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edit_note Examens — Juillet 2020

Manque de places d’examens : quelles sont les solutions ?

Lors de la reprise de l’activité le 11 mai 2020, la délégation à la Sécurité routière estimait à 350 000 le nombre d’examens pratiques toutes catégories confondues qui n’avaient pas pu être servis pendant la période de confinement. Résultat : ça bouchonne pour obtenir une place d’examen. Une situation qui est malheureusement trop souvent récurrente.


À quelques jours de la sortie du confinement, c’était l’inquiétude de la profession : les élèves seraient-ils impatients de reprendre leurs cours ou au contraire seraient-ils frileux de revenir à l’auto-école de peur de, peut-être, attraper le virus ? Sur ce point, la profession a très vite été rassurée. Les élèves sont au rendez-vous ! On peut même parler de rush. Entre ceux qui étaient inscrits et qui veulent finir au plus vite leur formation et ceux qui auraient dû s’inscrire pendant la période du confinement, les écoles de conduite sont pour la majeure partie d’entre elles, débordées.
Mais une nouvelle inquiétude n’a pas tardé à miner la profession : celle du manque de places d’examens. Et pour cause, la délégation à la Sécurité routière estime à 350 000 le nombre d’examens qui n’ont pas pu être passés pendant le confinement. Un chiffre impressionnant. Alors, comment faire pour résorber ce retard au plus vite ? D’autant que tous les inspecteurs du permis de conduire ne sont pas tous revenus travailler en mai, ayant pour certains leurs enfants à garder ou une santé fragile les plaçant dans la catégorie des personnes à risques, à qui il était conseillé de rester confinées. Enfin, l’application stricte du protocole sanitaire a nécessité de réduire à 11 le nombre de candidats examinés par inspecteur en une journée. Bref, nul besoin d’être agrégé en mathématiques pour comprendre qu’avec 350 000 examens en attente d’être passés et une capacité quotidienne de passage d’examens moindre qu’avant le confinement, il est impossible de retrouver une situation normale, juste en un claquement de doigt.


Déblocage de 90 000 places supplémentaires
Consciente du problème, la DSR n’a pas attendue la reprise de l’activité pour tenter de trouver des solutions. Aussi, elle a annoncé le déblocage dans un premier temps de 20 000 places d’examens supplémentaires, puis de 70 000 nouvelles places, soit un total de 90 000 places. Encore faut-il pouvoir honorer ces places supplémentaires en ayant du personnel disponible. À cet effet, la DSR a proposé, sur la base du volontariat, aux inspecteurs de travailler plus tard le soir, ainsi que le samedi. Douze inspecteurs partis récemment à la retraite ont également accepté de reprendre du service momentanément pour renforcer les équipes sur le terrain. Enfin, outre le renfort en personnel, la DSR a décidé de réduire la durée totale de l’épreuve pratique B en suspendant temporairement la partie portant sur les vérifications, afin de gagner un peu de temps et pouvoir repasser à 13 unités par jour, par inspecteur, dès le mois de juillet.


Le spectre de la privatisation revient dans le débat
Si tout le monde s’accorde à dire que l’épidémie de coronavirus a entraîné une situation exceptionnelle à tous les niveaux, la pénurie de places d’examens n’est malheureusement pas exceptionnelle. Au contraire, elle est devenue récurrente au fil des années. La privatisation de l’épreuve théorique générale avait certes permis de régler relativement le problème en dégageant du temps pour les inspecteurs, mais un nouveau grain de sable est venu se glisser dans les rouages et a, une nouvelle fois, grippé le système. « Le Covid-19 met en évidence toute l’incapacité de l’administration à rendre un service que l’on est en droit d’attendre, s’agace Philippe Colombani, président de l’UNIC. Alors, on fait du bricolage en enlevant les vérifications pour gagner 2 ou 3 minutes par-ci par-là et essayer de passer plus d’examens. Mais en réalité, cela fait plus de vingt ans que l’on a régulièrement un manque de places d’examens et cela quelle que soit la méthode d’attribution des places. Je ne suis pas un idéologue de la privatisation, mais je ne vois que deux solutions pour mettre définitivement fin au manque de places d’examens. Soit on embauche plus d’inspecteurs, mais là, c’est un doux rêve car aucun gouvernement n’a envie d’embaucher des fonctionnaires, soit on lance une privatisation. » Une solution que refuse Patrice Bessone qui veut rester optimiste. Le président du CNPA-ER « espère que les inspecteurs seront au rendez-vous de la solidarité » et assureront les quelque 90 000 places supplémentaires débloquées par l’État. Selon lui, « si l’on arrive à obtenir un maximum de places d’examens, on peut penser sortir du tunnel aux alentours de septembre ». Un optimisme que partage moins Bruno Garancher. Pour lui, « c’est reculer pour mieux sauter », car explique le président de l’ECF, « je ne suis pas certain que l’État paie toutes les heures supplémentaires, cela va donc générer de la récupération plus tard pour les inspecteurs ». Pour autant, Bruno Garancher ne se dit pas non plus convaincu par une privatisation. « Il y a énormément d’inconvénients à privatiser. On va vers une dérégulation du système, c’est un pas vers le basculement vers un modèle à l’anglaise ». Pour le président de l’ECF, l’équation est simple : « si l’État dit que l’organisation des examens pratiques est son domaine, il doit assumer son rôle ! » Même analyse pour Patrick Mirouse, président de l’UNIDEC qui craint que les 90 000  places supplémentaires annoncées ne soient pas suffisantes pour fluidifier rapidement l’embouteillage et déclare être très attentif à l’évolution de la situation : « L’UNIDEC a saisi tous les préfets de France pour savoir comment ça se passe dans chaque département. Si l’on dépasse 45 jours de délai pour obtenir une place d’examen, nous rappellerons l’article de la loi Macron qui prévoit que l’État doit mettre en œuvre des examens en faisant appel à tout agent de l’État. Les gendarmes, les policiers et certaines personnes dans l’armée peuvent tout à fait faire passer l’examen du permis. En tout cas, conclut le président de l’UNIDEC, si l’on doit rouvrir le débat sur la privatisation, cela ne doit pas se faire dans l’urgence. » En attendant, certaines auto-écoles ont décidé d’inscrire les élèves prêts à passer les examens, en conduite supervisée, pour les faire patienter jusqu’à l’obtention d’une place. Objectif : entretenir les acquis de l’élève sans faire trop gonfler le coût de la formation. Mais cela reste une mesure d’urgence qui ne doit pas devenir la norme.


