Patrick Brazier enseigne la conduite depuis 45 ans. Toujours aussi passionné par son métier, il épaule ses deux enfants qui ont repris les rênes de l’auto-école familiale située à Halliun, dans le Nord. Il retrace les principales évolutions pédagogiques et technologiques de cette profession.
Patrick Brazier a commencé à enseigner le Code à l’âge de 26 ans. C’était en 1974 à Chéry-Lès-Pouilly, dans l’Aisne, à l’auto-école Gilbert. « Pendant cinq ans, j’ai acquis les compétences pour gérer une entreprise car j’avais l’intention de m’installer à mon compte ». Un pas franchi en 1979 quand il a repris une auto-école à Halliun, dans le Nord. « J’ai commencé avec une Renault 5 sans direction ni freinage assistés ! » s’amuse-t-il. Quand il regarde dans le rétroviseur de sa vie professionnelle, l’une des principales évolutions porte sur les véhicules. « Aujourd’hui, ils sont très maniables, ce qui facilite les manœuvres ». Reste qu’à ses yeux ils sont un peu trop équipés de gadgets. Ce qui perturbe la concentration des élèves. En cause, les écrans tactiles qui commandent toutes les options : chauffage, ventilation. « Tout cela attire l’œil », note-il. Autre perturbateur : le Bluetooth. « Cette technologie est difficilement compréhensible. Il est interdit de téléphoner au volant, mais tous les nouveaux véhicules sont équipés de cette technologie qui le permet. Nous venons d’acheter le modèle de base de la Citroën C1 : elle n’est pas équipée du régulateur de vitesse, mais elle possède le Bluetooth ». D’où la nécessité de mettre en garde les élèves. « Dans nos cours, nous insistons sur le fait qu’ils ne doivent pas se laisser influencer par tous ces gadgets ».
Des contenus pédagogiques enrichis
L’autre évolution majeure de la formation réside dans les conditions de circulation. « Aujourd’hui, c’est très complexe de conduire car la circulation est très dense, surtout en milieu urbain. Les autoroutes et voies rapides sont saturées, ce qui nécessite beaucoup de concentration et des capacités d’adaptation ». À ses débuts, l’enseignement du Code se faisait avec des séries de diapositives. L’obtention de l’examen théorique était comme aujourd’hui soumis à l’obligation de réussir 35 questions sur 40. Par contre, la grande différence concernait le nombre d’heures de conduite. « Au bout de 5 ou 10 h, les élèves passaient le permis. S’ils le rataient, ils étaient représentés à l’examen 8 ou 15 jours après ». Ce qui n’était pour autant pas un gage de sécurité routière. Au contraire. « C’était catastrophique en matière d’accidentologie des jeunes », se souvient-il. « L’obtention du permis n’est pas un critère de sécurité : c’est une autorisation administrative de conduire ». C’est pourquoi il estime que la conduite accompagnée et l’obligation de suivre 20 h de conduite est une bonne chose. Un temps d’apprentissage encore insuffisant. « C’est utopique de penser qu’on peut former un jeune en 20 h, c’est même mensonger ». D’autant plus que les contenus pédagogiques se sont enrichis, avec des notions d’éco-conduite. « Il est impossible de tout enseigner en 20 h. Nous passons pour des voleurs quand on explique cela aux élèves ». Pour Patrick Brazier, il faudrait que les élèves suivent au minimum 30 h de formation. En sachant que leur motivation « aujourd’hui un peu moins marquée » entre également en jeu. « Certains commencent, puis arrêtent. Or, ce qui compte, c’est la régularité ».
Arrêtons le « pas cher » !
Autre facteur ne contribuant pas au bon apprentissage : la dématérialisation de l’enseignement du Code. « Internet est une aide, pas une fin en soi. Beaucoup d’élèves préparent le Code par ce moyen. D’autres s’inscrivent dans des auto-écoles qui proposent des cours de Code en continu toute la journée. En fait, ce sont des DVD qui tournent du matin au soir. Ce n’est pas de la formation ». Référence aux plateformes en ligne « derrière lesquelles on ne sait pas qui assure les formations. C’est du mauvais travail », affirme-t-il. Conséquences : les élèves n’acquièrent pas les connaissances nécessaires pour appréhender l’environnement de la conduite. « Aller au pas cher est un mauvais calcul financier car en conduite nous devons reprendre toutes les bases ». Pas question pour autant pour Patrick Brazier de rejeter les évolutions technologiques. L’entreprise vient d’acheter un simulateur de conduite « pour rester dans le coup », mais elle met un point d’honneur à « ce que l’humain » reste au cœur de l’enseignement. « Nous insistons pour que les élèves assistent à nos cours de Code. Nous jouons pour cela la carte de l’humour et nous leur proposant des supports audiovisuels. Mais ces technologies sont des compléments à la pédagogie ». En 45 ans d’exercice, Patrick Brazier constate que la concurrence n’a pas vraiment changé. Il a commencé son métier alors que les prix étaient bloqués. Puis il a connu leur libéralisation à la fin des années 70. « Certaines auto-écoles ont baissé leurs tarifs pour attirer de nouveaux clients ». Lui, a fait le contraire. « Grand bien m’a pris car en 1981, ils ont encore été bloqués par le gouvernement de Pierre Mauroy ». Époque où les auto-écoles ne récupéraient pas non plus la TVA dont le taux était à 33 %. « Il y avait déjà une guerre des prix entre les auto-écoles. Or la libéralisation des prix a tiré la qualité de l’enseignement vers le bas ».