Dans l’après-confinement, les professionnels de l’enseignement de la conduite et de la sécurité routière de la préfecture de la région des Pays de la Loire, réfléchissent sur leur métier et construisent l’avenir.
Nantes Métropole regroupe 24 communes et compte près de 640 000 habitants. Elle a fait de l’écologie une priorité, ce qui se traduit par 42 exploitations bio sur son territoire consacré à hauteur de 60 % à l’agriculture péri-urbaine et aux espaces verts, mais aussi près de 600 kilomètres de pistes cyclables. Cette métropole labellisée Métropole French Tech attire de nombreuses entreprises. Cela lui permet d’avoir une croissance de l’emploi supérieure à la moyenne nationale et d’être particulièrement attractive pour les étudiants. Son point faible ? Le logement. La métropole comme la ville de Nantes qui en est le centre et qui se prévaut du titre de « Capitale des Pays de la Loire » cherche à pallier les carences enregistrées en ce domaine, ce qui concourt aussi à son dynamisme. En plein centre-ville, à deux pas de la Tour de Bretagne, cet immeuble de bureaux des années 1970 bientôt démantelé qui domine le quartier de sa haute stature, la vitrine de l’école de conduite Briand est plutôt discrète. Mais l’adresse est connue depuis 1953, notamment des élèves des lycées Jules Vernes, Guist’Hau, Clémenceau et Saint-Stanislas comme des étudiants des écoles de commerce qui, le soir, quittent leur campus excentré pour vivre en ville. « C’est mon grand-père qui a créé cette entreprise, s’amuse Christophe Briand qui l’a reprise en 1993. Il était chauffeur de cars et leur terminal se trouvait à proximité. Il a voulu changer de métier tout en restant dans le secteur de l’automobile. Mon père est venu travailler avec lui, ma mère aussi et quand elle a pris sa retraite, c’est ma femme qui m’a rejoint ». Véronique Briand écoute l’histoire qu’elle a entendue mille et une fois avec un grand sourire.
Les attaques des écoles low-cost sont insupportables
Chargée de mission en habitat ancien dans un cabinet d’architectes, elle n’a pas hésité un moment à suivre son mari. À 40 ans, elle a brillamment réussi son Bepecaser et s’est lancée dans l’aventure. « Enseignante de la conduite, c’est un métier génial, s’exclame-t-elle, et je ne regrette rien ! Même si l’administratif est souvent lourd à gérer, il y a le contact avec les élèves, pas seulement des jeunes, des hommes et des femmes de tous âges, de toutes conditions sociales ». Son grand sourire en dit plus long que tous les mots et quand elle le perd, c’est pour s’alarmer sur l’avenir. « Les attaques des écoles low-cost sont insupportables. On les collectionne ! Permis Go s’est installé à 30 mètres de chez nous avant de fermer et de disparaître. Ornikar a fait ses premiers tours de roues dans notre ville et aujourd’hui une nouvelle enseigne vient de s’installer tout à côté ». Pour les Briand, pas d’autres solutions que de s’adapter et de baisser les prix. À en croire cependant les élèves qui, inscrits dans une école low-cost, viennent après plusieurs échecs au Code, l’accueil et la qualité pédagogique des Briand, celle des cours de Code qui sont donnés par Véronique en particulier, font la différence. « Les pouvoirs publics ne nous ont pas facilité la tâche, explique encore Véronique Briand, Ils nous ont supprimé la possibilité de proposer le « permis à 1 euro par jour » parce que nous avons refusé de déposer un dossier de labellisation. Mais c’est un tel travail administratif ! Et en plus, ce n’est pas un gage de qualité pour les élèves quand on voit que certaines low-cost sont labellisées ». C’est dit… et bien dit !
Aller de l’avant !
