un important loueur LLD dans le but de signer un partenariat qui lui permettrait de bénéficier de l’infrastructure du loueur et de couvrir l’ensemble du territoire français. Le principe consisterait ensuite à rémunérer les auto-écoles qui apporte un client. « Business is business ! », dit en riant Philippe Colombani, « et tant qu’à faire autant que les adhérents de l’Unic en profitent. »
Sandrine Ancel
CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LIGNE DROITE
Président : Joël Cassegrain
Vice-président : Thibault Droinet
Vice-président adjoint : Jean-Pierre Favelet
Secrétaire général : Denis Allouche
Secrétaire général adjoint : Jo Grech
Trésorier : Jean-Luc Ouvry,
Trésorier adjoint : Éric Besse
Autres membres : Philippe Colombani, Thierry Hemmen, Éric Marcely, Jean-Pierre Potin et Sébastien Préault
RÉFORME DE L’ETG
Des jeunes des Républicains sociaux (parti de présidé par Christine Boutin) sont venus au congrès de l’Unic pour rencontrer les adhérents, mais également les éditeurs pédagogiques. En effet, ils sont chargés de rédiger un rapport en vue de reformuler et/ou de supprimer certaines questions de l’épreuve théorique pratique jugées trop alambiquées ou trop compliquées.