Sandrine Ancel


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Des auto-écoles manifestent dans les Côtes-d’Armor


Ça bouchonne aussi dans les Côtes-d’Armor. Le 17 juin dernier, une centaine de véhicules-école a mené une opération-escargot dans les Côtes-d’Armor, entre Langueux et Saint-Brieuc, pour réclamer plus de places d’examens. Selon les exploitants du département, un élève qui s’inscrit en juin dans une école de conduite ne peut espérer avoir une place en B1 avant octobre ou novembre 2020. Et en cas d’échec, il ne pourra pas se représenter à l’examen avant l’année prochaine. Une délégation des écoles de conduite a finalement été reçue à la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), où il lui a été indiqué que si les inspecteurs repassaient à temps plein dès le mois de juillet, le département ne disposerait pas d’effectif supplémentaire. En clair, il ne faut pas compter sur le recrutement d’un inspecteur supplémentaire.


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Une gérante lance une pétition pour changer le système


Gérante de l’auto-école des Alleux à Saint-Ouen-des-Alleux, en Ille-et-Vilaine, Noëlle Bourdois, en a assez des problèmes de manque de places d’examens. « Les auto-écoles râlent, font des manifestations, mais au bout du compte, ça ne change rien », s’agace la gérante. « Moi, je veux que ça change ! »
Du coup, Noëlle Bourdois a réfléchi à une nouvelle manière de délivrer les permis de conduite. « Je propose que les élèves n’aient plus besoin de passer l’examen pratique avec un inspecteur mais que ce soit les enseignants de la conduite qui valident une autorisation de conduite pour six mois à la fin de la formation en école de conduite ». Pour éviter les autorisations de complaisance, la validation devra être effectuée par un enseignant non-salarié de l’auto-école dans laquelle l’élève a suivi sa formation. Une fois l’autorisation délivrée, le jeune conducteur sera en période probatoire de deux ans dans le cas de la conduite accompagnée et de trois ans pour les cursus classique. Si durant cette période probatoire, il n’a eu aucun retrait de point, son permis définitif sera alors automatiquement délivré à l’issue de la période probatoire. Sinon, « en cas d’infraction n’engendrant ne serait-ce qu’un seul point, c’est le retour à l’auto-école avec un nouveau passage à l’ETG, 20 heures de formation obligatoire et présentation à l’examen pratique devant un inspecteur du permis de conduire ».
Selon Noëlle Bourdois, cette formule présente plusieurs avantages. « Cela diminuerait le stress provoqué par l’examen devant l’inspecteur qui fait perdre leurs moyens à nombre d’élèves. Cela aurait également un intérêt pédagogique car cela responsabiliserait les nouveaux détenteurs du permis qui feraient certainement plus attention à respecter le Code de la route pour éviter de devoir repasser toute la formation. Cela libérerait du temps aux inspecteurs pour contrôler les formations données aux élèves. Enfin, cela permettrait de réduire le coût du prix du permis de conduire ».
Pour faire connaître son projet, Noëlle Bourdois a ouvert une pétition sur le site change.org, une plateforme de pétitions en ligne et a déjà obtenu environ 200 signatures. Mais elle est consciente qu’il en faudrait bien plus pour que le gouvernement s’intéresse à son idée. Cependant, comme le rappellent Bruno Garancher et Patrick Mirouse, cette proposition a peu de chance d’aboutir car elle est contraire à une directive européenne qui impose que les contrôles soient effectués par une partie extérieure à celle de la profession. Cependant, Noëlle Bourdois ne désespère pas de pouvoir ouvrir à nouveau le débat pour en finir enfin définitivement avec le manque récurrent de places d’examens. 


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