La réouverture des écoles de conduite était conditionnée à l’application stricte du protocole sanitaire. Force est de constater que la profession a joué le jeu. La question est maintenant de savoir, jusqu’à quand faudra-t-il appliquer ce protocole pendant les cours et en examen ?
Après deux mois d’arrêt total de l’activité, les écoles de conduite se seraient bien passées de devoir mettre en place un protocole sanitaire. Pour autant, c’était la condition sine qua non pour pouvoir reprendre une activité tout en tentant de limiter la propagation du virus. Comme nombre de ses collègues, Audrey Malézieux, exploitante de l’auto-école du Bel-Ébat, à Évreux, dans l’Eure, et responsable départementale du CNPA-ER, s’est penchée sur la question bien avant la fin du confinement pour s’équiper en affichage informatif sur le coronavirus, en masques jetables et masques lavables, en gel hydro-alcoolique norme EN14476, en produits virucides, mais aussi en housses jetables et visières pour l’accompagnateur, exigées lors de la présentation des candidats aux examens.
Revoir l’organisation de l’enseignement
Il a également fallu entièrement revoir l’organisation de l’enseignement en réaménageant les salles de cours respectant une distance de 4 m² entre chaque élève et repenser le planning des cours pratiques. « La désinfection du véhicule entre chaque élève prend 4,30 minutes, explique Audrey Malézieux. Et il faut compter entre 1 à 5 minutes pour que le produit agisse après son application. C’est pourquoi, j’ai opté pour que ce soit l’enseignant de la conduite qui fasse le nettoyage après chaque élève. Cela permet de laisser le produit agir et de bien aérer le véhicule avant la leçon suivante ». Nombre d’écoles de conduite ont choisi de demander à l’élève d’effectuer lui-même le nettoyage du véhicule avant de commencer la leçon. Une façon de le rassurer en lui montrant que le véhicule a bien été désinfecté. Quoiqu’il en soit, cela prend du temps et empiète sur le cours en lui-même. C’est pourquoi Audrey Malézieux a revu le découpage du planning. « Pour les élèves en formation B, je propose une fois une heure de conduite et une fois deux heures. Et pour les élèves en conduite accompagnée, c’est automatiquement des sessions de deux heures de cours pratique. Cela permet de gagner du temps et d’économiser un peu les produits désinfectants puisque l’on change moins souvent d’élèves dans la voiture. Par ailleurs, les produits virucides ont tendance, à la longue, à abîmer les plastiques dans l’habitacle… »
Un protocole lourd en examen
En examen, le protocole est encore plus contraignant. Outre le port du masque exigé pour tous les occupants du véhicule (candidat, inspecteur et accompagnateur assis à l’arrière), les sièges utilisés doivent être recouverts d’une housse de protection changée ou désinfectée entre deux élèves successifs pour le siège conducteur, et à chaque changement d’inspecteur ou d’examinateur pour le passager. Même chose pour les éventuels occupants des places arrière, précise la note d’information du 22 mai 2020 adressée à tous les préfets par la délégation à la Sécurité routière. Enfin, en plus du masque, l’inspecteur et l’accompagnateur doivent porter une visière. Bien évidemment, entre chaque candidat, le véhicule-école comme les motos doivent être désinfectés. Une obligation qui, comme pour les cours pratiques, réduit le temps effectif de conduite. Ce qui implique une baisse du nombre de candidats examinés par jour et par inspecteur.
Un virus moins présent
Après un mois d’activité, le bilan est mitigé. Si comme l’affirme Audrey Malézieux « les élèves acceptent globalement bien ces mesures », tout le monde aimerait pouvoir alléger un peu les contraintes. D’autant que hormis en Guyane et à Mayotte, la situation sanitaire s’améliore en France. Écoles de conduite et inspecteurs n’attendent désormais qu’une seule chose : que le Haut Conseil de la santé publique donne un avis favorable à l’allégement du protocole. « Cela permettrait notamment de réagencer la salle de Code comme avant, sans tenir compte des 4 m² par élève, et ainsi de repasser de 6 à 14 rendez-vous. Bien évidemment, cela ne dispensera pas de désinfecter le matériel entre chaque séance et de conserver le port du masque, mais économiquement, ce sera plus rentable », souligne Audrey Malézieux. Les inspecteurs, après avoir exigés la mise en place d’un protocole sanitaire drastique pour assurer la sécurité de leur santé, se rendent compte des désagréments que cela engendre en termes de confort, mais aussi de sécurité. Dans un communiqué du 17 juin 2020, le Snica-Fo écrit : « Il est désormais incontournable que la Direction générale de la Santé revoit en urgence le protocole sanitaire à la lumière de la situation sanitaire actuelle et des remontées de terrain qui font apparaître des difficultés insurmontables liées notamment au port de la visière, à l’absence de climatisation et de ventilation, ainsi qu’à l’utilisation de housses plastiques. Les visières mettent clairement en jeu la sécurité des examens (déformation de la vision et buée notamment). Ces mêmes visières, conjuguées à l’absence de climatisation et à l’utilisation de housses en matière plastique, dégradent considérablement les conditions de travail des IPCSR parfois au bord du malaise lorsque la température extérieure augmente ». Sur ce dernier point, Patrick Mirouse, président de l’UNIDEC, rappelle, non sans un brin d’ironie que lorsque la climatisation dans les véhicules n’existait pas, cela n’empêchait pas de passer l’examen du permis de conduire !
