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school Formation — Septembre 2020

Formation post-permis de 7 heures : les écoles de conduite ont du mal à recruter des stagiaires

Les auto-écoles peinent à organiser des formations post-permis permettant aux jeunes conducteurs de réduire la période probatoire. En cause : la très grande méconnaissance de ce dispositif. La profession souhaite que le gouvernement adresse un courrier-type à chaque nouveau conducteur cinq mois après l’obtention du permis de conduire.


La formation post-permis de 7 heures non obligatoire entrait en vigueur en mai 2019. L’auto-école Mario, implantée à Metz et Forbach, en Moselle, a été l’une des premières à organiser, dès le mois de juin 2019, une séance de formation post-permis. Six jeunes conducteurs avaient répondu présents. « Nous avons eu du mal à recruter », reconnaît Marc Camiolo, le directeur.


Développer une stratégie commerciale
« Il a fallu déployer une stratégie commerciale pour trouver les premiers stagiaires. Ils n’étaient pas au courant ou alors ils étaient réticents à l’idée de suivre une formation de 7 heures qui n’est pas obligatoire. » Depuis ce premier stage, l’auto-école arrive à organiser une session par mois, mais dépasse rarement le nombre de huit stagiaires. « Nous tentons d’intégrer cette formation lors de l’inscription des élèves. Nous disons aux parents que pour 90 euros de plus, leur enfant bénéficiera d’une formation supplémentaire portant sur la prévention. Sur une formation au permis à plus de 1 000 euros, cela ne fait pas une grande différence », confie Marc Camilo. Concrètement, cette formation doit être suivie entre six mois et un an suivant l’obtention du permis de conduire. Elle permet notamment de réduire la période probatoire d’un an pour les jeunes conducteurs qui ont suivi une formation classique et de six mois pour ceux en conduite accompagnée. Cette « carotte » est généralement ce qui motive les stagiaires. Surtout lorsqu’ils souhaitent exercer une profession telle que pompier, chauffeur de taxi ou encore enseignant de la conduite.



Jouer la carte de la solidarité entre auto-écoles de proximité
Marilyn Martinez, gérante de l’auto-école Martinez à Agen, dans le Lot-et-Garonne, a eu des cas d’élèves ayant eu des difficultés pour obtenir leur permis. « Pour eux, avoir les 12 points au bout de deux ans au lieu de trois est une belle récompense », explique-t-elle. Cependant, malgré l’intérêt de ce stage, cette auto-école a, elle aussi, du mal à trouver le nombre de stagiaires suffisant pour organiser ses formations. Dès juillet 2019, Marilyn Martinez a tenté de « monter » une session. « Seuls trois élèves étaient intéressés ; c’était insuffisant pour créer une dynamique de groupe », estime la gérante qui n’a pas ouvert la session. Une deuxième tentative a échoué le mois suivant. Finalement, ce n’est qu’en janvier 2020 que le premier stage a pu être organisé avec dix jeunes conducteurs. Pour atteindre cet effectif, Marilyn Martinez a contacté une vingtaine de ses collègues afin de « mutualiser les stagiaires » et atteindre un nombre suffisant. « L’idée est d’organiser ces formations à tour de rôle, idéalement une fois par mois ». Derrière cette démarche, la gérante souhaite aussi que cette formation reste entre les mains des écoles de conduite labellisées. « Il faut tenir éloignés les opérateurs qui n’ont rien à voir avec la sécurité routière afin d’éviter qu’ils ne récupèrent ce marché potentiel », déclare-t-elle. Pour rendre cette formation attractive, Marilyn Martinez a fixé un prix d’appel à 50 euros. Objectif : vérifier si le prix peut être un élément empêchant les jeunes conducteurs de s’inscrire. Mais « jusqu’à présent, les freins sont plutôt liés à la durée de cette formation, constate la gérante. Un prix juste serait d’environ 90 euros ».


