C’est la première fois que La Tribune des Auto-Écoles allait à la rencontre des écoles de conduite à Rodez. Tous les professionnels rencontrés ont réservé un excellent accueil et donne l’image d’une profession qui se diversifie dans ses façons d’enseigner la conduite pour répondre aux attentes de toutes les clientèles. (Reportage réalisé avant le confinement)
Rodez surprend par son dynamisme. Il se traduit en chiffres par un taux de chômage de 7 % et un nombre d’emplois créés au cours des dix dernières années qui est l’un des plus élevés de la région Occitanie. La ville compte 27 000 habitants, mais elle fait corps avec son agglomération et le Grand Rodez en compte plus de 60 000. Rodez, c’est aussi une douzaine d’auto-écoles dont, pour la moitié, le dirigeant est seul pour assurer l’enseignement de la conduite et la gestion de sa microentreprise. Elles arrivent à vivre car Rodez se caractérise par le fait que les élèves qui fréquentent les différents lycées publiques et privés, sont relativement nombreux et viennent des quatre coins du département, ce qui explique que le taux d’internes est relativement important.
Un établissement fondé en 1946
L’École de la route qui adhère au réseau CER jouxte le lycée privé François d’Estaing et se situe à deux pas du lycée Querbe. « Nous avons deux principaux atouts, note Nelly Cayre qui en est la gérante depuis 2012. Notre situation géographique et notre ancienneté, car l’entreprise a une longue histoire puisque sa création remonte au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1946 ». Depuis, ce ne fut sans doute pas un « long fleuve tranquille », mais l’école a toujours une excellente réputation et des résultats aux épreuves pratiques remarquables. « Je suis arrivée ici en 1998 pour faire mon stage après avoir réussi mon Bepecaser passé avec Michel Debré, à Villefranche-de-Rouergue. J’ai ensuite fait mes premières armes dans plusieurs auto-écoles avant d’être embauchée en CDI. Nous étions alors en 2010. Associée jusqu’en 2019, je suis dorénavant seule depuis le départ de Christine Angles ». Cela n’a visiblement pas été toujours facile. « J’avais une telle envie de continuer que je n’ai à aucun moment baissé les bras, raconte Nelly Cayre. J’aime ce métier et je crois que si on le choisit par hasard, on ne l’exerce pas sans passion ». En fait, elle se destinait à l’enseignement et elle a sans doute trouvé dans l’enseignement de la conduite une plus grande liberté. « Nous sommes en pleine évolution, à la limite de la révolution, note Nelly Cayre. Il nous faut nous battre au quotidien, ne jamais rien lâcher même si c’est de plus en plus compliqué ». Cette détermination qui peut étonner, est la seule façon pour Nelly Cayre de « rester debout ».
Accompagner les élèves avec bienveillance
« Que ce soit en centre-ville ou dans notre bureau de Cébazac-Concoures, une commune limitrophe du Grand Rodez, ce qu’il faut, c’est répondre aux attentes de jeunes clients qui savent assez précisément ce que nous devons leur offrir. Depuis septembre 2019, ils peuvent prendre chez nous leurs premières leçons sur simulateur et cela leur plaît bien. J’ai aussi fait toutes les démarches pour être labellisée CER, une bonne formation pour monter le dossier de la labellisation d’État que j’ai également obtenue. Il est certain que nous devons réfléchir à notre avenir. Et même si nous sommes encore une école de conduite traditionnelle, nous devons évoluer en incitant nos élèves à choisir la boîte automatique par exemple. Ce qui compte, c’est de les accompagner avec bienveillance tout au long de leur parcours, pour le Code comme pour la conduite ». « Au fond, résume Nelly Cayre, je dois dépasser mes préoccupations du quotidien, ne pas m’interroger sur les délais de présentation et de représentation — et sur ce point le remarquable travail fait par Nadia Lahlouh qui s’occupe de la répartition des places d’examen est une aide précieuse —, garder tout au contraire mon sourire et mon optimisme ». Et peut-être aussi regarder grandir son fils, de 15 ans qui vient de réussir le Code et a commencé la conduite accompagnée, la spécialité de l’École de la route puisqu’elle est choisie par plus des deux-tiers des élèves.