Mais la vigilance reste de mise
Plaisanterie à part, alors que le ministère de l’Éducation nationale s’est prononcé pour le retour à l’école de tous les élèves, il semblerait incompréhensible que le secteur de la formation à la conduite ne puisse pas également alléger, ne serait-ce qu’un peu, le protocole sanitaire. Cependant, il convient de rester prudent. Car si la situation s’améliore dans l’Hexagone, la pandémie est toujours présente dans le monde. À l’heure où nous bouclons ce magazine, la situation s’aggravait aux États-Unis. De même que les autorités décidaient des reconfinements localisés en Chine, mais aussi au Portugal et en Allemagne. En France, avec le brassage de la population pendant les vacances d’été, l’épidémie pourrait repartir. Quoiqu’il en soit, en l’absence de toute certitude scientifique et de vaccin efficace, comme dit le proverbe : « Mieux vaut prévenir que guérir ». Et au-delà du coronavirus, comme le fait remarquer très justement Audrey Malézieux « ce serait bien de garder des habitudes d’hygiène. Cela permettrait de réduire le risque de contamination pour les gastroentérites et la grippe. Mine de rien cela représente 3 à 4 semaines d’arrêt de travail chaque année dans mon entreprise. Que ce soit en termes financier, de gestion de planning et de santé des salariés, ce serait gagnant-gagnant ! »
Sandrine Ancel
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Comment jeter les masques ?
Le ministère de la Transition écologique et solidaire attire l’attention sur « la recrudescence d’une pollution liée à des déchets d’un nouveau type : les lingettes, gants et masques usagés jetés sur la voie publique ou en pleine nature. Ces déchets potentiellement contaminés peuvent contribuer à la propagation du virus tout en affectant durablement notre environnement ». Il convient donc de jeter ces déchets « dans un sac poubelle dédié, résistant et disposant d’un système de fermeture fonctionnelle. En aucun cas dans les toilettes. Lorsqu’il est rempli, ce sac doit être soigneusement refermé, puis conservé 24 heures. Après 24 heures, ce sac doit être jeté dans le sac poubelle à ordures ménagères. Ces déchets ne doivent en aucun cas être mis dans la poubelle des déchets recyclables ou poubelle jaune (emballages, papiers, cartons, plastiques) ». Rappelons par ailleurs, que le fait de jeter un masque par terre est passible d’une amende de 68 euros et qu’un projet de loi prévoit que cela passe à 135 euros.
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Quid de la subvention « Prévention Covid » ?
L’application du protocole sanitaire a un coût pour les écoles de conduite. En effectuant un rapide calcul mental, Audrey Malézieux estime qu’en deux mois, elle a dépensé plus de 1 000 euros en affichage, masques, gel hydro-alcoolique et produits nettoyants virucides pour son entreprise qui compte neuf salariés. Les tarifs étant libres, les présidents des syndicats se refusent à donner des conseils et encore moins des consignes pour relever les tarifs. Audrey Malézieux reconnaît avoir augmenté d’un euro le prix de l’heure de conduite pour compenser en partie ces dépenses exceptionnelles. De son côté, l’Assurance Maladie a mis en place une subvention « Prévention Covid » pour aider les entreprises de moins de 50 salariés et les travailleurs indépendants sans salarié dépendant du régime général à mettre en place un protocole sanitaire afin de prévenir la propagation du virus. Concrètement, cette subvention correspond à un montant de 50 % de l’investissement hors taxes pour l’achat d’équipements de protection du COVID-19 effectué entre le 14 mars et le 31 juillet 2020. Son montant s’élèvera entre 500 et 5 000 euros pour les TPE et entre 250 et 5 000 euros pour les travailleurs indépendants. Son octroi est conditionné à un montant minimum d’investissement de 1 000 euros HT pour une TPE et de 500 euros HT pour un travailleur indépendant sans salarié. Attention, les gants et lingettes ne font pas partie du matériel subventionné. Et l’achat de masques conformes aux normes EN 14683 ou NF EN 149, gels hydro-alcoolique et visières ne sera en partie pris en charge que si vous avez également investi dans une des mesures barrières et de distanciation comme du matériel « pour isoler le poste de travail des contacts avec les clients, le public ou entre collègues : pose de vitre, plexiglas, cloisons de séparation, bâches, écrans fixes ou mobiles » et/ou du matériel permettant « de communiquer visuellement : écrans, tableaux, support d’affiches, affiches ». Par contre, les éléments à usage unique (scotchs, peintures, rubans, films plastique, recharges paperboard, crayons, feutres, etc.) ne sont pas pris en charge. Pour bénéficier de cette aide, il faut télécharger un document sur le site ameli.fr et adresser avant le 31 décembre 2020 de préférence par mail, le formulaire avec les pièces justificatives demandées dans le formulaire à votre caisse régionale de rattachement. La subvention sera versée en une seule fois par la caisse régionale après réception et vérification des pièces justificatives.