Faire prendre conscience des risques
Faute d’information sur le contenu de ce nouveau dispositif, nombre de jeunes conducteurs redoutent un programme qui leur imposerait un apprentissage forcé. « Ce n’est pas du tout le cas », explique Mario Camiolo. « Nous travaillons sur la conscience du risque chez les jeunes. Ce n’est pas pour rien qu’ils sont surreprésentés dans les accidents. » Ainsi, au cours de six séquences, les stagiaires abordent la conduite au travers de thématiques transversales sensibilisant à la sécurité routière. « En France, nous ne sommes pas dans une logique de prévention. On attend d’être malade pour se soigner. C’est la même chose en matière de sécurité routière », note Marilyn Martinez. D’où l’intérêt de suivre cette formation qui aborde les thèmes de l’alcool, la vitesse, de téléphone au volant sous l’angle de l’influence de la prise de risque et du rapport à la règle. « Lors des formations au permis de conduire, nous nous appuyons sur des situations vécues, puisque les jeunes stagiaires ont conduit au moins six mois. » Ce qui permet de nourrir le débat, d’échanger, de partager leur expérience. « Durant ces sessions, nous n’enseignons pas le « faites pas ci, faites pas ça », ce qui les déstabilisent d’ailleurs ! », s’amuse Mario Camiolo. Ils s’attendent à ce que l’on leur assène des vérités ou qu’on leur donne les bonnes réponses. Mais il n’y en a pas car nous sommes dans la subjectivité ». En effet, le « matériel » de base repose sur la parole des élèves et leur ressenti. « Nous n’avons pas vraiment de contenu à faire intégrer », enchaîne Marilyn Martinez. « Nous les amenons à réfléchir sur leur comportement, leur rapport à l’écologie, à la loi, aux autres. » Il s’agit aussi de leur donner les clefs pour s’autoévaluer, tenir compte de leurs limites en tant que conducteur et se confronter à la perception des autres. La finalité étant de les amener à adopter une conduite responsable. Et cela, sur le long terme. « Nous ne jugeons pas leur façon de penser », explique Marc Camiolo, « nous les accompagnons pour qu’ils prennent conscience des risques. » À l’issue de ces formations, les responsables d’auto-écoles affirment que dans l’ensemble, les garçons se sentent moins en toute puissance lorsqu’ils conduisent, tandis que les filles éprouvent moins de peurs irrationnelles.


Demande d’envoi d’un courrier de l’État pour informer les conducteurs novices
Au regard de l’intérêt de cette formation, les professionnels de la formation à la conduite regrettent le manque de communication auprès du grand public. Cette situation est le fruit de plusieurs éléments. C’est notamment dû au décalage qu’il y a eu entre la publication du décret du 3 août 2018 qui prévoyait une entrée en vigueur de cette nouvelle formation post-permis au 1er janvier 2019 et l’arrêté décrivant le contenu du programme de formation pris finalement près d’un an plus tard, le 2 mai 2019. En cause : la suspension de la mise en œuvre de toute nouvelle mesure pendant la réalisation du rapport parlementaire par Françoise Dumas et Stanislas Guérini, avant l’annonce du contenu de la réforme de la formation à la conduite par Édouard Philippe, alors Premier ministre et son ministre de l’Intérieur de l’époque, Christophe Castaner. Par ailleurs, la délégation à la Sécurité routière (DSR) n’a pas beaucoup communiqué à ce sujet. « Il faudrait une campagne nationale, ne serait-ce que pour annoncer que ce dispositif existe et expliquer qu’il permet de réduire la période probatoire », estime Mario Camiolo.
De son côté, Xavier Savignac, gérant de CER Icare Formations, à Paris, souhaite que la DSR adresse un courrier-type aux quelque 800 000 conducteurs qui obtiennent chaque année leur permis de conduire. « Il faudrait leur envoyer ce courrier cinq mois après la réussite de l’examen pratique pour les informer qu’ils peuvent suivre cette formation, explique le gérant, en leur expliquant que ce stage va leur permettre d’améliorer leur analyse des situations de conduite et renforcer leurs compétences acquises. » Une nécessité si l’on considère la hausse des accidents mortels (+ 16 %) chez les 18/24 ans. « Les jeunes s’investissent moins dans la formation au permis et les comportements se relâchent, déclare Xavier Savignac. Cette hausse des accidents s’explique par l’illusion du permis plus court, moins cher et plus facile à obtenir qui a été la doctrine du gouvernement ces dernières années. »


Pourquoi ne pas associer les assureurs ?
Marilyn Martinez va plus loin. Outre une information systématique des jeunes conducteurs sur cette formation, elle voudrait que les assureurs soient associés à ce dispositif. « Ils pourraient réduire le coût des cotisations pour les jeunes conducteurs qui ont suivi ce stage ». D’autant plus qu’à l’issue de la formation, les stagiaires s’engagent à ne pas commettre d’infractions entraînant un retrait de points, pendant six mois pour ceux qui ont suivi le cursus de l’apprentissage de la conduite accompagnée et, pendant un an pour les apprentis conducteurs qui ont opté pour le cursus classique. Si néanmoins ils commettent une infraction, l’attestation délivrée par l’école de conduite à l’issue du stage, devient alors caduque. On notera cependant qu’en Autriche, où la formation post-permis est obligatoire, le dispositif a fait ses preuves quant à la diminution des accidents chez les conducteurs novices. 


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