Deux professionnels qui parlent d’une même voix
À quelques centaines de mètres de là, de l’autre côté du cœur de la vieille ville, l’auto-école Alexandre est co-gérée par Benoît Reylet et Alexandre Albenque. Les deux « quadras » ont le métier chevillé au corps et une grande complicité. Alexandre dirige aussi une autre auto-école rue Saint-Cyrice, celle qu’il a créée seul en 2011, dix ans tout juste après avoir obtenu son Bepecaser. Entretemps, il a été salarié dans plusieurs ECF dont celle de Cahors. « Benoît a été mon premier enseignant salarié à l’ouverture de mon second bureau », explique Alexandre Albenque qui ajoute : « Rien ne se serait fait sans le grand professionnalisme de Nicole Rabayrole, notre secrétaire d’exception qui fait une grande partie de l’administratif mais est tout aussi compétente comme enseignante chargée essentiellement des cours de Code ». Benoît Reylet qui a la responsabilité du deuxième site depuis que les deux hommes se sont associés, approuve. « En fait, dit-il, la proposition d’Alexandre arrivait pour moi au bon moment. Il avait développé les permis auto et voulait passer à la vitesse supérieure en assurant des formations moto ; je ne voulais pas rester seulement enseignant et aspirais à prendre des responsabilités. Cette concomitance des temps nous a permis de trouver un bel équilibre entre lui qui avait depuis le lycée envie de se lancer dans ce métier et moi qui souhaitais être professeur d’éducation physique et me suis finalement orienté vers les auto-écoles parce que j’avais envie de travailler avec des jeunes et de leur transmettre un certain savoir ». Il est amusant de voir combien Alexandre et Benoît sont sur la même longueur d’ondes et que c’est d’une même voix et pratiquement avec les mêmes mots qu’ils parlent de la façon dont il exerce leur profession.
Apporter un service « plus » à ceux qui en ont le plus besoin
« En fait, affirme avec force Benoît, ce qui nous intéresse, c’est de bien accompagner nos élèves. Qu’ils viennent du lycée Foch, du lycée Monteil ou du lycée agricole La Roque-Jacques-Chirac, ils viennent chez nous en confiance tout à la fois pour l’apprentissage du Code et de la conduite parce que nous avons la chance de ne pas être touchés par les plateformes. Pour leur donner les meilleures chances de réussir, nous avons mis en place des cours qu’ils peuvent suivre plusieurs fois par semaine. Il y a toujours un enseignant pour superviser leurs résultats, répondre à leurs questions. C’est comme cela que nous faisons la différence ! ». « Nous avons même des cours de Code corrigés deux fois par semaine pour des élèves en grande difficulté comme pour ceux qui ne parlent pas ou qui parlent mal français parce que Rodez est une ville qui accueille beaucoup de migrants, insiste Alexandre. C’est une façon pour nous d’apporter un service à ceux qui en ont le plus besoin ».
Aider les élèves à déstresser le jour de l’examen
« Nous sommes également les seuls sans doute à proposer, le matin de l’examen de Code, une préparation pour faire tomber la pression et permettre aux élèves d’aborder l’épreuve avec un peu moins de stress, explique encore Benoît Reylet. Nous les accompagnons, nous les attendons et leur communiquons au plus vite le résultat ». Est-ce suffisant pour continuer à présenter plus de 400 candidats par an aux épreuves du permis B ? Visiblement, Alexandre et Benoît se posent la question. Ils savent tous les deux qu’il va falloir évoluer. Le « contrat-type » que les auto-écoles auront bientôt l’obligation de présenter aux personnes souhaitant s’inscrire à leur formation, ne leur fait pas peur car cela fait bien longtemps qu’ils estiment être parfaitement transparents aussi bien sur le contenu du programme proposé que sur les prix. « Nous comprenons la démarche des pouvoirs publics, commente Benoît Reylet. Nous voyons lors de transfert de dossiers en provenance des grandes métropoles, ce qui se passe ailleurs et cela nous réconforte. Nous sommes sur la bonne voie et faisons mieux encore quand nous prenons le temps d’appeler un ou deux parents parce que nous avons des problèmes de planning ou que nous n’avons pas vu leur fils ou filles à un rendez-vous ». Très récemment labellisée, l’auto-école Alexandre s’est promis de faire la promotion du permis sur voiture à boîte automatique. Surtout pour les élèves qui risqueraient d’avoir plus de mal que d’autres avec une boîte manuelle. Ils souhaitent aussi que les banques soient moins frileuses et permettent de proposer le permis à 1 euro par jour à ceux qui en ont le plus besoin. « C’est loin d’être le cas, s’insurge Alexandre. Pourquoi l’État qui propose une caution locative gratuite pour les étudiants, ne pourrait-il pas faire de même pour les candidats au permis de conduire ? Du coup, nous essayons de voir avec eux comment ils peuvent être aidés en les orientant, par exemple, vers le conseil départemental ». Cela renforce sans aucun doute dans une « petite » ville où tout se sait, l’image de l’auto-école Alexandre qui est celle d’une auto-école « faisant aussi du social ». Alexandre et Benoît peuvent en être fiers.