Il faut maintenant tourner la page et regarder devant. « Le confinement est derrière nous, note Véronique Briand. Nous avons eu peur bien sûr, mais le CNPA dont nous sommes adhérents, a été largement présent, notamment sur les réseaux sociaux et c’était très réconfortant. Les mesures prises par le gouvernement nous ont aussi aidés. Nous avons moins apprécié d’avoir dès la réouverture un contrôle sanitaire, puis un contrôle pour s’assurer que j’avais bien eu le droit au chômage partiel et nous pestons un peu contre le « contrat type » qui fait quatre pages au minimum alors que l’on peut tout dire et avec les mêmes garanties en deux ! ». Ce que Véronique Briand a aimé en revanche, c’est le retour à la vie (presque) normale. « Ce qui, dans cette période compliquée, m’a le plus réjouit, dit-elle, c’est que depuis le début juin, l’activité a repris à grande vitesse. Nous avons enregistré de très nombreuses nouvelles inscriptions et même si cela a « coincé » un peu au niveau de l’examen pratique, nous avons assez rapidement comblé notre retard ». « Vous savez, conclut Christophe Briand, notre auto-école n’est pas seulement une affaire familiale depuis près de 70 ans, c’est notre vie »… Et là, Véronique le fusille du regard et ajoute, visiblement heureuse : « Pas du tout, il y a aussi nos deux grandes filles et la joie d’être grands-parents ».
Une femme de conviction
Non moins enthousiaste, mais plus réservée, Sophie Bonnefon qui est à la tête de l’École de conduite du Rond-Point de Rennes aurait peut-être voulu être infirmière. La première année de formation l’a plutôt déçue et du coup, après une conversation avec son beau-frère qui est enseignant de la conduite, elle se tourne vers ce métier. Salariée pendant plusieurs années à Bourges, puis dans le sud de la France, elle rachète une petite entreprise à La Chapelle-sur-Erdre, à quelques kilomètres de Nantes, en 2012. « Pour Monsieur Perraud qui partait en retraite, me vendre son auto-école, c’était transmettre. C’est ce qui comptait pour lui », raconte Sophie Bonnefon. Son mari, Jérôme, l’a rejointe et trois ans plus tard, ils ont eu l’opportunité de reprendre l’affaire qu’ils dirigent aujourd’hui. « Je suis une femme de conviction et je respecte toujours mes promesses, dit encore Sophie Bonnefon. Cela explique que j’ai racheté l’auto-école de Michèle Jean quand elle est partie à la retraite et qu’aujourd’hui nous ayons une deuxième adresse à La Chapelle-sur-Erdre ».
Les gestes barrière sont toujours d’actualité
Derrière le plexiglass qui la sépare de ses interlocuteurs, Sophie Bonnefon fait un premier bilan de l’après-confinement. Elle aussi a eu très peur dans les premiers jours. « La fermeture administrative, je l’ai vécue comme un arrêt de mort se rappelle-t-elle. J’ai eu une grosse crise angoisse et puis les choses se sont arrangées. Les gens ont commencé à nous rappeler, nous avons pu organiser des séances de Code par Internet dans d’excellentes conditions parce que nous disposons d’Easysysteme des Codes Rousseau. Et puis, nous avons rouvert le « cahier des inscriptions » et enregistré pendant une partie du mois de juin et début juillet jusqu’à quatre nouvelles demandes par jour. J’avais une trésorerie très saine, ce qui m’a permis d’assurer les salaires avant d’être remboursée pour la plus grande partie par l’État. Et l’aide de 1 500 euros qu’en tant que petite entreprise, j’ai touché du Fonds de solidarité, a été la bienvenue ». Tout cela semble bien loin même si les gestes barrière sont toujours d’actualité. Au Rond-Point de Rennes, on n’accepte qu’une personne à la fois dans le mini-bureau, on continue à désinfecter les voitures après le passage de chaque élève, on respecte la distanciation physique dans la salle de Code et de fait, on limite le nombre d’élèves à chaque session.
