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school Pédagogie — Octobre 2019

Amaxophobie : un handicap invisible surmontable

Sarah est atteinte d’amaxophobie. À cause de cette phobie de la conduite, elle n’emprunte plus ni ponts, ni autoroutes, ni voies rapides. Pour dépasser cette peur, elle a poussé la porte de l’auto-école Activ’conduite, située à Cesson-Sévigné, en Ille-et-Vilaine.


Ce n’est que quelques années après avoir obtenu en 1999 son permis de conduire, que Sarah a commencé à éprouver des peurs à l’idée de prendre le volant. « Au début je n’étais pas rassurée », se souvient-elle. « Au fil du temps, mes angoisses ont augmenté, y compris quand j’étais passagère ». Jusqu’à atteindre un état de panique à l’idée d’être coincée sur une autoroute, de tomber d’un pont ou de se faire percuter par une voiture qui la suivait de trop près. Des peurs d’autant plus irrationnelles qu’elle n’a jamais eu d’accident de la route. « Ces idées automatiques génèrent des crispations, des respirations saccadées. Viennent ensuite des hurlements, des pleurs, des freinages brutaux », explique Pascal Couturier, directeur de l’auto-école Activ’conduite, située à Cesson-Sévigné, en Ille-et-Vilaine. Celui-ci aide depuis 14 ans des personnes atteintes d’amaxophobie à reprendre le volant.


De détours en détours
Pour Sarah, cette peur se traduit par un blocage de la respiration, des crises de larmes, des bouffées de chaleur, des angoisses de mort. De ce fait, elle a refusé plusieurs emplois au regard des déplacements professionnels qu’ils engendraient. Pour autant, si elle n’a jamais cessé de conduire, cette formatrice de 37 ans, a trouvé des astuces pour ne pas déclencher cet état de panique. « À partir du moment où ces personnes ont vécu ce type de situation, elles mettent en place des solutions d’évitement », explique Pascal Couturier. « Or, plus on consolide l’évitement, plus la phobie se développe ». Chez Sarah, chaque déplacement est préparé avec soin. L’objectif : repérer les autoroutes, les ponts, les portions de 4 voies à éviter. Conséquences : là où il faut 1h30, elle met plus de 3 heures car elle prend les routes de campagne. Si sur son trajet, elle « tombe » sur un pont, elle fait demi-retour et reprogramme son GPS pour passer ailleurs. Des peurs qui l’empêchent de rendre visite à ses amis et membres de sa famille trop éloignés de chez elle. « Je leur ai expliqué pourquoi je ne venais pas les voir. Au départ, il y a eu de l’incompréhension car lorsque j’ai eu mon permis je n’avais aucun problème ». Après plusieurs thérapies comportementales, Sarah a pris conscience de son enfermement dans cette peur. « L’amaxophobie découle généralement d’une autre phobie comme l’agoraphobie, la claustrophobie », indique Pascal Couturier. Sarah a néanmoins attendu quatre ans et de déménager à Rennes avant de décider de faire appel à un professionnel de la conduite. Elle a donc recherché sur le Net une auto-école spécialisée dans ces troubles du comportement.


Réapprentissage par étape
Pour mieux comprendre l’amaxophobie, Pascal Couturier s’est inspiré des techniques du psychiatre Roger Zumbrunnen, auteur du livre Pas de panique au volant. « Lors du premier rendez-vous, je leur explique que je conduis aussi bien à droite qu’à gauche et qu’en cas de problème ils n’ont qu’à lâcher les commandes pour que je prenne le relais ». L’enseignant leur apprend aussi des techniques de respiration pour se relaxer. Lors de sa première leçon, Sarah a été confrontée à sa plus grande peur : circuler sur une voie rapide. « Je ne pensais pas que nous irions sur ce type de route aussi tôt. Nous avons commencé par une portion de 500 mètres ». Comme elle s’y attendait, Sarah a paniqué et s’est mise à pleurer. « Nous nous sommes arrêtés le temps que je me calme. Puis, nous sommes repartis ». Les mètres se sont progressivement transformés en 2 km, en 5 puis en 10. « Sur les conseils de mon moniteur, j’alternais les techniques de respiration et les visions de près et de loin ». L’objectif : éviter le malaise provoqué par la vitesse de défilement au niveau de la vision périphérique. Pascal Couturier a aussi détourné son attention en parlant de tout et de rien. « Dès que je n’ai plus focalisé sur ce que j’étais en train de faire, je me suis mise à conduire à 90 km/h et à 110 km/h. Je suis sortie de ce cours un peu groggy en me disant que finalement il est possible de dépasser ses peurs ». Entre deux leçons, Pascal Couturier invite ses élèves à parcourir le même itinéraire accompagné d’une personne autre que lui. Elle a tenté l’expérience avec une de ses amies « qui n’a pas le tournis dans les ronds-points car j’ai fait 20 tours avant de m’engager sur la voie rapide ! ». Même si elle reconnait avoir été stressée, elle se félicite d’y être arrivée. « L’apprentissage se fait par étape ».


Pas assez d‘auto-écoles spécialisées
Après trois leçons, Sarah sait qu’elle sera un jour en mesure de conduire seule sur une voie rapide, même si elle ignore quand. « J’ai repris confiance et je vais y arriver », affirme-t-elle. Un conseil qu’elle souhaite transmettre à ceux et celles qui, comme elles, souffrent d’amaxophobie. Une peur qui n’est pas si rare. « J’ai découvert qu’une vingtaine de personnes de mon entourage sont atteintes de ce trouble. Ces souffrances sont des handicaps invisibles qui touchent énormément de personnes ». Or, le sentiment de honte et les stratégies d’évitement font que ce sujet n’est pas évoqué. « Elles ont besoin d’être soutenues, d’être accompagnées pour pouvoir reprendre la route en toute sécurité. Néanmoins, il y a très peu d’établissements spécialisés et je pense qu’il y a un créneau à développer pour les auto-écoles ».


Christine Cabiron


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