William’s, l’auto-école du 21e siècle. Avec l’auto-école William’s, on entre dans le monde de l’auto-école du 21ème siècle. William Lemaître ne se contente pas de faire de l’enseignement de la conduite classique et de mener dans les écoles, les collèges et les lycées, des actions de sensibilisation à la sécurité routière préparées et animées par le centre de formation. Il est le seul en Aveyron à délivrer le Titre Pro auto et moto. Il a fait feu de tout bois pour faire de son entreprise une auto-école 3.0. « Si j’ai choisi des Mini, dont chacune a un covering différent et qui demain seront 100 % électriques et si j’offre la possibilité d’apprendre la conduite sur une BMW i8, c’est parce que, pour moi, c’est vivre avec mon temps. L’image véhiculée sur les réseaux sociaux est d’une incroyable efficience, il faut par conséquent la travailler en permanence ». C’est la mission assignée à Julia Terisse qui a la responsabilité du pôle marketing tandis que Nelly Lemaître, la sœur de William, s’occupe tout autant des relations humaines de l’entreprise — et en particulier du recrutement qui est l’une des clés de la réussite —, que de la partie commerciale. Quant à l’épouse de William, Laura, elle prend en charge l’ensemble des charges administratives et comptables.
« Je ne peux travailler qu’avec des gens avec qui je m’entends bien et qui ont des vues sur l’avenir, de la profession notamment, que nous partageons, explique William Lemaître. Ils doivent être volontaires et faire preuve d’initiative ». Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce profil de ce chef d’entreprise assez atypique dans ce secteur activité qu’est l’enseignement de la conduite ? Une histoire familiale. Un père boulanger-pâtissier en région parisienne, une mère qui tient la boutique et un petit garçon qui, très tôt, met la main à la pâte, une vie de vrais « forçats du travail » et au bout du chemin, une belle réussite. « Nous nous sommes installés à Rodez en 1995, raconte William Lemaître. Pour mes parents, c’était un retour aux sources, pour ma sœur et moi, une nouvelle vie. J’avais quand même appris à me dépasser et c’est une leçon que je n’ai jamais oubliée ». Et il le prouve.
Changer de paradigme
« L’auto-école William’s que j’ai fondée en 2000, compte aujourd’hui 9 autres agences dans l’Aveyron, 3 dans le Tarn, 2 en Haute-Garonne, dont une en plein centre de Toulouse, et 2 dans l’Hérault, explique William Lemaître, mais mon ambition est désormais de la faire entrer de plain-pied dans l’ère des nouvelles technologies. Le postulat de départ est simple : les jeunes sont connectés 5 à 6 heures par jour sur leur smartphone, ils ne regardent plus les vitrines et pour attirer leur attention, il faut changer de paradigme ». Pour William Lemaître s’il faut avoir un site Internet de haut niveau qui donne des informations précises sur les formations et sur les tarifs, cela ne suffit pas. Aussi a-t-il imaginé une start-up qui a pour objet le développement d’une plateforme web qui va beaucoup loin que tout ce qui existe aujourd’hui. « C’est une idée folle sans doute, mais j’y crois et mes investisseurs aussi, assure sur un ton décidé William Lemaître qui dit avoir pris conscience de l’enjeu écologique et économique du permis. En fait, mon projet répond à une attente : les élèves veulent pouvoir passer leur permis en toute liberté. Les forfaits que nous leur proposons Éco, Business, Premium, vont déjà dans ce sens. Demain, il leur sera possible de louer une de nos voitures pour faire des kilomètres en conduite accompagnée et même passer l’examen pratique ». William Lemaître n’en dit pas plus… pour l’instant. Lui qui présente à Rodez 340 candidats par an aux épreuves pratiques du permis auto avec 58 % de réussite, a la certitude que son projet s’inscrit dans la droite ligne de la politique que mènent les pouvoirs publics : des délais raccourcis pour obtenir le permis B, des prix accessibles au plus grand nombre. « Dans une ville comme Rodez, la cohabitation avec les auto-écoles traditionnelles ne posera aucun problème, conclut William Lemaître. Nous avons les uns et les autres notre place. Sans doute ai-je pris une autre voie, mais très sincèrement, je pense que c’est la bonne ». Il sait aussi que son concept d’auto-école bouleverse le paysage et qu’il ne devrait pas se faire que des amis dans la profession. Il l’assume.
Marc Horwitz