Un rôle social
« Depuis 2015, affirme Sophie Bonnefon, nous avons connu une progression constante. L’entreprise a bien grandi et nous présentons 400 élèves par an aux épreuves pratiques du permis B avec des taux de réussite qui jusqu’ici était de l’ordre de 70 %, mais ils ont tendance à baisser parce qu’une partie des jeunes ne s’engagent pas… pour ne pas dire que, poussés par leurs parents, ils viennent à reculons ». La confiance est pourtant toujours là. Elle repose sur des valeurs fortes et d’abord une gestion « familiale » de l’auto-école avec une empathie pour les clients. Il faut parfois les aider et jouer les assistantes sociales quand ils sont en grande difficulté comme ce jeune homme pris en charge par le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) avec qui Sophie Bonnefon a établi des relations étroites pour qu’il soit autorisé à sortir pour prendre ses leçons de conduite et à participer au cours collectif de Code. « Notre public est très cosmopolite et socialement très hétéroclite, insiste Sophie Bonnefon qu’on sent enseignante par plaisir et secrétaire administrative par contrainte. Aussi, ma ligne de conduite n’a pas varié d’un iota depuis que j’ai embrassé ce métier : il faut avoir du respect pour les gens, les accompagner d’un bout à l’autre et tout mettre en œuvre pour qu’ils accèdent au permis et donc à leur autonomie ».
Des inspecteurs qui ont joué le jeu
Autonomie. C’est un terme qui est aussi cher à l’équipe de l’ECF CER Centre Atlantique (ECF Cerca) qui possède deux sites autour de Nantes, Les Sorinières d’une part, Vertou de l’autre. À l’origine de cette auto-école, une « vieille maison créée par Jean-Claude Gautier à Rézé en 1972 et qui a rejoint l’ECF quatre plus tard, puis la Scop ECF Cerca en 1992. Elle a en effet comme spécialité de travailler avec les personnes en situation de handicap : trois formateurs dont un référent pédagogique, — en réalité un formateur et demi en équivalent plein temps — peuvent intervenir dans les établissements spécialisés. « Notre entreprise a initié des partenariats avec des centres de rééducation dès 1976 et depuis 1978, avec des Établissements et Services d’Aide par le Travail (ESAT), ces établissements médico-sociaux qui ont pour objectif l’insertion sociale et professionnelle d’adultes handicapés », explique Thomas Onillon, responsable de la formation professionnelle. À l’heure des vacances et en l’absence de Béatrice Herault qui est tout à la fois la responsable et la mémoire de l’auto-école, c’est lui qui nous reçoit autour des pistes du site des Sorinières. L’école s’y est installée il y a deux ans et peut, en plus de l’enseignement de la conduite, assurer des formations diplômantes en transport et logistique dans d’excellentes conditions. « C’est un site parfaitement accessible depuis le centre-ville avec le Chronobus C4, dit encore Thomas Onillon. Aussi notre clientèle est très large. Elle est formée à 80 % par des jeunes, lycéens, étudiants, apprentis, et à 20 % d’adultes qui mobilisent les sommes acquises sur leur CPF pour financer leur permis. Depuis janvier 2020, cette population est d’ailleurs en augmentation ».
Après le confinement, l’équipe de l’ECF Cerca a pris une semaine pour tout préparer avant de recevoir ses premiers élèves. Sens giratoire dans les locaux, réduction de la capacité des salles de Code avec marquage au sol, masque et visière dans les véhicules avec désinfection, par l’élève, après le cours, les procédures sont lourdes et respectées à la lettre. « Nous avons été parfaitement compris et nous n’avons rencontré que peu de réticences, dit encore Thomas Onillon. Dans un premier temps, nous avons mis entre parenthèses notre principe de base, 2 élèves par véhicule pour 2 heures de cours, mais nous avons, depuis juillet, repris nos cours en binôme. En réalité, après quelques jours, tout est rentré dans l’ordre grâce aussi à des inspecteurs qui ont joué le jeu. Les résultats ont été plutôt bons puisque nous avons eu, depuis le 16 juin, 71 % de réussite au permis « B » contre 65 % en temps normal ». Une bonne façon de préparer l’avenir alors que les demandes d’inscription se font plus nombreuses et que la « vraie » rentrée, à la fin de l’été, s’annonce sur les meilleurs auspices.